LES PASSAGERS DE AIR FRANCE ET BRUSSELS ARRIVÉS HIER SONT TRANQUILLEMENT RENTRÉS CHEZ EUX

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Coronavirus

En prenant le relais de son directeur de Cabinet, Dr Aloyse Waly Diouf, le ministre delà Santé et de l’Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr prenait les devants pour faire une annonce qui suivait les six mesures que le président de la République a prises quatre jours plus tôt. Face à la presse, pour ce qui est devenu un rendez-vous de monologue quotidien, Diouf Sarr, l’air grave, a annoncé, entre autres décisions majeures prises pour freiner la propagation inquiétante de Covid-19, la mise à la disposition de l’ancien Hangar des pèlerins de l’aéroport Léopold Sedar Senghor de Dakar. L’espace est ainsi retenu pour la mise en quarantaine systématique de tous les voyageurs qui ont mis les pieds dans les 25 jours précédents, dans un des pays fortement touchés par le coronavirus.

Quelques heures seulement après son speech, deux vols ont atterri à l’aéroport international Blaise Diagne (AIBD). Et, surprise : la mesure annoncée n’a pas fait l’objet d’application. Arrivés simultanément, les vols Air France AF718 en provenance de Charles De Gaulle Paris et Brussels Airlines SN 201 en provenance de la capitale belge, ont atterri dans une atmosphère ubuesque. Les passagers des deux avions très fortement chargés en raison de la mesure de blocus à partir de mercredi à minuit n’ont pas fait l’objet d’un quelconque confinement. Aucun d’entre eux n’a été conduit au hangar comme annoncé. Parmi eux, ils étaient nombreux à rentrer pour éviter les conditions drastiques de confinement dans des pays fortement touchés tels que la France, la Belgique... mais aussi l’Italie, devenu le véritable épicentre de la pandémie et le deuxième pays le plus touché à travers le monde, enregistrant pas moins de 475 décés pour la journée d’hier seulement.

Selon des témoignages recueillis par Emedia.sn auprès de passagers, aucune mesure spéciale ne leur a été annoncée. « À notre atterrissage, on s’est juste contenté d’une prise de température (avec les caméras thermiques de l’aéroport) et d’une fiche à remplir qu’on nous a donnée. Et puis, comme si de rien n’était, chacun a pu rentrer tranquillement chez lui », nous a raconté inquiet, N..T, arrivé à bord de la compagnie française. « Je vis seul en France et je peux gérer mon job par télétravail. Du coup, quand j’ai vu qu’il y avait encore la possibilité de rentrer sur le dernier vol avant l’entrée en vigueur de la fermeture des aéroports du Sénégal aux pays touchés, je me suis qu’il était mieux de rentrer en respectant les conditions requises. C’est pourquoi j’ai décidé de me mettre en quarantaine dans une maison de campagne où je serai seul pendant deux semaines avant de retrouver ma famille sans risque. »

Sa prudence ne sera malheureusement pas partagée par tous ceux avec qui il a voyagé et ceux de Brussels avec qui il a quasiment atterri au même moment. S.B. est venu de la capitale belge. Elle se dit choqué par le contraste entre l’aéroport de Bruxelles où il y avait un vide impressionnant à son départ et celui de Diass qui grouillait de monde. « À Bruxelles, tout est à l’arrêt. Je n’ai jamais vu un aéroport européen aussi vide... C’était bizarre, triste.. Mais une fois à Dakar, avec deux vols arrivés en même temps, c’était autre chose. La distanciation n’est pas respectée, personne parmi le personnel n’est venu nous parler de mesure spéciale... Les gens faisaient comme s’il n’y avait rien,certains discutaient en groupe, d’autres montraient qu’ils étaient heureux de rentrer de justesse et je crains que pour la plupart, ils vont rejoindre leurs familles avec le risque de les contaminer... » Puis, elle crie son inquiétude en évoquant le confinement devenu règle dans les pays européens fortement touchés par la pandémie et se demande si le Sénégal en a les prédispositions. Reçue à la sortie de l’aéroport par son mari, elle se satisfait d’avoir pu recevoir de lui un gel antiseptique et promet de se mettre en quarantaine pendant 14 jours. En espérant ne rien avoir. Angoisse...

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