LES SAPEURS-POMPIERS, LES GRANDS OUBLIÉS DE LA LUTTE CONTRE LE COVID-19

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IMMERSION

Il est neuf heures. Le caporal-chef regroupe ses troupes. Vite, le rassemblement est fait. Les rangs sont formés. L’ordre est serré. La sonnerie du clairon marque le départ du défilé. Très adroits avec une maitrise séduisante du mouvement des pieds, les soldats du feu marquent le pas avec délicatesse et charme. C’est l’heure de la levée des couleurs.

Le drapeau national monté, les éléments regagnent le poste de police dans le même rythme. Nous sommes à la caserne Alioune Tall de Guédiawaye, 13e compagnie de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers. C’est une unité opérationnelle et administrative du groupement d’incendie et de secours numéro un à Dakar. Elle couvre les départements de Pikine et de Guédiawaye avec ses 21 arrondissements. La 13e compagnie regroupe les trois casernes que sont la caserne de Guédiawaye, créée en 1977, celle de Pikine conçue en 1996 et enfin la caserne de la zone franche qui a été créé en 2017. Cette compagnie, commandée par le capitaine Yatma Dièye, compte 195 éléments.


195 ÉLÉMENTS CONSIGNÉS

A l’instar des autres services étatiques, ici, toutes les dispositions sont prises pour lutter contre la maladie du coronavirus. Il faut respecter toutes les mesures barrières édictées par les autorités sanitaires avant d’accéder à l’intérieur de la caserne. En cette période marquée par la pandémie du coronavirus, les soldats du feu ont sorti la grosse artillerie pour aller au front. Ils disposent d’ambulances équipées en personnel médical et en protection individuelle pour lutter contre le Covid-19. En sus, les 195 éléments sont consignés et prêts à être déployés sur le terrain pour n’importe quelle intervention, à n’importe quelle heure. « Quelle que soit la circonstance, nous sommes prêts à aller au front au profit de la population », a déclaré le capitaine Yatma Dièye. Qui, toutefois, précise que les sapeurs-pompiers ne sont pas impliqués, pour le moment, dans la prise en charge des patients suspects de la maladie pathogène même s’ils en ont la compétence. Ce rôle est assigné au Samu National.

10 À 15 OPÉRATIONS PAR JOUR

« Depuis l’apparition de la maladie, nous faisons 10 à 15 interventions par jour. On nous appelle pour secourir une personne qui a fait un malaise ou une crise. On intervient également pour évacuer des femmes en état de grossesse avancée qui peinent à avoir un moyen de locomotion en cette période de d’état d’urgence assorti de couvre. Nous prenons toutes les mesures sécuritaires sur le théâtre des opérations. D’abord, nous utilisons le thermo-flash pour mesurer la température du patient. Si la température n’est pas normale, nous ne le touchons pas. Nous alertons rapidement le Samu national », a expliqué le capitaine Yatma Dièye qui, pourtant, signale que les sapeurs-pompiers ont reçu des formations leur permettant d’intervenir en toutes circonstances. « Chaque jour, nous faisons des manœuvres de garde, c’est-à-dire des entrainements dans tous les domaines où on peut solliciter les services des sapeurs-pompiers. Certains pensent que les sapeurs-pompiers n’interviennent que dans les accidents et les incendies. Mais, il arrive qu’on nous appelle pour sauver un cheval qui est tombé dans un puits ou pour attraper un animal qui sème la terreur dans une localité », informe-t-il.


DES INSULTES ESSUYÉES LORS DES INTERVENTIONS

Malgré les efforts qu’ils fournissent pour apporter aide et assistance aux populations, les sapeurs-pompiers sont souvent voués aux gémonies. Ils font souvent l’objet d’attaque. Sur le terrain, certains vont même jusqu’à les menacer ou les adresser des propos discourtois. Mais, tout cela est pris avec philosophie. « Parfois, les sapeurs-pompiers essuient des insultes lors de leurs interventions mais nous en faisons fi. Parce que, c’est nous qui avons choisi le métier et nous devons l’exercer avec passion quoi qu’il advienne. Nous avons été bien formés et nous sommes très conscients de la tache qui nous attend quotidiennement. Psychologiquement, nous sommes prêts à subir tous les sacrifices que requiert ce métier qui, est loin d’être facile. Nonobstant, notre sacerdoce, c’est de l’exercer dans les conditions les meilleures au grand profit de la population. Car, notre plus grande satisfaction c’est de sauver des vies chaque jour. Cela suffit comme rémunération », soutient-il.

LA LIGNE 18 N’EST PAS GÉRÉE PAR LES SAPEURS-POMPIERS

Par ailleurs, le capitaine Dièye a apporté des réponses sur les accusations selon lesquelles les sapeurs-pompiers réagissent parfois tardivement aux sollicitations des populations. Il a tenu à préciser que la ligne 18 n’est pas gérée par les sapeurs-pompiers mais plutôt par un opérateur téléphonique. Donc, clarifie-t-il : « les défaillances qui sont souvent constatées ne sont pas de notre faute. On nous les impute à tort mais, elles ne nous incombent pas ».


CASSE-TÊTE DES ÉVACUATIONS

Dans le même sillage, il a expliqué les raisons pour lesquelles les sapeurs-pompiers arrivent, parfois, en retard sur les lieux d’intervention. A l’en croire, de temps en temps toutes les ambulances sont en intervention sur le terrain. « Et quand cette situation arrive, il est difficile d’interrompre une intervention au profit d’une autre. Nous sommes obligés d’attendre la fin d’une intervention pour rappliquer sur un autre lieu. En plus, il y a aussi le problème de la prise en charge des personnes qui sont évacuées. Souvent, les hôpitaux nous disent qu’ils ne prennent pas le patient parce qu’ils n’ont pas de lits disponibles ou parce que celui-ci n’a pas un accompagnant. On est obligé d’aller voir un autre hôpital. Parfois, cela nous prend dix heures pour une évacuation sans compter les embouteillages. Les populations ignorent toutes ces choses auxquelles nous nous sommes confrontées », souligne le capitaine, ajoutant qu’un sapeur-pompier n’est jamais en retard. « On n’ose pas décliner un appel. Qu’il pleuve tonne ou vente, les sapeurs seront toujours au front », jure-t-il. Comme quoi leur devise « Sauver ou périr » n’est pas un simple slogan.

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