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LES CONFIDENCES D’UN HOMME POLITIQUE ATYPIQUE

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C’est un fait rare : Un maire sortant qui décide de lui-même de ne pas se représenter. Celui de Joal, Boucar Diouf l’a fait. Dans cet entretien qu’il accordé à Bés Bi le Jour, il explique sa décision par le fait qu’il n’est pas un « politicien de métier » et fait son bilan.

Êtes-vous candidat aux prochaines élections territoriales ?

Non ! Parce que je ne suis pas un politicien de profession. Je le refuse. J’ai brigué ce poste sur proposition de la population basée sur la confiance. J’ai atteint l’âge auquel j’estime qu’il faut passer le flambeau à d’autres. Le défunt président de la République, Léopold Sédar Senghor a cédé le flambeau à Abdou Diouf à 74 ans. J’ai 75 ans. Donc, dans ma conception de la vie, c’est que quand un homme a travaillé toute sa vie dans différentes stations jusqu’à l’âge de 70 ans, il doit se mettre un peu en retrait et conseiller, si les personnes en ont besoin.

Pourtant il y a des maires qui ont fait plus de 10 ans dans leur commune et qui comptent briguer une nouvelle candidature.

Nous n’avons pas les mêmes motivations. Je ne suis pas un politicien de métier encore une fois. J’estime qu’il y avait un moment où il fallait, par devoir, servir la population pour marquer une autre forme de gouvernance. Après un mandat de 5 ans et qui s’est prolongé jusqu’à 7 ans, il est temps, pour moi, de passer le flambeau aux plus jeunes. Je ne suis pas dans la précampagne. Ce sont les jeunes que nous avons mis en avant. C’est bien car chacun dit s’engager pour le bien des populations. J’espère que celui qui sera choisi sera le meilleur pour la commune.

Quel est votre bilan ?

Nous sommes satisfaits du bilan que nous avons fait. J’en parlerai plus tard. Quand on prenait les rênes de cette municipalité, nous y avions trouvé des dettes que nous avons soldées. En plus, nous y laissons des moyens et des plans déjà budgétisés. Cette année, le budget a connu une hausse. Il est estimé à 1,3 milliard de francs CFA. Mais pendant 4 à 5 ans, nous sommes arrêtés à quelque 6 millions de FCFA. Mais avec le Pacasen, nous avons eu une enveloppe importante destinée aux investissements. Cela a permis d’arriver à plus d’un milliard que nous allons voter normalement le 22 décembre prochain. Vous savez, Joal est une ville côtière. Il est le premier port de pêche artisanal. L’activité essentielle, c’est la pêche. Et la richesse de la pêche ne profite pas directement à la mairie. C’est la pêche qui booste le pouvoir d’achat de la population, puisque les 3,50 % de population s’activent directement ou indirectement autour du secteur. Donc, quand il y a du poisson, il y a un pouvoir d’achat. Le commerce marche. Le transport aussi et cela revient indirectement à renflouer les caisses.

Qu’en est-il du secteur touristique ?

D’une manière générale, au Sénégal le tourisme a perdu sa brillance. Certes Joal offre un paysage pittoresque, très agréable à visiter. Mais, la stratégie de retenir des touristes dans la zone n’est pas en place. Nous avons très peu d’hôtels pour recevoir des touristes. Ces derniers entrent et ressortent 45 minutes ou 1 heure au maximum. Donc, Joal est une ville touristique qui ne profite pas du tourisme. Il faut diversifier le circuit. Pour ça, je pense augmenter la documentation ou le fond visuel au niveau de Mbin Diogoye. Il y a des curiosités à Joal, mais le tourisme ne vit pas de curiosités qui auraient pu faire une certaine richesse de Joal. Depuis que je suis là, j’ai voulu, avec les touristes, étudier un circuit qui fera que lorsque les gens viennent, au lieu de se contenter de l’existant, qu’il y ait à côté d’autres sites qu’on peut aller visiter. Là, je fais appel à l’Etat. Car la forme de tourisme que le Sénégal a depuis plusieurs années est fortement concurrencée par d’autres pays. Donc, il faut qu’on trouve d’autres formes de tourisme et, peut-être, en changeant le modèle, d’autres localités peuvent tirer profit de cette nouvelle tournure.

Nous vous avons vu descendre d’un taxi « Clando ». Est-ce à dire que vous n’avez pas de véhicule ?

J’en ai un de service mais il est actuellement au garage. Il a été endommagé à la suite d’un accident de circulation de mon chauffeur. Je suis un maire très indépendant. Je n’ai pas de problème et je ne me suis pas attaché au luxe. En revanche, je suis focus sur l’essentiel : c’est le respect à son prochain. Je ne vis pas dans l’opulence et cela ne me dérange. Je ne suis jamais attiré par le matériel. Je m’épanouie. Je suis du camp présidentiel mais, vous ne voyez pas la photo de Macky Sall dans mon bureau. C’est un choix personnel. J’aurais dû être un élu discipliné. Un choix personnel, pas politique, ni conditionné.
Que pensez-vous d’une éventuelle 3e candidature de Macky Sall ?
Moi tout ce que la Constitution ne permet pas, je ne l’admets pas.

Mais est-ce que la Constitution permet à Macky de briguer une 3e candidature ?

Je ne suis pas un juriste, mais mon principe c’est que ce que la constitution permet est jouable et ce que la constitution ne permet pas moi je n’y touche pas. Maintenant, il arrivera le moment où les grands juristes diront exactement quelle est la voie droite.

En tant qu’enseignant, quelle appréciation faites-vous du bouillonnement dans les universités ?

C’est préoccupant, mais pas surprenant. Parce que l’espace scolaire a été infesté par la politique. Et tout vient de là, lorsqu’une trentaine de partis politiques se retrouvent dans un lycée, à l’université, ou dans le système éducatif, et que chaque parti veut y trouver des militants. Il y a forcément beaucoup de pression.

Est-ce que l’avez connu du temps où vous étiez proviseur ?

Oui puisque que j’ai bourlingué là-dans et je savais ce que les jeunes professeurs avaient comme mission quand ils rentraient dans un établissement. Je ne suis pas surpris par cette forme d’opposition, violente d’abord par la parole, et finalement par les gestes. Je ne suis pas surpris cela se produise dans les établissements et jusqu’à l’Université. C’est une réaction à retardement, parce qu’il y a longtemps quand j’ai évalué un module en Casamance qui traite de l’éducation de la paix dans 80 collèges de la Casamance naturelle, dans les années 2008, j’avais suggéré que ce module ait une place dans le système éducatif de manière généralisée.

Pourquoi avez-vous proposé cela ?

Parce que j’étais conscient que cela préparait les jeunes citoyens à une cohabitation ouverte, respectueuse, mais véridique dans la paix. C’est maintenant qu’on dit que chaque enseignant prenne, quelle que soit la discipline, 1 heure d’éducation civique sans même donner un module. Vous savez chacun traite de ce qui l’intéresse. Non je ne vais pas dire qu’on file droit vers le mur, mais ce n’est pas évident que les professeurs de maths, de philo, d’histoire et géographie aient les mêmes compétences pour aborder dans leurs compétences, dans leur programme hebdomadaire, un sujet d’éducation civique contribuant à l’instauration d’une paix sociale. Je ne souhaite pas que ce qu’on a vu au mois de mars viennent rattraper les campagnes électorales pour les Locales. Avec des candidats de plus en plus jeunes, avec des coalitions et des mouvements de plus en plus opposés les unes aux autres, Joal peut s’en sortir. Je souhaite pour la commune qui me préoccupe en premier lieu une campagne apaisée respectueuse et véridique. Enfin, que les populations, sans être leurrées, choisissent avec discernement celui à qui ils font le plus confiance. Mes souhaits c’est que celui qui sera choisi réussisse un bon séjour ici, à ma place.

Entretien réalisé par Adama A Kanté
Photo : Pape Doudou Diallo
Envoyés spéciaux à Joal

18 décembre 2021


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