LES VERTUS DE L’UNION

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EDITORIAL

Les Africains reprennent confiance en eux. Le récent sommet de l’Union africaine tenu à Niamey a entériné, puis ratifié avant le lancement effectif de la zone de libre échange continental (Zleca) qui instaure à terme un marché unique de 1, 2 milliards de consommateurs détenant des revenus annuels de l’ordre de 3 600 milliards de dollars.

Arrivés en grand nombre dans la capitale nigérienne, les chefs d’Etat ont affiché leur détermination, mieux, leur résolution à engager le combat qui vaille : la survie du continent et l’intégration des économies avec à la clé, la préférence intérieure face au rouleau compresseur des produits importés. Plus vite dit que fait, diront certains, sceptiques. Ce doute, qui a longtemps persisté, avait valeur de réserve sur un projet d’intégration dont les prémices furent plus âprement disputées que discutées.

Que de chemin parcouru depuis l’aube des années 80 ! L’Organisation de l’Union Africaine (OUA), alors piquée dans son orgueil, préconisait l’élaboration d‘un modèle productif pour couper court à la charité des pays du Nord. Les dirigeants de l’époque, pour la plupart ayant eu à mener avec succès la lutte d’indépendance, voyaient l’autosuffisance alimentaire comme le complément de la conquête des libertés acquises au prix de lourds sacrifices. Le plan de Lagos naissait en avril 1980.

L’Afrique toute entière misait sur ce levier stratégique pour sortir du chaos économique en comptant d’abord sur ses propres forces pour ainsi amorcer le développement endogène. Le Togolais Edem Kodjo, à l’époque, sémillant patron de l’institution panafricaine, était l’artisan de ce fameux Plan qui prônait le renforcement des économies locales, la souveraineté sur les ressources naturelles, l’essor des industries (sans mimétisme) et la mise en œuvre d’une stratégie continentale relative aux transports, aux communication et surtout l’intensification des échanges financiers et commerciaux interafricains.

Le diagnostic de situation est frappant, si frappant qu’il donne le sentiment de décrire la conjoncture actuelle. La suite est connue : une déferlante libérale, articulée par Washington et Londres où trônaient Ronald Reagan et Margareth Thatcher, annihilait les efforts d’autonomisation des populations africaines et les coopérations régionales, base du décollage annoncé.

Il y avait un réel déploiement d’intelligences autour du Plan de Lagos, conçu avec beaucoup de panache par des forces vives enthousiasmées à l’idée de bâtir une œuvre pérenne, forte. Les époques sont certes différentes. Mais le besoin de valoriser les savoir-faire se perpétue. Hier il y avait une flopée de dirigeants mus par l’ardent désir de redonner au continent sa dignité. Aujourd’hui, l‘émiettement de l’Afrique est une des causes de sa faiblesse, de sa marginalisation à l’échelle de l’économie mondiale et son manque notoire de poids dans les échanges commerciaux.

La gravité de l’heure sonne la mobilisation : la Chine tutoie l’Amérique et lui dispute ses traditionnelles zones d’influence. Pékin avance sans hésiter en s’appuyant sur ses investissements colossaux, ce que tente de contenir Donald Trump courroucé par la « diplomatie du portefeuille » qui réussit bien à l‘Empire du Milieu. D’aucuns disent que le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine devient une confrontation globale. Washington veut ruiner les chances de réalisation de la route de la Soie quand Xi Ji Ping veut prendre le contrôle des infrastructures essentielles de la mondialisation. Une phase de rivalité s’ouvre entre les deux géants de l’économie internationale.

L’Europe, elle, se cherche. Autant dire qu’elle peine à se retrouver, divisée qu’elle est sur des questions centrales, ce qui accroît la paralysie qui l’affecte désormais. L’épisode du renouvellement des instances dirigeantes a fait mauvaise impression au point d’alarmer les tenants de l’Union européenne qui déplorent le manque de fiabilité du partenaire Trump arcbouté sur son projet de « redonner à l’Amérique sa grandeur ».

Et l’Afrique ? Face aux défis du nouveau monde, elle doit parler de vive voix vis-à-vis des grands ensembles qui se dessinent en Asie, en Europe, en Amérique avec de gigantesques marchés pour en refléter la volonté d’union. Ses fabuleuses richesses sont un atout et un avantage comparatif pour attirer les capitaux. Sa démographie en est un autre. L’immensité du continent jouit d’un préjugé favorable à l’implantation d’unités industrielles, donc de transformation des matières premières.

De mieux en mieux formés, les jeunes Africains ont le mérite de miser sur le continent où espoir et désespoir se télescopent parfois. Jusqu’à une période récente, de nombreux dirigeants africains minimisaient les enjeux d’intégration. Ils privilégiaient les questions domestiques. Les crises à répétition ont eu raison de ces égos. Résultat : un sursaut collectif est invoqué faute de quoi, les divisions favorisent la désunion et engendrent la précarité.

L’état actuel de l’économie africaine souligne l’urgence de la mise en œuvre opérationnelle de la Zone de libre-échange. Il s’agit d’un processus d’intégration graduelle qui vise à la fois la cohérence de la démarche et la cohésion des interventions. L’interpénétration des économies développe un réflexe de solidarité entre chefs d’entreprises, industriels, consommateurs et administrations des pays servant de corridors routier, aérien, fluvial, maritime et naturel.

Or, la Zleca constitue une réponse en même temps qu’elle esquisse des approches de solution. L’extension du périmètre de libre-échange a permis de connecter au marché des zones déshéritées en réduisant des poches de misères. L’agenda 2063 de l’Union africaine prévoit une croissance soutenue propice à un accès à d’avantage de produits et services de qualité. Tout commence après la ratification du traité établissant la zone de libre-échange : de nouvelles règles de commerce, la circulation libre et effective des biens et des personnes, une réciprocité commerciale à envisager avec les grands ensembles, même si certains, à l’image des Etats-Unis, invoquent le protectionnisme comme moyen d’endiguement des « envahisseurs barbares ».

Le travail accompli à Niamey est plus que nécessaire. Il prolonge le Plan de Lagos en l’actualisant. En cela la Zleca reste salutaire…

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