« Les Etats membres doivent poursuivre les efforts visant la maîtrise du déficit budgétaire »

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Monnaie unique de la CEDEAO

Un consensus sur un régime de change optimal constitue un chantier important pour la viabilité de l’union monétaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Tel est le plaidoyer du ministre délégué du Budget, Birima Mangara. S’exprimant en marge du séminaire du Parlement de la CEDEAO ouvert mardi, 5 mars, à Dakar sur le thème : « Les défis et perspectives liés à la création de la monnaie unique de la CEDEAO – Mobilisation des parlementaires dans la réalisation du projet », il a, également, appelé les Etats membres à « poursuivre les efforts pour la maîtrise du déficit budgétaire, les réformes structurelles pour améliorer le climat des affaires. » La « promotion de la diversification des économies afin de réduire l’exposition aux chocs extérieurs » est aussi requise par Birima Mangara. Qui a, en outre, insisté sur « la réduction des entraves à la libre circulation des biens et des personnes (qui) constituent un levier important pour booster les échanges intra-communautaires, piliers essentiels de l’intégration. »

Enfin, a-t-il indiqué, « au-delà des dimensions économiques et techniques, la monnaie unique présente aussi un enjeu social et culturel qui contribue à forger le sentiment d’appartenance à une même communauté. A cet effet, elle est symbole, facteur d’unité et un moyen d’intégration sociale. Il s’agit, dès lors, de susciter chez tous les acteurs notamment les citoyens de la CEDEAO, un élan d’ensemble pour son acceptation. Un engagement qui contribuera à faire avancer encore plus rapidement le chantier et une meilleure implication des populations de la région, à quelques encablures de 2020, échéance du projet de création de la monnaie unique de la CEDEAO. »

Une autre phase du projet

Depuis la création de la CEDEAO en 1975, les Etats membres s’étaient engagés à établir, dans un délai de cinq (5) ans, la création d’une union douanière, une union économique et monétaire à travers entre autres l’harmonisation des politiques monétaires, financières et fiscales, la création d’une union monétaire de l’Afrique de l’Ouest, l’établissement d’une banque centrale régionale unique et la création d’une monnaie unique pour l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, a avoué Moustapha Cissé Lô, le président du Parlement de la CEDEAO, « en dépit de toutes les dispositions prises depuis lors, les difficultés liées à l’atteinte des critères de convergences (aggravés) parfois par les instabilités politiques et économiques n’ont pas favorisé le respect des échéances plusieurs fois repoussées. »

A présent, a-t-il dit, plus optimiste, « nous sommes dans une autre phase du projet. En effet, dans le souci de le faire aboutir définitivement, ce projet qui est, de notre avis, irréversible, car l’année 2020 a été fixée comme échéance pour la création de cette monnaie. Une feuille de route dont le suivi et la mise en œuvre a été confié aux chefs d’Etat du Niger, du Ghana et de la Côte d’Ivoire, a été également adoptée et son exécution suit son cours. »

Le vice-président de l’Assemblée nationale de poursuivre : « Nous nous devons d’encourager cette lancée en définissant un axe d’intervention approprié qui permettrait aux populations que nous représentons puissent être largement informées et éclairées sur les enjeux de ce projet. Le processus de création a été long malgré la volonté des autorités de la communauté à vouloir réaliser ce projet qui, osons nous l’affirmer, permettra entre autres, de supprimer les barrières commerciales et monétaires, de réduire les coûts de transaction, de redynamiser l’activité économique et d’accroître le niveau de vie de la population de la région. Malgré ces avantages, il a été relevé quelques raisons qui ont freiné l’aboutissement du projet dont la non-préparation de certains pays, les disparités macro-économiques au sein de la CEDEAO, qui constituent des obstacles à la mise en place de l’union monétaire. La faible sensibilisation des pays aux implications de la mise en œuvre de la monnaie unique pourrait être un handicap dans la réalisation du projet. »

Les obstacles

La CEDEAO regroupe quinze (15) Etats membres dont sept (7) ont leur monnaie propre et un groupe composé de huit (8) autres membres de la Communauté économique et monétaire ouest-africain (UEMOA), partageant le F CFA. Face à cette situation, a déploré Moustapha Cissé Lô, « la diversité des monnaies au sein d’un même espace communautaire entraînerait des difficultés liées aux transactions notamment (celles) de conversion entre (elles). » Ainsi, a-t-il souligné, « l’entrée en vigueur d’une monnaie commune ne serait que salutaire (mais) avant son avènement, il y a lieu de prendre des dispositions non seulement économiques mais également de larges actions de sensibilisation au niveau de chaque Etat membre pour informer nos populations. »

Le président de la Task force sur le schéma de libération des échanges de la CEDEAO, par ailleurs ancien chef de l’Etat du Niger, Djibo Salou, a indiqué que « ce séminaire tombe à point nommé. » D’autant qu’a-t-il ajouté : « L’espace CEDEAO s’est résolument engagé depuis quelques années dans une entreprise d’intégration ambitieuse. » Il en veut pour preuve, a-t-il listé, entre autres, la création de la Zone de libre échange continental africaine (ZLECA) lors du sommet de Kigali (Rwanda) en mars 2018, dont la CEDEAO est « indispensable pour (sa) réussite pour plusieurs raisons. Parmi lesquelles, a-t-il expliqué, « avec quinze (15) Etats membres, notre espace représente ¼ de l’ensemble des pays de l’Union africaine (UA) et 1/3 des signataires de la ZLECA. »

Créée en novembre 2015, la Task force de la CEDEAO sur la libre circulation des biens et des personnes travaille, actuellement, sous la supervision du président du Burkina Faso désigné par ses paires. Elle a réalisé, à ce jour, les principales activités suivantes : Missions inopinées aux frontières du Ghana et du Togo, du 6 au 8 novembre 2018, réunion annuelle le 20 novembre 2018 à Abuja (Nigéria), entre autres activités.

Après une visite dans les quinze Etats membres de la CEDEAO, Djibo Salou dit avoir constaté « d’une part, les problèmes causés par l’absence d’un instrument monétaire commun et d’autre part, de mieux entrevoir la contribution que cette monnaie (unique) apporterait aux objectifs de la Task force. » S’agissant de la libre circulation, a relevé l’ancien chef d’Etat, « les obstacles constatées dans le cadre des différentes missions de la Task force, concernent les barrières tarifaires notés dans quatre Etats membres (Burkina Faso, Bénin, Ghana et Togo) et des barrières non tarifaires dans deux (2) Etats (Ghana et Nigéria) et la persistance des pratiques anormales dans tous les Etats membres avec des spécificités dans quatre (4) Etats membres (Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana et Nigéria), du non respect des dispositions relatives aux droits d’établissement et de résidence notamment l’obligation d’obtention de la carte d’identité de nos citoyens et l’exigence de frais d’immatriculation au registre du commerce pour les ressortissants de la CEDEAO au Ghana en particulier. » Ces problèmes, a-t-il insisté, « constituent les freins majeurs à l’intégration. Fort heureusement, les autorités de tous les Etats cités ci-dessus ont été réceptifs au plaidoyer de la Task force visant la levée de ces obstacles.

« Vous êtes sur la bonne voie », s’est félicité le président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Moustapha Niasse, qui présidait la cérémonie d’ouverture, ce mardi à l’hôtel Le Ndiambour. Où les débats se poursuivront jusqu’au 14 mars prochain. Car, a détaillé Moustapha Cissé Lô : « Deux activités majeures se tiendront au cours de nos travaux. Il s’agit du séminaire sur la monnaie unique de la CEDEAO et de la cession extraordinaire du Parlement réunissant l’ensemble des « élus et représentants) communautaires. » Prévue à partir du 8 mars, ladite cession sera présidée par le Premier ministre.
Initialement prévue au Cap-Vert, la rencontre s’est finalement tenue à Dakar du fait « de difficultés de connectivité », selon les précisions du président du Parlement de la CEDEAO.

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