LES SÉNÉGALAIS DANS L’ATTENTE DES VRAIS RÉSULTATS

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PRÉSIDENTIELLE 2019

Malgré les déclarations d’un côté du pouvoir et de l’autre, de l’opposition, les Sénégalais attendent la publication officielle des résultats du scrutin du dimanche. Second tour ou pas, certains ont au la boule au ventre. Reportage.

Ecouteurs scotchés aux oreilles, Bakhoum (il n’a pas voulu donner son prénom) est trouvé tranquillement assis sur les bancs publics à Liberté 2 sise à quelques encablures du Rond-point Jet d’eau. Cheveux grisonnants, l’homme est professeur de Maths dans une école privée. La preuve, il a entre les mains des cours de Maths, préparant sa prochaine classe.

De nationalité malienne, l’homme, vit au Sénégal depuis « quelques années ». Par rapport à d’éventuelles confrontations post-électorales, il se dit « serein. » « Je ne crois pas du tout à cela. Ce pays est un pays de tradition démocratique. Donc, ce n’est pas (hier, 24 février 2019) qu’on a commencé à voter. Peut-être qu’il y aura des querelles judiciaires entre les hommes politiques mais les populations sauront transcender cela. On ne va pas basculer dans la violence. »
Bakhoum qui est en convaincu, explique : « En 2012, j’étais là et la tension était beaucoup plus forte qu’en 2019. Nous-mêmes avions alors envisagé le pire mais cela ne s’était pas produit. Les populations sauront toujours transcender la violence.

A quelques minutes de marche, un jeune maçon enfourche sa moto garée devant un chantier. Casque bien serré et le visage poussiéreux, il indique avoir quitté Grand-Yoff, ce lundi 25 février, lendemain de la tenue de la présidentielle. Il dit : « Je me suis levé comme d’habitude pour venir au travail. J’avoue que j’ai beaucoup hésité après avoir écouté les radios. Mais je suis venu directement au chantier. C’est vrai qu’il y a eu des heurts la nuit dernière. Je suis resté tranquillement chez moi. »


« Je ne sortirai pas de chez moi »

Bassine remplie de poissons sur la tête, Fatou Ndiaye, la cinquantaine dépassée, parcourt les ruelles des Sicap Liberté à la recherche de clients. De son côté, la faim a été plus forte que la peur. Venue de Khar Yalla, la vieille dame en tenue wolof, précise qu’elle ne peut pas rester 48 heures sans rien vendre. Ce, après la pause observée hier dimanche, jour du scrutin présidentiel. « J’ai un loyer à payer et des bouches à nourrir. Personne ne me soutient. Mes enfants ne comptent que sur moi pour vivre », détaille la mère de famille. Qui prie donc pour que la paix règne au Sénégal.

En haut de couleur violette, cette jeune femme, qui a requis l’anonymat, se rend à la boutique pour acheter du pain. Non sans inquiétude. « J’ai très peur », confie-t-elle tremblotante. Foulard noué sur les cheveux, elle explique : « J’ai entendu Idrissa Seck et Ousmane Sonko, en conférence de presse, dire qu’il y aura un deuxième tour alors que le Premier ministre a annoncé la victoire du président Macky Sall dès le premier tour. Cela peut engendrer la violence ». En tout cas, c’est décidé dit-elle, « je ne sors pas de chez moi aujourd’hui », confiant qu’elle « n’a pas le courage de le faire. »

Amara Kourouma, âgé de 75 ans, est gardien. D’origine malienne, le vieil guinéenne, est assis en face de chez lui, à Liberté 3. « On a peur, reconnait-il. Et, on prie Dieu pour qu’on dépasse cette situation très rapidement. Nous, les personnes âgées, on a peur pour nos enfants. On ne veut pas de la violence parce qu’on est à la retraite, l’avenir appartient à nos enfants. On tend les mains pour que cet avenir soit le meilleur possible. » Amara Kourouma qui couve donc ses petits-enfants, a recommandé à chacun d’eux de « faire très attention. » Et, « surtout de ne pas se mêler de choses qui ne les regardent pas. Hier, je suis allé très tôt voter et rentrer chez moi. A partir de 20 heures, personne n’est plus ressorti de la maison. Ce matin, vous voyez vous-même, je les surveille. »

« Le Premier ministre aurait du attendre »

Malgré l’inquiétude qui l’anime, Cheikh « Tapissier » a pris le risque d’ouvrir son atelier situé à Liberté 4. Trouvé en pleines discussions avec ses collègues, cet habitant de Bène Tally précise que le problème n’est pas à ce niveau. « Comme je le fais depuis des années, souligne-t-il, je suis venu ouvrir l’atelier. Il n’y a pas de souci à ce niveau, Mon inquiétude, c’est après la proclamation des résultats, que le pays s’embrase si chacune des parties campent sur sa position. » Son souhait, c’est que « l’expression des Sénégalais soit respectée et ne soit pas confisquée. »
Pendu au téléphone, Mamadou Samb, taximan, est garé devant le Rond-point JVC à Sacré-Cœur. Teint noir, il se dit, lui-aussi, « très inquiet ». Une angoisse née à l’en croire des déclarations des camps adverses. D’après lui, le Premier ministre aurait dû attendre avant de proclamer la victoire du président Macky Sall.
« Ce matin, raconte-t-il, je ne suis pas sorti très tôt de chez moi comme je le faisais d’habitude parce que j’avais très peur qu’il y ait des heurts. C’est pour cela que j’ai attendu jusqu’à 10 heures alors que je quittais très souvent avant 07 heures du matin. J’ai constaté que le calme règne. » Avant de lancer un appel au calme et à la sérénité.
Mère Ciss, mendiante au Rond-point JVC, elle, s’en remet à Dieu pour la stabilité du Sénégal. Cette habitante de la Cité Millionnaire près de Grand-Yoff indique qu’elle ne peut pas s’offrir le luxe de rester chez elle-même dans ce contexte de tension.

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