« LE TRIBUNAL PASSE TOUJOURS… » Par ASSANE GUÈYE

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La Chronique du vendredi

Les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts. Au contraire, les morts instruisent les vivants. Le monde se vide. Tout est dépeuplé en dépit de 7 milliards d’humains en présence. Anges comme démons embarquent pour des horizons lointains. Hissène Habré, lui, a eu plusieurs vies dans une vie. Il n’aurait pas survécu sans sa part d’ombre. Ses débuts ont été fracassants en termes d’illusions. Le crépuscule fut cassant en matière de désillusions. 40 000 morts sur la conscience. Et sur ses frêles épaules. 7 396 victimes formellement identifiées.

Le tribunal des hommes, celui de la conscience et le plus implacable, celui de Dieu, passent toujours. Ses contemporains ont infligé la perpétuité. Le gouvernement tchadien a vite fait de tourner la page à l’annonce de sa mort. Pas d’hommage officiel. Les plaies sont béantes. Mais au delà du Tchad et de la banalité du mal qu’il aura engendrée, Habre est un symbole et un symptôme des années perdues pour le continent.

Son suivant et tombeur, Idriss Deby, mort mystérieusement, n’a,lui non plus, rien fait de son pays. C’est à croire que les fées ne se sont pas penchées sur le berceau de l’humanité. Qui nous a donné l’hominidé toumai plus vieux que l’australopithèque lucy d’Éthiopie. Sorties de l’histoire, toutes ces figures tribales on plutôt momifié le pauvre Tchad et ont fait de ses habitants parmi les plus malheureux au monde à côté des afghans.

Le Sénégal était la terre d’asile de monsieur Habré. Le lieu inviolable où l’on a la sécurité et la paix. Le président Diouf l’a accueilli en 90. Wade a eu des velléités de le livrer à la Belgique qui a la compétence universelle en matière des crimes graves, une loi unique au monde. C’est sous le magistère en cours, celui du président macky Sall, que le procès s’est tenu. Le Sénégal a-t-il fait honneur à sa mission ? A-t-il été à la hauteur de son message ? Les circonstances de la mort du vieux détenu, malade, affaibli, hypertendu et diabétique nuisent aux images les plus lisses.

La mansuétude qu’il n’avait pas pour ses victimes aurait pu lui être appliquée. Les alertes et protestations de l’épouse Raymonde sont restées lettre morte. En passant, sa ténacité et son obstination forcent respect et admiration. Ses pourfendeurs ont pourtant critiqué un zèle excessif et une mauvaise fois de sa part. À la toute fin, le Sénégal a accompli son devoir humanitaire, a-t-elle reconnu.

Zélée aussi, la Belgique, on y revient, qui délivre des leçons sans se les appliquer. Son rôle dans l’histoire en Afrique est fait de médiocrité. Le roi des Belges, Léopold II, n’avait-il pas fait du Congo sa propriété pleine et entière. Sur l’assassinat atroce de lumumba en 61, la Belgique n’aura présenté que de plates excuses. Quoi qu’il en soit, tous ces chefs de tribus africains qui ne laissent jamais d’empreintes indélébiles dans la grande marche de l’histoire, récoltent le poison mortel qu’ils ont semé.

C’est une vanité que de passer pour un humain sans humanité. Habré rejoint Ahidjo à la nécropole de Yoff, 23 ans après. Sans faste ni pompe en raison de la pandémie. Quasiment 4 millions et demi de morts de Covid. Le repos éternel est la seule vérité dont on a la certitude.

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