LES RESTOS DU RAMADAN, TOUS POUR UN !

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SOCIETE

Au Sénégal, pays déjà réputé pour son hospitalité, la chaîne de solidarité tourne à plein régime, durant le mois de ramadan. Des moments de grande générosité et de partage ! A l’heure de la rupture, des groupes de donateurs se forment dans les différentes artères de Dakar, distribuant des kits ’’ndogous" aux jeûneurs encore bloqués dans les embouteillages, pour le plus grand bonheur des bénéficiaires. Les Sénégalais sont-ils plus généreux pendant ce mois béni ? Reportage !

Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il est bientôt l’heure de la rupture du jeûne. Devant la direction du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD), des étudiants lisent le Coran dans une belle harmonie. C’est le même décor du côté de la Mosquée des lieux, ainsi que derrière certains pavillons. C’est le moment choisi par d’autres jeunes constitués en association pour la plupart, pour entrer en action, distribuant des kits alimentaires. Sur place, au début du ramadan, de longues files d’étudiants se formaient devant les restos à partir de 16 heures. Des images capturées et partagées sur les réseaux sociaux. La magie d’internet opérant, des jeunes ont décidé d’œuvrer. "Mission sur terre" et "United project 1" se sont associées pour remédier à la situation.
C’est la ruée vers leur convoi, qui sillonne le campus social. Une distribution de ’’ndogou’’ chaque vendredi, c’est leur trouvaille, pour cette édition, afin de permettre aux étudiants qui ne peuvent pas aller dans les restaurants, de rompre leur jeûne.

Mohamed Rassoul Gueye, étudiant en Master de Génie civil, et membre de "Mission sur terre" confirme : "les photos des étudiants faisant la queue pour récupérer leur ’’ndogou’’, c’est ce qui nous a motivé à venir à l’université pour faire la distribution". Secrétaire de l’administration de l’association "United project 1", Yacine Demba explique leur collaboration avec "Mission sur terre". "Le projet ramadan, c’est quelque chose que nous faisons chaque année mais ce que nous faisons nous, c’est distribuer des kits alimentaires à la place des ’’ndogous’’. Là, nous sommes en collaboration avec "Mission sur terre" qui fait une distribution de ndogou chaque week-end".

Une aubaine pour les bénéficiaires servis juste devant leur pavillon, recevant tasses de café, sachets d’eau, etc. Abdoulaye Sow, qui a fini de se régaler, apprécie. Selon lui, c’est une épine qu’on leur ôte du pied. "Ceci ne peut être que bénéfique pour nous étudiants, nous endurons énormément de difficultés pour pouvoir recevoir le ’’ndogou’’ à l’heure. Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin d’aller dans les restaurants pour en avoir. Nous remercions ces jeunes frères qui sont venus nous apporter de quoi manger après une longue journée de jeûne."

Le même soulagement est perceptible chez cette étudiante en Lettres Modernes, qui a requis l’anonymat. D’autant plus que renseigne-t-elle, elle n’a pas eu à faire la queue après ses cours. "Je suis très satisfaite après avoir eu un sachet pour le ’’ndogou’’, ça nous change des longues files pour aller au restaurant. Tant qu’on ne le vit pas, on ne peut pas le comprendre. Nous, nous sommes très bien placés pour dire que ceci doit être valorisé et mis en avant. Merci à tous ceux qui ont contribué pour nous apporter ces ndogous".

"United project 1" est une association à but non lucratif et à vocation humanitaire qui existe depuis 2018. Elle regroupe des jeunes essentiellement des étudiants. Elle évolue dans les domaines comme la jeunesse, le sport, la culture, l’entrepreneuriat, la santé, l’environnement, l’éducation, la protection de l’enfance, entre autres. "Mission sur terre" aussi est une association qui regroupe des jeunes qui œuvrent dans le social. Ces moments de générosité sont possibles grâce à l’engagement de ces jeunes qui cotisent eux-mêmes pour pouvoir concocter ces aliments qu’ils distribuent.

L’engagement dans la générosité

En face du rond-point de l’université où est érigée une statue du parrain de ce grand temple du savoir, un autre groupe de jeunes distribue des ’’ndogous’’. Sur un fourneau, une marmite remplie de café Touba repose tranquillement.

Des jeunes s’activent à côté en distribuant des dattes, du café, des du pain. C’est ici que les policiers qui font le pointage à l’université, coupent leur jeûne. Leur association, "Bideew Events", est un regroupement de jeunes originaires de la région de Diourbel. D’ailleurs, c’est dans leur région natale qu’ils faisaient la distribution mais leurs pas les ont conduits dans la capitale, cette année. Tout comme les autres associations citées plus haut, "Bideew Events" collecte de l’argent à partir des cotisations des membres. Entrepreneur social, Ismaïla Ndiaye est le président de "Bideew Events". "Nous fonctionnons avec nos fonds propres issus des cotisations. Nous avons reçu des soutiens venant d’autres personnes qui ont vu ce que nous faisons et ont voulu apporter leurs contributions. Nous dépensons 40 000 à 50 000 francs CFA, par jour. Il nous arrive de recevoir des artistes et cela augmente le nombre de personnes qui viennent pour le ndogou".

Depuis 2014, "Bideew Events" s’active dans le social, leur engagement les conduit à faire beaucoup de sacrifices pour réussir leur pari. Marième Diallo, trésorière de l’association, en est l’illustration parfaite. "Nous sommes très engagés, c’est pour cela que nous arrivons à nous en sortir. Moi par exemple, j’habite à Rufisque, je travaille à Yoff. Tous les jours, je fais le trajet, Rufisque-Yoff, Yoff-Université pour les distributions de ndogou et enfin Université-Rufisque. C’est ce que je fais tous les jours depuis le début du ramadan".
C’est la gratuité qui séduit El Hadj Mbissalli Sarr Ndong, étudiant en 2e année de journalisme. "La vie estudiantine n’est pas du tout facile, on n’a pas beaucoup de moyens. Alors voir des gens qui nous disent venez manger gratuitement, nous ne pouvons que nous en réjouir", souligne-t-il.

La générosité au-delà des religions

L’un des moments qui ont marqué ce mois béni de ramadan c’est le partage de ndogou initié par des Chrétiens, renforçant le dialogue islamo-chrétien qui est bien une réalité au Sénégal. C’est d’ailleurs ce que les membres du groupe Facebook "Let’s go sortir au Sénégal" ont voulu justement magnifier. C’est au rond-point Liberté 6 que la distribution s’est passée, avec plus de 2 500 sandwichs offerts aux jeûneurs.

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