LES MÉDECINS EN SPÉCIALISATION ÉTALENT LEUR MISÈRE ET INTERPELLENT DIOUF SARR

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Dans une lettre adressée au ministre de la Santé et de l’Action sociale et dont nous avons obtenu copie, le Collectif des Médecins en Spécialisation (COMES) étale la situation difficile que ses membres vivent au quotidien dans les structures sanitaires, dans un contexte encore plus exacerbé par la lutte contre le coronavirus. Titulaires d’un diplôme Docteur d’État en médecine, les "DES" dénoncent une charge de travail au-dessus de la norme, des conditions précaires, une absence de prise en charge, de statuts et de droits malgré les risques encourus pour leurs familles... Mais la pilule qu’ils n’arrivent pas à digérer est leur exclusion des agents de santé. Nous vous proposons leur lettre en intégralité.


« Monsieur le Ministre de la Santé et de l’Action Sociale (MSAS),

Nous avons pris connaissance de la lettre ayant pour objet : « Ordre de virement de fonds » portant la référence N°2089/MSAS/DAGE/DAFP/BFC du 21 avril 2020 qui s’inscrit dans le cadre de la prime de motivation Covid-19 destinée aux agents des Établissements Publics de Santé (EPS) du MSAS. Ceci appelle quelques réactions, sans langue de bois. En effet il n’est pas dans nos habitudes d’exposer nos problèmes sur la place publique. Mais aujourd’hui, nous nous devons de briser le silence.

Nous tenons à rappeler que les médecins en spécialisation communément appelés DES sont titulaires d’un diplôme de Docteur d’État en médecine, à la suite de quoi ils embrassent une filière de spécialisation afin d’affiner leurs connaissances pour le grand bonheur de nos malades. Dans ce cadre, ils assurent des activités de consultation, le suivi des patients hospitalisés, les permanences, les gardes ainsi que certains actes médicaux et chirurgicaux, totalisant ainsi un volume horaire dépassant les 40 heures par semaine. Dans l’écrasante majorité des hôpitaux de la région de Dakar la continuité du service est assurée, pour l’essentiel (plus de 80%) par les DES. Dans plusieurs régions où il n’y a pas de spécialistes, les DES qui effectuent un stage rural après 4 à 5 années d’apprentissage, assurent le fonctionnement de leurs services respectifs.

Nous avons l’exemple des services de réanimation des centres hospitaliers régionaux (CHR) de Kaolack, Fatick et Ziguinchor, des services de pédiatrie des CHR de Kaolack et Sédhiou et du service de cardiologie du CHR de Kolda pour ne citer que ceux-là.

Malgré ces responsabilités et cette énorme charge de travail, ces derniers ne sont pas traités conséquemment du fait de l’absence de statut.
Aussi, ils sont confrontés à divers problèmes qui entravent leur épanouissement tant au plan professionnel que personnel, gage d’un meilleur rendement et de satisfaction des usagers du service de santé.
Monsieur le Ministre, les médecins en spécialisation n’ont pas attendu votre appel à candidature pour s’impliquer corps et âme dans la lutte contre le Covid-19 au risque de leur vie et/ou de leur santé pour honorer leur serment d’Hippocrate.

Ces époux, épouses, pères et mères de famille ne comprennent pas le traitement qui leur est réservé et dénoncent avec la dernière énergie :
-  Le manque de moyen de protection lors des gardes aux urgences ;
-  L’absence d’un statut définissant leurs droits et obligations ;
-  L’absence de couverture maladie pour eux et leurs familles (conjoint, enfants) ;
-  Le nombre dérisoire de bourses de spécialisation accordé chaque année ;
-  Les retards récurrents constatés dans le paiement des bourses. Pour preuve, l’allocation du mois de décembre 2019 a été payée le 27 mars 2020 et jusqu’au moment où nous écrivons ces lignes, la régularisation des mois de janvier, février, mars et avril 2020 n’est pas effective ;
-  Le non remboursement des frais d’inscription des non boursiers ;
-  Le défaut de prise en compte dans l’allocation des primes de risque et de motivation hospitalière alors qu’ils contribuent pleinement à la création des richesses.

Ils ont appris à leur grand dam, la lettre de votre DAGE les excluant tout bonnement des agents de santé du Sénégal. Cette fois-ci, la pilule est trop grosse pour passer ! Loin d’être une question d’argent - si tel était le cas, ils se seraient manifestés d’ores et déjà pour les 4 mois d’arriérés de bourse qui équivalent à 1.200.000 FCFA par personne - ceci relève d’un souhait de recouvrer leur dignité mais surtout, la considération et le respect de leurs autorités de tutelle et des administrateurs d’hôpitaux.

Cette situation n’a que trop duré ! Jusqu’ici, nous nous sommes abstenus de toute action visant à entraver le bon fonctionnement du système de santé de notre pays encore moins en ces temps de pandémie à Covid-19 où notre patrie a besoin de toutes ses forces vives valides, de surcroît de tous ses agents de santé.

Vos conseils ne sont pas sans savoir que le SARS-CoV-2 ne fait pas de distinction entre agents de santé qu’ils soient du ministère ou non.
L’histoire nous a donné raison dans notre combat pour la généralisation des bourses de spécialisation à tous les médecins, pharmaciens et dentistes, car les spécialités que vous avez définies comme étant non prioritaires telles que les maladies infectieuses et tropicales et la pneumologie – sur quels arguments ? – occupent aujourd’hui le devant de la scène dans la lutte contre le Covid-19.

Le COMES prend l’opinion en témoin et exige instamment le paiement intégral des arriérés de bourses, le remboursement des frais d’inscriptions des DES non boursiers ainsi que la prise en compte de ses membres dans la liste des primes de motivation Covid-19. Il vous suggère aussi vivement la réparation des injustices et irrégularités susmentionnées par l’adoption du projet de statut du DES dans des délais raisonnables.

Enfin le COMES profite de l’occasion pour saluer l’élan de solidarité et la fibre patriotique éveillée par cette pandémie tout en renouvelant son engagement indéfectible à la prise en charge des populations qui est son quotidien. Il félicite l’ensemble de la population en générale pour son implication dans la lutte. Il souhaite un prompt rétablissement aux malades et s’incline devant la mémoire des disparus. »


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