LES PROMESSES DE DAKAR

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Riche semaine que celle qui vient de s’écouler ! Une nouvelle chassant l’autre, coup sur coup il y eut l’inauguration de la somptueuse mosquée Massaalikoul Jinaane de Dakar, la réconciliation Wade-Macky à l’instigation du Khalife Général des Mourides, Cheikh Mountakha MBacké et, cerise sur le gâteau, la grâce présidentielle accordée à Khalifa Sall qui redevient libre.

L’événement cultuel a tenu son rang. Après Touba, l’épicentre, la capitale sénégalaise s’érige désormais en pôle d’attraction religieuse de très haute importance avec l’édification sur ses terres de la plus grande mosquée d’Afrique subsaharienne. Une prouesse et un acte émissif de signaux qui prouvent la dimension expansive du mouridisme.

Vue de nuit la grande mosquée scintille. Elle rayonne. Mieux, elle affiche, par ses traits, la démonstration d’une force qui s’appuie sur la foi et la doctrine du travail. Ce haut lieu de prières prolonge la Maison Touba dont la vocation nourricière s’affirme chaque jour un peu plus par un attachement viscéral aux enseignements du fondateur de la confrérie : Sérigne Bamba Mbacké.

La force matérielle s’aligne sur la puissance spirituelle qui, elle, éclaire, apaise, inspire et motive. Massalikou Jinaane réveille une profondeur et révèle une projection conquérante sur fond d’un imaginaire collectif que s’approprient les Sénégalais, toutes obédiences confondues. La convergence des fidèles à l’ouverture de ce prestigieux lieu de culte donne un aperçu de leur désir d’ancrage.

Dans un décor éclaboussé de blanc, l’ouverture de l’édifice suivie d’un mémorable office religieux sous les dorures a retenu l’attention dans une cérémonie porteuse d’une autre promesse : la réconciliation attendue (et souhaitée) entre le président Macky Sall et son prédécesseur Abdoulaye Wade dont la côte de popularité demeure réelle. Il bénéficie d’un véritable courant d’enthousiasme derrière lui. Le président Sall qui a fait preuve de fermeté par-ci et d’esprit républicain par-là, s’est déployé dans le regIstre de la sobriété pour ne rien laisser transparaître de ses sentiments profonds. Il a écouté et entendu, démêlant l’écheveau et pointant surtout la séparation des pouvoirs. Il l’a martelé à maintes occasions : le temps de l’exécutif se distingue du temps de la justice. Autrement dit, la séparation des pouvoirs doit être effective sous son magistère.

Certes Macky Sall et Abdoulaye Wade n’ont pas ravi la vedette à l’événement proprement dit. En revanche, leur poignée de mains, sanctionnant leurs
retrouvailles après des années de brouille, constitue un point de relief du processus de décrispation enclenché dans une simplicité bouleversante par l’intuition lumineuse du marabout Cheikh Mountakha. Le fait religieux au secours de la politique en panne d’inspiration ! Qui s’en plaindrait dès lors que les conquêtes et les gouvernements passent, tandis que le spirituel demeure ? D’ailleurs, en politique, les au revoir ne sont jamais des adieux. L’ancien et l’actuel présidents le savent. L’événement était à la fois dans la salle et sur le minbar. En d’autres termes, la main tendue tient lieu de matrice du rapprochement entre deux des poids lourds de la scène politique sénégalaise. Il faut s’habituer à voir l’incursion du religieux dans l’espace politique quand bien même la politique se nourrit de conflits.

Tout pouvoir finit par s’écrouler. Wade, qui le vit, le comprend mieux que Macky qui le devine tout de même. Si rien ne les oppose fondamentalement, maintenir l’hostilité entre eux était une impasse politique. L’ancien président incarne la ligne conservatrice face au sursaut dont veulent se prévaloir ses contempteurs issus pour la plupart des rangs du Parti démocratique (PDS) dont il est le fondateur.

Longtemps vieux, déjà trop vieux, Wade agit-il à contretemps en snobant le locataire du Palais de l’Avenue Senghor ? En clair, le nouveau monde bouscule Wade qui, abandonné par ses forces, mène très certainement un combat de substitution, un combat de trop pour un fils qui ne « mouille pas le maillot ».

« Cavaliers de bonne famille », Wade et Macky, en se réconciliant sous les yeux du Khalife Général des Mourides, principal artisan de ce dégel, ouvrent une nouvelle perspective de pacification de l’espace politique pour enfin s’attaquer aux maux dont souffre le Sénégal. Ils ont noms : sécurité aux frontières, dialogue politique permanent, réformes institutionnelles, impatience de la jeunesse, relance des investissements, financement d’une agriculture moins dépendante d’une pluviométrie aléatoire du fait du changement climatique.

La réconciliation est une chose. La sincérité de l’acte va se prouver dans l’action. Il reste à en éprouver la validité au-delà du pari réussi et bien célébré dans les rangs du pouvoir et de l’opposition.

En 2012, à l’élection présidentielle, le rejet de Wade a rendu possible l’élection de Macky Sall même si à son actif, sa candidature a suscité un élan d’adhésion à sa personnalité. De nos jours, l’attentisme des Sénégalais pèse sur la classe politique en manque de socle de confiance solide.

Libre mais pas éligible ! Voilà l’équation politique à laquelle fait face maintenant Khalifa Sall qui a bénéficié d’une remise de peine n’effaçant pas toutefois le verdict du procès qui le condamne. Ses partisans balaient d’un revers de main cette objection. Ils se montrent réalistes et pragmatiques pour avancer que la lutte politique n’est point une trajectoire rectiligne. Celle de leur leader le montre à souhait puisque la prison ajoute de la densité à son parcours politique entamé dans sa prime jeunesse auprès d’hommes politiques expérimentés qui l’avaient adoubé.

Libre, Khalifa Sall retrouve un échiquier politique en pleine recomposition : le Parti socialiste se cherche un dirigeant après la mort de Tanor Dieng. Idrissa Seck va-t-il redresser son sillon, lui qui avait bénéficié du soutien de l’ancien maire de Dakar à la dernière élection présidentielle ? Quid de Abdoul MBaye (égaré) ? Malick Gackou (toujours aphone) ? Sonko (embrouillé) ? Une redistribution des cartes politiques se dessine. Que personne ne l’oublie le Sénégal est une romance enracinée...

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