LES NON-DITS SUR L’IMBROGLIO AU G5 SAHEL

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CONTRIBUTION

Une deuxième attaque terroriste, cette fois d’une rare violence, a détruit le camp militaire d’Inates au Niger, sur la frontière avec le Mali, faisant 71 morts et des dizaines de blessés et de disparus, ce mardi 10 décembre 2019. La réunion des Chefs d’Etats membres du G5 Sahel en France, sur fond d’une convocation aux allures de scandale vigoureusement dénoncée par la société civile africaine, fut reportée sine die.
Le Burkina Faso, Le Mali et le Niger s’embrasent l’un après l’autre. L’opinion publique de ces pays se pose les mêmes questions sur la nature et les enjeux d’une guerre imposée et sur les visages masqués derrière la nébuleuse terroriste. Mais l’opinion publique africaine s’interroge surtout de plus en plus sur le rôle des forces armées étrangères, françaises et américaines notamment, qui ont pu faire croire aux vertus d’une « coopération militaire » de laquelle les peuples attendent un peu trop, peut-être trop naïvement. Nous dit-on la vérité sur la tragédie qui se joue au Sahel ? Que non !

Le projet de sommet de PAU, vu son impréparation et les défiances réciproques franco-
africaines sur fond de discorde et de controverse populaire quant à la présence de BARKHANE, ne pouvait pas se tenir sans dégâts collatéraux. L’absence d’un seul des Chefs d’Etats, probablement celui du Niger, ou le moindre doute officiellement formulé sur le bien-fondé d’une « coopération militaire » aux traits de chimères, auraient certainement eu des répercussions sur l’opinion publique française à quelques encablures d’enjeux électoraux municipaux importants.
Il fallait reporter ce sommet aussi inopportun qu’indécent. L’opinion française en sera quitte pour apprécier comme elle veut cette sortie ratée d’Emmanuel Macron, à quelques pas d’élections cruciales. Le Président français est il bien entouré ?
Les observateurs sont formels. Les pays du G5 Sahel sont mis sous pression politique et militaire pour se convaincre qu’ils ne pourraient et ne sauraient se défendre eux-mêmes, sans la « coopération internationale ». Il circule de plus en plus la thèse que ces attaques meurtrières participent d’une manière de faire taire l’opinion publique très critique et très remontée contre les présences militaires étrangères, et asseoir définitivement le principe de sous-traiter la défense des pays sahéliens, quoique que cette sous-traitance n’a encore montré aucune preuve
de son efficacité. En effet, comment comprendre qu’après cinq heures de combats et des indices fiables attestant du survol du champ de bataille par un avion inconnu avant le déclenchement des hostilités, que les aviations étrangères présentes, françaises et américaines notamment, n’aient pas réagi pour porter secours aux militaires nigériens assiégés ? Mais qui sont en vérité ces terroristes ?

La coopération pays du G5 Sahel avec la France n’est plus viable, parce que non teintée de sincérité. Les forces armées étrangères qui « occupent » le Sahel ont donné suffisamment de preuve que leur mission n’est surtout pas d’aider les armées nationales contre les terroristes. Malgré la récente sortie d’officiels français justifiant l’intervention de SERVAL comme la conséquence d’une volonté de la France de faire face a sa dette morale vis à vis de l’Afrique, La France défend ses intérêts économiques et géopolitiques. Même si elle ne veut l’admettre.

Aujourd’hui, l’opinion publique sahélienne, très remontée contre les armées étrangères qui occupe la région, en est à discuter de la mobilisation à faire pour faire déguerpir tous ces occupants. Les peuples sahéliens se sont réveillés de leurs illusions et fantasmes de croire que des étrangers donneraient leur vie pour les défendre. Les peuples sont de surcroit de plus en plus convaincus que ce sont ces mêmes forces étrangères qui arment, financent et aident les terroristes contre leurs pauvres armées nationales dont on présage de l’effondrement à brève échéance si les pays ne changent pas de doctrine militaire. Et c’est sans doute là l’enjeu réel de toute cette saga meurtrière : déstructurer les Etats, semer le chaos dans l’espace sahélien et y
instaurer un ordre international de prédation sans contrôle, comme dans la Lybie
voisine et ailleurs au Moyen-Orient.

Pour se relever de leurs illusions, les peuples sahéliens doivent revoir de fond en comble leur doctrine militaire. Des armées efficaces passent par un renforcement des capacités et des stratégies plus offensives. Des armées réduites à attendre qu’on les attaque pour juste compter leurs morts, n’ont aucune chance d’éradiquer le terrorisme. Ce sont elles qui risquent l’éradication. Aucune armée dans cet espace ne semble par exemple dotée de radars, de drones et de chasseurs à même de la défendre contre des hordes de motards en guenilles et bardés de kalachnikovs, malgré le faible coût de ces équipements et leur abondance sur les marchés d’Europe de l’est et d’Asie. Il semble qu’une chape de plomb pèse sur la liberté des pays à accéder à ce type d’équipements. La France refuserait elle à ces pays l’accès à de tels équipements. Les pays sahéliens payent en ces tristes jours le laxisme et la complaisance introduite et entretenue dans leurs armées depuis l’ère démocratique. Ils ne feront pas l’économie de réformer leurs armées s’ils veulent garantir leur existence en tant qu’Etats dans les décennies à venir. Pourvu que la tournure des choses le leur permette.

Inates serait en terrain plat où. Comment une colonne d’une centaine de véhicules aurait-elle pu re-prendre (c’est la deuxième attaque en trois mois) d’assaut une base militaire équipée de miradors, sévir pendant cinq heures et disparaître dans la nature, sans alerter les alliés étrangers dotés de satellite, de drones sophistiqués et de rafales ?
Les peuples sahéliens auront enfin compris : on leur mène une guerre de cons dans laquelle les pauvres armées nationales doivent faire face à des terroristes et des armées étrangères coalisées. C’est désormais la seule opinion qui circule au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

Quant à la France qui passe désormais malheureusement pour elle pour Etat voyou au Sahel, elle aura fort à faire pour se refaire une nouvelle image dans cet espace. Le débat sur le FCFA a déjà épuisé son fond de crédibilité pour le montrer comme un Etat sans scrupule. Son jeu trouble au Sahel a définitivement convaincu les peuples que la page de la françafrique doit être tournée et que les peuples doivent s’arroger le droit de se faire des amis ailleurs.

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