LES POINTS NOIRS DE LA GOUVERNANCE DE MACKY SALL

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RAPPORT MAEP

Le Rapport n°20, d’Evaluation-Pays du Sénégal, a été présenté, hier, jeudi 30 janvier 2020, au Centre international Abdou Diouf (Diamniadio), en présence du président de la République, Macky Sall.

Créé, à la suite de la Déclaration d’Abuja, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) constitue un instrument d’évaluation de la gouvernance politique, économique, d’entreprise et du développement socioéconomique, ouvert aux pays membres de l’Union africaine, qui y adhèrent volontairement. Le Sénégal est membre depuis sa création en 2003.

Cet outil, crée par et pour les Africains, à l’instar des institutions internationales, se veut être une solution aux grands défis qui attendent le continent noir. Dans ce rapport de 300 pages, présenté hier sur le Sénégal, il n’y avait pas que de points positifs. Des lignes rouges ont été diplomatiquement soulignées. En épluchant les écrits des experts du MAEP, Emedia a essayé de dénicher des défis auxquels le Sénégal doit surmonter pour satisfaire les attentes et aspirations des populations.

« Le chômage des jeunes »

Dans le rapport, les experts du MAEP font transparaitre le désarroi des jeunes, face à des perspectives d’insertion socioprofessionnelles moroses, qui n’incitent pas l’optimisme. La MAEP a constaté l’ampleur du chômage qui affecte durement cette jeunesse, de plus en plus qualifiée. Elle s’inquiète de la faiblesse des réponses de l’Etat, quant à la prise en charge des droits sociaux et culturels des jeunes, tout en faisant le constat des effets, des initiatives prises par l’Etat en ce sens. Le MAEP considère qu’une certaine jeunesse pourrait être exposée au risque de radicalisation religieuse. En réponse, le chef de l’Etat, a exposé les programmes qu’il a mis en place, comme la Délégation à l’entrepreneuriat rapide (DER), un programme de 30 milliards FCFA qui vise à inciter les jeunes à l’auto emploi.

’’Les enfants talibés’’

L’autre point noir dans le rapport concerne ’’les enfants talibés’’. « La mendicité forcée des enfants talibés au détriment de leur éducation dans certaines écoles coraniques est une pratique courante au Sénégal, malgré l’existence d’un Code pénal interdisant le fait de forcer un enfant à mendier. Ces dispositions pénales ont été renforcées par la loi relatives à la lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées et à la protection des victimes, adoptée par le Sénégal en 2005, et qui prévoit une peine d’emprisonnement de 5 à 10 ans et une amende de 5 à 20 000 000 de francs CFA contre toute personne reconnue coupable de forcer un enfant à mendier », ont soulevé les experts du MAEP.

Ils n’ont pas manqué de dénoncer l’entêtement de certains marabouts formateurs qui forcent les talibés à faire la marche dans les rues de grandes agglomérations, souvent jusqu’à des heures tardives, sous peine de châtiments corporels. « En 2011, pour nous en tenir à cette année de référence, seules 10 cas ont été portés devant les tribunaux et 9 condamnations de marabouts en résulté, la plus élevée n’excèdent pas un mois ferme », lit-on sur le rapport.

Dans ses recommandations, le MAEP exhorte à l’Etat du Sénégal à poursuivre et à systématiser la réforme en cours visant la modernisation des écoles coraniques, afin de mettre un terme définitif à l’exploitation, par certains marabouts, des enfants talibés).

L’indépendance de la justice

Le rapport du Maep n’a pas oublié la justice sénégalaise. L’indépendance des magistrats a été indexée. Le fait que le principe d’inamovibilité ne s’applique pas aux magistrats du parquet arrive comme un cheveu dans la soupe. « Le Procureur de la République, nommé par le Chef de l’Etat, est placé sous l’autorité du Ministre de la Justice. Ce qui constitue une réelle contrainte pour la séparation effective des pouvoirs et une ingérence de l’Exécutif dans le Judiciaire ».

Pour renforcer et garantir l’indépendance de la Justice, le Panel du MAEP recommande à l’Etat du Sénégal : « L’autonomisation des parquets, la réforme du Conseil supérieur de la Magistrature, la Modernisation de la Justice et le rapprochement des juridictions des justiciables par un meilleur maillage du territoire ». L’autre recommandation concerne le régime de la détention préventive. Les experts du Maep veulent que le Sénégal institutionnalise « un juge des liberté indépendant du Parquet et la modernisation du système pénitentiaire.

Dans sa réponse, Macky Sall a invité les experts à ne pas faire d’amalgame. Pour lui, le « Procureur est le défenseur de la société ». Poursuivant, il a rappelé que : « l’indépendance des magistrats, surtout ceux qui sont chargé de rendre la justice, est garantie par la loi. En effet dans leur office, ils ne sont soumis qu’à l’autorité de la loi et de leur conscience ».

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