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LES MINUTES DU PROCÈS EN CORRECTIONNEL

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2 ans de prison dont 3 mois ferme, c’est la sentence que risquent les députés Mamadou Sall et Boubacar Biaye ainsi que Sadio Dansokho, président du conseil départemental de Saraya. Quant à El Hadji Kondé, cerveau présumé de cette affaire de trafic de passeports diplomatiques, il encourt 2 ans de prison ferme. Ils seront édifiés le 19 mai 2022.

Le procureur : « M. le président, mais vous avez ici des députés faussaires, des députés escrocs »
Les députés, Mamadou Sall et Boubacar Villiembo Biaye, Sadio Dansokho, président du conseil départemental de Saraya et le principal prévenu de l’affaire dite des passeports diplomatique, El Hadji Kondé ont comparu, hier, devant la barre du tribunal correctionnel de Dakar. Ils sont poursuivis pour tentative de trafic de migrants, faux et usage de faux et escroquerie à Visa. Le parquet a requis 2 ans de prison dont 3 mois ferme pour les élus membres du parti au pouvoir. Mais le « cerveau » El Hadj Kondé, lui, risque 2 ans ferme.

Avant de faire son réquisitoire, le représentant du ministère public a soutenu que la particularité de cette affaire, c’est la qualité de parlementaire de certains prévenus. « On attend de la part de ces personnes autre chose que ces faits répressifs aussi graves. Etre député, faussaire et escroc, ce sont des mots qui ne vont pas ensemble. Excusez-moi monsieur le président, mais vous avez ici des députés faussaires, des députés escrocs. Au lieu de servir la République ils utilisent ce privilège pour dépouiller de pauvres citoyens. Ils ont blessé la République. Je me demande comment ces députés ont pu tomber aussi bas ? », s’est interrogé le maître des poursuites. Il ajoute : « Je sais que c’est une association de malfaiteurs bien organisée. Tous les faux prévus par le code pénal se trouvent dans ce dossier », a-t-il insisté. Tout compte fait, estimant que le fait que les députés Sall, Biaye et Dansokho soient attraits devant le tribunal pour « une affaire aussi honteuse est déjà une condamnation », il a requis à leur encontre 2 ans dont 3 mois ferme.

Une plaignante : « Je devais être l’épouse du député Sall »

Auparavant, les parties civiles ont expliqué au tribunal les conditions dans lesquelles cette affaire s’est déroulée. Pour Oumou Touré, elle a déposé à trois reprises des demandes de Visa qui sont revenues vaines. C’est ainsi qu’elle en a parlé à une amie qui est en France et celle-ci l’a mise en rapport avec Kondé. « Il m’a demandé 4,5 millions pour un passeport diplomatique. Kondé m’a dit qu’il travaille avec un député. D’ailleurs, il m’a amené à l’Assemblée où j’ai rencontré El Hadji Mamadou Sall. Ensuite, Kondé devait me faire un papier de mariage et je devais être l’épouse du député Sall. Je lui ai envoyé ma carte d’identité et la copie de mon passeport ordinaire », a-t-elle témoigné.

Les députés contestent les faits
A la suite de la partie civile, la parole a été donnée aux prévenus. C’est El Hadji Kondé qui a été le premier à être entendu. Il a confié être un facilitateur dans cette affaire. Le député Boubacar Biaye, a indiqué d’emblée n’avoir aucune relation avec Kondé. Il insiste que Kondé n’est pas son ami pour disposer d’un document valide lui appartenant. « C’est la deuxième fois que je vois ces dames dont je suis le mari. Pourquoi cette femme n’a pas cherché à connaître son mari ? Je ne sais pas comment il a fait pour disposer de ces documents. Kondé n’a jamais eu de ma part une mission », a-t-il insisté. Sadio Dansokho, président du conseil départemental a également nié avoir une relation quelconque avec Kondé.

Le tribunal rejette la demande de liberté provisoire, délibéré le 19 mai

Pour finir, le député, El Hadji Mamadou Sall, a confié au juge, en ce qui concerne Oumou Touré, jamais de la vie il n’a rencontré cette dame et c’est devant le juge d’instruction qu’il a su qu’il y avait des documents établis en son nom. Les parties civiles ont demandé le remboursement des sommes versées, et les avocats de la défense se sont succédé à la barre. Tandis que la défense a plaidé pour une application bienveillante de la loi pour les députés et le président du conseil départemental de Saraya. L’affaire a été mise en délibéré pour jugement devant être rendu le 19 mai prochain. Par ailleurs, les avocats de la défense ont introduit une demande de mise en liberté provisoire qui a été rejetée. Le motif évoqué par le tribunal est le risque de trouble à l’ordre public.

Cheikh Moussa SARR

22 avril 2022


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