LES FEMMES "CRACK" POUR L’HÉROÏNE ET LA COCAÏNE

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1ÈRE ÉDITION FEMME ET DROGUE

La consommation de la drogue s’est féminisée. D’où l’intégration de la dimension féminine dans la lutte contre la drogue. Le constat est fait lors du panel de discussions à l’occasion de la 1ère édition de la Journée ’’Femme et Drogue’’, organisée ce vendredi, 28 juin, à la Place du Souvenir, par le Comité interministériel de lutte contre la drogue (CILD). Ce, dans le cadre de la semaine nationale de mobilisation et de la sensibilisation contre les drogues, du 24 au 29 juin.

« Le problème de la drogue n’épargne personne », relève d’emblée le représentant du ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, le Général Matar Diop, le coordonnateur du CILD.

Le lien entre drogue et VIH

Selon les panélistes, il importe de « noter que le taux de prévalence du sida chez les femmes consommatrices de drogue injectable est supérieur à celui des hommes. » « La prévalence VIH, qui dépasse largement celle des hommes, est estimée à peu près 13% », indique Dr Awa Dieng du Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS), notant que « le lien entre la consommation de la drogue et le VIH n’est plus à démontrer. C’est pourquoi, notre plan stratégique national 2018-2022 apporte une place importante aux consommateurs de drogue injectable. »

Par exemple, ajoute le Général Matar Diop, « sur 112 consommateurs pris en charge actuellement, 5% sont traités du sida. Parmi eux, on compte 4% d’hommes et 9% de femmes. » Le sujet portant sur la thématique ’’Femme et Drogue’’ vient donc à son heure, se réjouissent-ils. D’autant que les effets sont lourds de conséquences. Car, ces situations conduisent « à l’addiction, à l’absence au travail voire à l’abandon de l’activité professionnelle, à la dislocation des familles, à l’utilisation du budget familial pour l’achat des substances illicites », signale le représentant du ministre de l’Intérieur. Pis, « ces situations exposent la femme à la contamination aux maladies hépatogènes telles que le sida, l’hépatite C et la tuberculose ».

Malheureusement, la tendance de la féminisation de l’usage de la drogue a été également confirmée à l’échelon national à l’issue d’une étude, selon laquelle 27,5 % des femmes consomment de la cocaïne contre 19% d’hommes. Ses consommatrices ont eu, pour la plupart, à subir des violences notamment sexuelles et des traumatismes durant l’enfance, révèle Maguette Mbodj, la directrice exécutive de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (ANCS).

En 2011, rappelle-t-elle, 1324 consommateurs de drogue injectable ont été enregistrés au Sénégal. Héroïne, cocaïne sont les plus utilisés. 9,4% parmi ces consommateurs de drogue sont porteurs du VIH Sida.

Pourquoi les femmes utilisent la drogue ?

Parmi les causes, détaille Penda Seck Diouf, la présidente de la Fédération nationale des Ong de lutte contre la drogue (FONSELUD), d’autres enquêtes ont indexé « le besoin d’évasion et de bien-être et le mimétisme ». Egalement, lance-t-elle : « Attention à la cigarette et à l’alcool », soulignant que « 31% des femmes détenues à la prison le sont à la suite des activités liées à la drogue ».

Intoxication « plus rapide » chez la femme

« Classiquement, la femme a un ratio de masse graisseuse plus importante que l’homme, diagnostique le médecin colonel Tabara Sylla Diallo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Principal de Dakar. En général, les produits toxico sont lipophiles c’est-à-dire ils adorent venir se fixer dans les graisses. Ce qui fait que la dilution devient plus lente. Ce qui fait aussi que l’intoxication chez la femme va venir plus rapidement avec les mêmes doses qu’un homme. » Par exemple, explique-t-elle, « si une femme prend deux (2) verres d’alcool et l’homme quatre (4), l’intoxication sera plus rapide et plus importante pour la femme. »

Attention aux prescriptions médicales

En outre, alerte le psychiatre addictologue : « il y a des prescriptions abusives. Parce que quand la personne vient consulter et qu’elle se plaint de douleur, il faut passer par les classes A puis aller vers la classe B, des antalgiques. (Mais) certains prescripteurs se précipitent pour prescrire notamment le Tramadol qui est un dérivé morphinique. Parfois, ça crée des dépendances par rapport à ces gens venus se soigner. Cela devient une toxicomanie. »

Toutefois, la dimension de « la honte » surtout chez la femme freine l’accès à la prise en charge médicale, la mettant « dans une situation de précarité ». « La stigmatisation et la discrimination sont (donc) à éviter », recommandent les panélistes.

Le plan national de lutte contre la drogue à l’horizon 2016-2020 vise, entre autres objectifs, la réduction du trafic illicite et l’usage des drogues d’ici quatre (4) ans.

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