LES VIOLENCES CONJUGALES AFFECTENT AUSSI LE MONDE DU TRAVAIL

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VIOLENCES

Les violences conjugales s’invitent au bureau. Plus de 6 mille 600 salariés européens ont répondu à une enquête, la première de cette envergure, sur l’influence de ce type de violences dans la sphère professionnelle.

Dans l’échantillon, 74% des répondantes sont des femmes et 26% des hommes. Ces salariés sont issus des entreprises faisant partie du réseau "One in three women", pour "Une femme sur trois" en français. Il s’agit de l’un des mantras des Nations unies, tiré d’un rapport de l’OMS de 2003, pour rappeler la proportion de femmes qui seront battues, violées ou harcelées au cours de leur vie.

Parmi les entreprises de ce réseau, on trouve L’Oréal, BNP Paribas, Carrefour, SNCF, Lagardère, pour les plus connues. Elles se sont engagées à repérer les potentielles victimes de violences conjugales et à les mettre en relation avec les interlocuteurs adéquats.

16% des femmes concernées par le phénomène

Dans cette étude, publiée à dix jours de la fin du Grenelle, on apprend que 16% des femmes et 4% des hommes ont signalé des expériences actuelles ou passées de violences conjugales. Ces chiffres sont peu élevés, si on les compare à ceux de l’ONU.

D’après un rapport de l’Organisation internationale du travail de 2019, on estime que deux salariés à temps plein sur dix sont touchés directement par les violences dans le couple. Et un tiers d’entre eux déclare avoir déjà subi des violences de la part d’un de leurs partenaires au cours de leur vie professionnelle.

De même, une étude européenne évalue à 22% le pourcentage de femmes ayant subi des violences physiques et sexuelles infligées par leur conjoint actuel ou passé, 43% ont subi des agressions psychologiques et 18% ont été victimes de persécutions. L’Évaluation de la valeur ajoutée européenne (EAVA) a estimé que le coût annuel des violences faites aux femmes dans l’UE en 2011 s’élevait à environ 228 milliards d’euros.

Le travail en pâtit, pour 55% des répondants

Au total, plus de la moitié (55%) des personnes ayant déjà subi des violences conjugales ont déclaré que celles-ci ont affecté leur travail a minima d’une des trois manières suivantes : retard, absentéisme ou présentéisme (le fait d’allonger ses horaires sans forcément être plus productif).

Un quart (24%) des répondants ont pris des congés pour cette raison. Par ailleurs, 16% des personnes ayant déjà subi des violences conjugales ont été victimes jusque sur le lieu de travail (ou à proximité). Les répondants parlent de messages, mails et appels téléphoniques injurieux envoyés pendant les heures de travail.

Les persécutions sur le lieu d’exercice ou à proximité et sur les réseaux sociaux, ainsi que les menaces d’entrer en contact avec les collègues constituent les principales formes sous lesquelles les violences conjugales se sont manifestées au travail. Et 1 victime sur 10 pense que cela a également nui au travail de ses collègues.

Plus d’absences

Environ un cinquième des répondants déclare s’être absenté en raison de ces violences. Parmi les principales raisons invoquées, on relève le contrôle psychologique, les menaces et les blessures et/ou la confiscation des clés ou d’autres ressources nécessaires pour le travail. Un nombre plus faible de personnes ont subi une contrainte physique et des violences sexuelles.

La moitié des répondants ayant subi ces violences ont déclaré que leur productivité a diminué en conséquence. Ils ont pu être à un moment de leur vie distraits, fatigués, souffrants.

Plus d’un répondant sur dix (13% des hommes et 16% des femmes ou autres) connaît un collègue ayant subi des violences conjugales et un certain nombre de répondants ont observé un ou plusieurs signes avant-coureurs. 20% d’entre eux disent que leur travail a été affecté par la situation de leur collègue. Ils se déclarent stressés, inquiets pour la victime, percevant des conséquences négatives sur leur propre travail. Ils ont vu apparaître des tensions avec le ou la collègue et été témoin des appels téléphoniques du conjoint violent.

S’il faut bien une information rassurante, c’est le fait qu’un tiers des victimes ont pu échanger autour de ces problèmes avec un collègue, un supérieur ou les services de ressources humaines.

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