LÉTHARGIE DES INTELLECTUELS : SOKHNA BENGA ET KOYO KOUOH RÉPONDENT À MOUSTAPHA KASSÉ

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LR DU TEMPS

Les intellectuelles africaines, Sokhna Benga et Koyo Kouoh, ne sont pas d’accord avec le professeur Moustapha Kassé. Qui a récemment écrit un texte déplorant la léthargie des intellectuels africains. Le débat s’est posé dans ’’Lr du temps’’, émission d’Alassane Samba Diop, sur iRadio et Itv, ce dimanche, 26 janvier.

« Définition et rôle d’un intellectuel »

« Aujourd’hui, on met dans le même sac, intellectuel, lettré, alphabétisé, et ça porte à confusion, corrige, d’emblée, Sokhna Benga, écrivaine. ’’Kocc Barma’’ est un intellectuel en langue wolof, on trouvera des intellectuels dans d’autres langues (française, arabe, etc.) La question, c’est qui est intellectuel au Sénégal ? En Afrique ? Quelle est la position qu’ils doivent prendre au moment opportun ? Et s’ils prendront la bonne décision quand il le faut ? Si un intellectuel fuit sa responsabilité, cela veut dire que quelque part il y a un problème. Et j’ai l’habitude de le dire, le drame d’un peuple commence par le silence de ses intellectuels. »

Koyo Kouoh, insistant également sur « l’amalgame entre l’instruit et l’intellectuel, d’une part, et d’autre part, la confusion entre l’intelligence et l’intellectualité », va plus loin. Rappelant « que le rôle de l’intellectuel, c’est de réfléchir, d’analyser et de diffuser cette analyse. Au-delà, on a tendance à cadrer l’intellectuel ou à le camper dans un domaine précis c’est-à-dire le domaine académique universitaire mais les intellectuels ils sont partout. (Il y a) l’élite intellectuelle économique, scientifique, judiciaire, culturelle, naturellement artistique, l’élite intellectuelle des médias (tu en fais partie, désigne-t-elle Alassane Samba Diop). Tu es un des meilleurs de ta génération. Je pense, il est vraiment important d’étoffer les mots et les concepts que nous véhiculons. » Non sans marteler : « on met les intellectuels au pilori comme si c’est aux intellectuels seuls de gérer la société. Sachant que le politique occupe l’espace public. »

Koyo Kouoh, Fondatrice de Raw Material


« Penser, c’est déjà une action »

L’autre problème, souligne l’auteur de ’’L’or de Ninkinanka’’, « au Sénégal, nous avons énormément de gens qui se déclarent intellectuels ou pseudo-intellectuels ou des intellectuels en robe de chambre. C’est facile de rester dans sa chambre et de décider du monde. »

Sokhna Benga, écrivaine

Toutefois, dans leurs argumentaires, aucune des 2 n’a épargné les politiques et les médias. « Toutes les forces vives doivent intervenir dans la marche de ce pays. Il ne doit pas y avoir des gens exclus parce que tout simplement ils pensent autrement. Nous avons tous notre brique à apporter à l’édifice. C’est ce rôle dialectique, la confrontation entre ce qui est le oui et le non, qui donne la richesse au discours, la richesse à l’action. Les vrais intellectuels sont restés peut-être qu’ils sont occultés parce qu’on ne les entend pas. » Également, « la presse doit être la vitrine de l’action. (Hélas), je l’ai dit dans un roman, les journalistes aiment tout ce qui est guerrier. »

La fondatrice et directrice artistique de RAW Material Company persiste et signe : « Les intellectuels ne sont pas silencieux ». Elle en veut pour preuve les activités panafricaines des Ateliers de la pensée. « Nous avons en ce moment une large brochette de penseurs et de penseuses qui sont les plus brillants au monde : Felwine Sarr, Souleymane Bachir Diagne, (entre autres). Si on sort du Sénégal, il y a Achille Mbembé. »

Malheureusement, déplore Kouoh, « Ceux qui dirigent le pays sont des politiques qui font de la politique politicienne, et qui n’écoutent pas les intellectuels parce qu’eux-mêmes ne sont pas de vrais intellectuels. C’est ça la réalité. (...) (Être intellectuel) n’est pas un métier, c’est une activité sociale et cérébrale. (Laquelle) peut être au service d’un pays. (Pour ce faire), il faudrait que les politiques du pays aient une sensibilité à reconnaître que l’action de réflexion et d’analyse est importante dans la marche du pays. Les penseurs et les penseuses font leur travail. Les portes sont ouvertes. Ce que je veux dire, c’est qu’on peut faire appel à ces gens si on le veut. Souvent, il arrive qu’on fasse appel à ces personnes qui ont la capacité et le plaisir de penser nos sociétés mais on ne les écoute pas, parce qu’effectivement nos politiques sont habitués à des gens qui leur disent ce qu’ils veulent entendre, dès qu’on a un discours critique, cela ne leur plait pas. »

Comme rempart, Benga propose « le refus » comme « forme de liberté » : « Je dis non dans mes actions de tous les jours. Je refuse que je sois enfermée. » Sans cela, la société continuera à aller à vau-l’eau avec comme corollaire la stagnation du Sénégal dans la zone rouge de la corruption, établie par le dernier rapport de Transparency international.

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