LETTRES À DIARY SOW : DES ANCIENS DE PREPA PARTAGENT LEURS DIFFICULTES

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DISPARITION INQUIÉTANTE

Un groupe de professionnels, de chercheurs et d’écrivains, ayant fait l’expérience des classes préparatoires, s’adressent à Diary Sow. Dans leurs différentes lettres reprises par emedia, ils partagent leurs difficultés rencontrées au cours de leur parcours avec la meilleure élève du Sénégal en 2018 et 2019. La destinataire portée disparue depuis le 04 janvier dernier, date de retour des vacances de Noël, est étudiante en deuxième année préparatoire du prestigieux Lycée Louis Le Grand de Paris.

"Nous ne connaissons pas la raison de ton absence mais avons suivi le même parcours scolaire que toi. Par le biais de ce site web, nous voulons partager avec toi les difficultés que nous avons rencontrées durant ces années et t’apporter peut-être un peu de réconfort", ont motivé les auteurs.


LES LETTRES

"Beaucoup d’entre nous ont connu la solitude, l’isolation, l’incompréhension et la perte de soi." - Marieme Ngom.

"Les cours avançaient et le doute, insidieusement, me guettait [...] des élèves pouvaient comprendre plus vite que moi. Je le voyais mais il m’était difficile de l’admettre." - M.D.

"[...] je me suis rendue compte que je suivais un modèle de réussite imposé par la société et non mon propre modèle. Notre bonheur est personnel et c’est à nous de définir notre propre réussite" - N’geur Sarr.

"CHÈRE DIARY,

Je ne connais pas la raison de ta disparition mais sache que pour avoir fait le même parcours que toi, je peux comprendre l’idée de vouloir se couper du monde pour se retrouver.

J’ai fait une prépa ECE, intégré l’ESCP, beaucoup voyagé pour un groupe média dans une dizaine de pays mais à la veille de mes 30 ans je me suis rendue compte que je suivais un modèle de réussite imposé par la société et non mon propre modèle.

Je suis aujourd’hui persuadée que l’on doit tous choisir notre vie personnelle et professionnelle, ne pas céder à la pression de la société ou de qui que ce soit. Notre bonheur est personnel et c’est à nous de définir notre propre réussite.

On a tous le droit de changer de voie, d’envies, d’ambitions... rien n’est figée. Si tu ne te reconnais plus dans tes choix ou non choix, tu as le droit d’en changer, de suivre ta propre voie et de retrouver ta voix.

Nous, tes grandes sœurs et grands frères, serons là pour t’accompagner.


ON PENSE TRÈS FORT À TOI." N’Geur SARR

"J’aurais aimé que l’on me dise que la réussite ou l’échec en classes préparatoires n’a jamais défini personne." - Boubacar Benjamin Diarisso.

"La liste de mes échecs est encore plus longue mais je n’aurais pas été pas la personne que je suis sans ces épreuves." -Abdoulaye Ndiaye.

"Et rappelle-toi quand ton Seigneur eut éprouvé Abraham par certains commandements, et qu’il les eut accomplis, le Seigneur lui dit : « Je vais faire de toi un exemple à suivre pour les gens »." (Coran, 2:124).

"CHÈRE PETITE SOEUR DIARY,

Je partage avec toi le sens de ce verset, tout en souhaitant qu’il t’inspire. Le Seigneur t’a choisi comme le symbole de l’excellence de toute une nation, c’est un lourd fardeau. Ce destin, tu ne l’as pas choisi, il s’est imposé à toi, grâce à toi, et à cause de ton brilliant parcours. Tu es brave d’assumer ce destin et sache qu’avec ce que tu as accompli tu as déjà une oeuvre bien accomplie à nos yeux. Donc, quand se dresseront sur ton chemin des obstacles et des épreuves, sois rassurée que le résultat ne définit pas qui tu es, ni qui tu seras. Je me souviens de mon échec aux concours des écoles d’ingénieur ou des soucis de santé m’ont affligé pendant le doctorat. La liste de mes échecs est encore plus longue mais je n’aurais pas été pas la personne que je suis sans ces épreuves. Tu as le droit de persévérer, d’arrêter, ou de changer de cap. Tes expériences feront de toi la personne que tu es, une riche personnalité qui ne se définit pas que par la réussite scolaire. Tu seras toujours l’idole d’une nation." Abdoulaye Ndiaye.

"[...] Une charge de travail monstrueuses capables de réduire en loque, le jeune homme ou la jeune fille trop tendre pour ce microcosme sans pitié." - Fatimata Diallo.

Dans la dédicace de son premier roman qu’elle m’a adressée lors de sa cérémonie de lancement, Diary disait ces mots : « Ce livre nous montre que le masque peut être plus beau que le visage ». Phrase on ne peut plus sibylline mais qui prend soudain une signification particulière face aux évènements de ces derniers jours.

Diary, quel est donc ce masque que t’imposent ceux qui prétendent t’aimer ? Nous voilà réduits à chercher des explications à ce qui, dans un autre contexte, passerait pour normal. Quelquefois l’amour est si maladroit. Et pourquoi serais-tu la seule jeune fille de notre pays à ne pas avoir le droit de jouir du plaisir du silence ?

Sommes-nous incapables de supporter ton silence qui est tout sauf l’inexistence ? Peut-être juste une forme de résistance, un désir de réflexion voire de méditation. L’envie de retrouver le visage derrière le masque. Ceux qui ont vécu « les années prépas » en France, dans cette exception bien française qui allie la culture de l’excellence à celle du prestige, peuvent comprendre à quel point la pression imposée peut vous perdre, pour peu que vous ne mettiez pas vos forces mentales en mode survie. Une rigueur, une exigence, une charge de travail monstrueuse capable de réduire en loque, le jeune homme ou la jeune fille trop tendre pour ce microcosme sans pitié.

C’est déjà si difficile pour les Français eux-mêmes qui, le week-end, peuvent retrouver la chaleur d’un foyer pour se ressourcer ; que dire d’une jeune fille coupée de sa famille, obligée de croître sous l’œil innocemment inquisiteur de ses compatriotes, peuple adorateur volage, capable de brûler ceux qui refusent de se conformer à ses diktats ?

Dur métier que celui de vivre les rêves des autres avant les siens ! Amour étouffant et aveugle, passion ardente aussi bien qu’irrationnelle refusant de voir à quel point on détruit l’objet de nos fantasmes. Un peu d’introspection ne devrait pas faire de mal. Se mettre à la place d’une jeune femme de son temps, exceptionnelle, certes, mais humaine, avec un cœur qui bat, des nerfs qui lâchent, la déprime, peut-être qui guette pendant l’hiver, un contexte sanitaire plus qu’anxiogène, que sais-je encore ? Pardon, Diary, je tombe dans les comportements que je dénonce. Je cherche des raisons là où toi seule tiens les rênes.

Parce que je t’aime comme ma fille, non pour ton intelligence, Diary, non, mais par le don d’humanité que tu portes, je t’apporte mon soutien maternel. Il ne me viendrait pas à l’esprit de te reprocher tes failles. Si elles existent, elles te rendent unique et belle. La « prépa » est une sacrée école. Certains l’assimilent à un bagne où des forçats purgent une peine qu’ils se sont eux-mêmes imposée. D’autres y voient l’école des élites formées pour l’exercice d’un pouvoir éclairé demain.

Peu importe finalement si l’on n’en sort pas trop abîmé pour envisager un avenir qui nous convienne.

Toi seule compte, Diary. Ton parcours, quel qu’en soit la sinuosité, sera toujours respectable." Fatimata Diallo.

"J’étais au plus bas psychologiquement, avec le sentiment d’avoir échoué dans la vie." - Mouammar El Khadafi Seck

"[...] Il ne fallait surtout pas que l’élève un temps adoubé au Sénégal échoue en classes préparatoires. Je perdis confiance en moi et eu l’impression d’avoir régressé. " - Ghislain Ndecky

"Si la démarche est louable, on peut reprocher à l’Etat Sénégalais de ne pas assez insister auprès de ses bacheliers sur les conditions de réussite en CPGE et de ne pas mettre en exergue le risque de décrochage psychologique" – Mah.

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