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LOCALES 2022 : LE BÛCHER DES VANITÉS

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À quoi remarque-t-on qu’une échéance électorale approche au Sénégal ? Nos grand-places, sorte d’agoras populaires, ne bruissent que de discussions politiques où les profanes rivalisent d’expertise et de pronostic. Fait encore plus significatif, beaucoup de quartiers, laissés pour compte durant des années, vivent sous l’effervescence des chantiers : pavage, dallage, “set setal” (opération de propreté”), distribution de vivres, et tutti quanti...Les entreprises de clientélisme habituelles qui réduisent le citoyen à une sorte de consommateur que l’on vient démarcher lors de chaque solde électorale. Sans parler de la détestable coutume des rixes entre militants rivaux. “La politique, c’est un des rares métiers du spectacle où l’on voit toujours les mêmes acteurs, le même scénario, les mêmes décors et les mêmes costumes, et personne ne dit rien”, observait d’ailleurs avec sa délicieuse ironie, Jacques Dutronc. Tout cela est bien sûr déplorable mais appartient au folklore de la vie politique sénégalaise. Business as usual !

Le point le plus fascinant, toutefois, reste le casting de ce prochain scrutin. Il semble que tout ce que le Sénégal compte de personnalités politiques veulent briguer le suffrage des électeurs : figures majeures, et acarus en quête de lumière ; caciques de l’actuel gouvernement comme ex ministres revanchards ; ténors de l’opposition comme jeunes loups aux dents longues. Sans oublier les people, “revuedepresseur” ou chroniqueur télé. Ce qui offre un spectacle haletant et une bonne dose de buzz dont nous médias ne nous plaindrons pas.

Cependant gare au retour de bâton pour toutes ces personnalités qui “se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux, mais pour mieux briller”, pour reprendre une formule de Nietzsche.

Les élections locales se sont souvent révélées comme le cimetière de bien des ambitions politiques.

En 2009, Karim Wade convoitait Dakar comme tremplin vers une éventuelle succession dynastique à la tête du Sénégal. Mais malgré d’immenses moyens consentis et une campagne aux allures de grosse machine américaine, le fils de Wade a vu ses aspirations se briser sur l’écueil Khalifa Sall, à l’époque champion de la coalition “Benno Siggil Sénégal”, regroupant les principales forces de l’opposition dont le Parti Socialiste et l’Alliance des Forces de Progrès. Revers cuisant pour un Karim Wade, qui vécut à l’époque, pour la petite histoire, une véritable humiliation en pleine campagne au marché Sandaga où bidons rouges, chaussures rouges, sachets rouges, et même caleçons et slips de la même couleur furent son comité d’accueil.

Aminata Touré, alors toute puissante Première ministre de Macky Sall, n’a pas vécu une mésaventure aussi désagréable lors de sa tentative de conquérir Dakar en 2014. Mais elle,aussi, avait perdu le duel majeur de ce scrutin toujours contre Khalifa Sall. Une vraie désillusion qui la conduira à quitter ses bureaux de la Primature pour une petite traversée du désert.

Toujours lors de ce scrutin on aurait pu encore citer d’autres échecs tout aussi spectaculaires concernant des figures du régime : Benoît Sambou (Jeunesse), Haïdar El Ali (Pêche) et l’administrateur général du Fongip Doudou Kâ vaincu par Abdoulaye Baldé à Ziguinchor. ; ou encore la défaite à Sokone de Abdoulatif Coulibaly (ministre de la Bonne gouvernance) ; et enfin le faux pas du Secrétaire général du gouvernement et porte-parole du parti présidentiel, Seydou Guèye à la Médina.

À qui le tour en janvier 2022, serait-on tenté de demander ? Une chose est certaine, les gros poissons ne manquent pas, dans le camp du pouvoir comme du côté de l’opposition.

Adama NDIAYE

25 octobre 2021