LES VÉRITÉS DE MACKY SALL AU SECTEUR PRIVÉ

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CONCERTATIONS SUR LE CONTENU LOCAL

Entre demandes et recommandations, le secteur privé national et d’autres acteurs ont formulé leurs attentes sur le contenu local dans le secteur du pétrole et du gaz, lors de l’atelier de concertation, ce mardi, 2 juillet, à Diamniadio.

« Nous comptons sur vous pour aller vers une meilleure définition de l’entreprise sénégalaise, je le dis humblement, pour qu’on puisse simplement tirer le plus de valeur ajoutée pour les entreprises sénégalaises », sollicite Baïdy Agne, le président du Conseil national du patronat du Sénégal (CNP).

Mouhamed Seck de l’association des pétroliers indépendants sénégalais de renchérir : « Nous avons nos stations, nous fournissons aux industriels du carburant. Au moment où je vous parle, les choses sont en train de se passer, les opérateurs utilisent des produits pétroliers mais dans notre association, nous avons vu aucun de nos membres fournir du carburant, du gasoil, du lubrifiant, à ces productions. C’est pourquoi nous suggérons d’avoir un quota livré par les pétroliers sénégalais. »

Egalement représentée, l’Union nationale des commerçants industriels du Sénégal (UNACOIS)/JAPPO souhaite qu’« une attention particulière de l’Etat soit davantage orientée sur les entreprises en difficulté » et le secteur informel.

Les compagnies étrangères s’interrogent, elles, « sur comment les contrats déjà signés peuvent être affectés par les nouvelles dispositions du contenu local ». « L’enthousiasme des populations est en train d’être un peu refroidi par les premières actions RSE faites par certaines compagnies dans nos contrées. Les appuis qui ont été faites sont très en deçà des attentes de nos populations », indique le représentant du maire de Saint-Louis, Mansour Faye, proposant que « l’exploitation de ces ressources pétrolières soit un moteur de croissance pour nos économies locales. »

Pour ce faire, l’élu de souligner : « Le Code minier a été modifié en 2016 et il prévoit en son chapitre 6 relatif à l’affectation des recettes minières et en ses articles 112, 113 et 114, que le produit des recettes soit réparti entre le budget général de l’Etat, le fond d’appui au secteur minier et le fond d’appui et de péréquation pour les collectivités locales. Nous aurions souhaité que de telles dispositions si pertinentes soient prises dans le Code pétrolier. Nos villes ont besoin de ces ressources pour pouvoir prendre en charge l’essentiel de leurs préoccupations. »

Présent, Birahim Seck, le coordonnateur du Forum civil, a décliné l’invitation à participer aux débats.


Les vérités de Macky Sall

Dans sa réponse, le chef de l’Etat s’est voulu « rassurant ». Non sans asséner ses vérités parfois crues. « Il est possible à travers le renforcement de capacités, le fond d’appui dont il faudra définir le format et les moyens de former des champions nationaux qui pourront travailler étroitement avec les compagnies étrangères. Il ne faut plus qu’on ait le complexe de travailler avec (celles-ci). Si elles ont été avant nous dans le métier, c’est normal qu’elles aient une avance. Mais, nous allons, j’en suis sûr, rattraper cet avance parce que nous avons, d’abord, les ressources humaines. Il faudra renforcer l’existant mais ils pourront, parfaitement, sur des secteurs régulés créés vraiment de véritables champions nationaux. Je souhaite simplement que le secteur national se regroupe parfois pour constituer des entités d’une certaine taille. C’est valable pour les assureurs, les courtiers d’assurances, les cabinets d’avocats. Ailleurs, vous avez des cabinets de 500, 200 minimum avocats avec toutes les compétences, tout le spectre. Ici, chaque individu est un cabinet, est une société. Evidemment, on a beau vouloir aider mais c’est difficile. Donc, il faut quand même cet effort national, c’est à nous, de constituer des blocs tels que vous le faites dans les associations patronales et aussi de participer dans la formation du capital pour ces entreprises du secteur privé national. »

Aux entreprises étrangères et les compagnies pétrolières, « acteurs de premier plan dans le domaine du secteur de la recherche, de la production et de la distribution des hydrocarbures », il souligne que « c’est un secteur capitalistique à haut risque qu’on ne peut pas développer, ici, sans ces compagnies. Nous avons une législation qui définit très clairement le cadre d’intervention et le rôle de chaque acteur et c’est déjà acté. Tous les dispositifs ont été pris pour, d’une part, réguler avec un code pétrolier, qui protège davantage les intérêts nationaux, respecter aussi l’intérêt de l’investisseur. »

Les ressources appartiennent désormais au peuple

Avant les ressources du sous-sol appartenaient à l’Etat mais avec la Constitution de 2016, celles-ci appartiennent désormais au peuple, a rappelé le chef de l’Etat suite à une demande du représentant du maire de Saint-Louis, Mansour Faye, pour les collectivités locales. « Donc, tranche-t-il, on ne peut pas parce qu’on est vers Saint-Louis, créer une ressource particulière sauf que du fait de l’activité d’une zone vous aurez les retombées positives de cette exploitation (hôtellerie, marché, etc). »

Macky Sall de poursuivre : « Le meilleur profit que le Sénégal pourrait tirer de cette activité, c’est d’abord la formation de nos jeunes dans les métiers les plus qualifiés qui soient. Une fois que vous avez cette masse critique de cadres, et je suis bluffée par la pertinence de nos femmes-cadres dans ce secteur comme dans (celui) des mines. Voilà les réponses ! Si nous avons suffisamment de compétences pour exercer au nom de l’administration dans les sociétés nationales, entre autres, mais aussi suffisamment de cadres sénégalais pour exercer au nom des compagnies, je crois que nous aurons réussi parce que même en dehors du Sénégal, en Afrique, nous serons un pourvoyeur de compétences et c’est ça qui est essentiel. »


Pas de place pour de l’amateurisme dans le pétrole

Revenant à la charge, il insiste sur la nécessité « d’avoir un secteur privé dynamique, conquérant et d’attaque pour affronter tous ces secteurs. En nous organisant mieux, nous pourrons avoir des champions nationaux. J’en suis convaincu. Mais, évitons cette dichotomie : Compagnie nationale, compagnie étrangère. Mon rôle premier, c’est d’aider les nationaux mais pour les aider dans un secteur aussi complexe aussi, il faut qu’il y ait une synergie, il faut que les gens travaillent ensemble parce que dans le pétrole aussi, on n’a pas droit à l’erreur. Il n’y a pas de place pour l’amateurisme. Pour faire des opérations aussi sérieuses en offshore, travailler de jour comme de nuit dans des plateformes pétrolières, ce n’est pas par de l’amateurisme qu’on y arrive. Par contre, nous avons beaucoup de potentialités pour participer dans tout ce qui est activités connexes à l’exploitation du pétrole. »

Pour terminer, il souhaite « qu’il y ait la régulation dans la formation aux métiers du pétrole et du gaz. « J’ai choisi la création de l’INPG, conclut-il. Il y a eu à l’époque un débat en Conseil des ministres. J’avais dit attention, il ne s’agit pas, pour ce cas précis, de former des universitaires mais des professionnels destinés au secteur privé, à l’administration aussi, mais cette formation ne peut pas souffrir des aléas de nos universités. Ce n’est pas possible. Vous ne pouvez pas avoir les contraintes dans un secteur industriel comme celui du pétrole et du gaz et avoir un Institut qui peut être en grève quatre (4) mois dans l’année. Par contre, l’INPG peut travailler avec tous les Instituts ou mêmes les facultés, qui veulent créer des masters. En ce moment, il faudra qu’on s’assure que ceux qui auront un diplôme label pétrole et gaz que ce soit un vrai qui correspond en tout cas aux standards du secteur. Il faudra un texte qui l’organise sinon il y a un gros risque qu’on retrouve dans tous les coins de rue des tableaux Institut de formation de pétrole et gaz. »

Abordant la question des fonds miniers d’appui aux collectivités, le chef de l’Etat, qui reconnait « qu’il y a eu du retard », invite les « collectivités à travers leur ministère à se rapprocher (de celui) des Finances et du Trésor pour le début du paiement de tout ce qui doit (leur) revenir. »

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