Les thiantacounes veulent saisir la Cour de justice de la CEDEAO

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MAC DE THIÈS

Vers l’internationalisation de l’affaire Cheikh Béthio Thioune ? Les avocats des « Thiantacounes », détenus à la Maison d’arrêt et de correction (MAC) de Thiès depuis avril 2012, n’excluent plus de saisir la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), pour le jugement de leurs clients. A en croire le Secrétaire exécutif d’Amnesty international section Sénégal, Seydi Gassama, s’exprimant lors de la conférence de presse du collectif des familles des ’’Thiantacounes’’ détenus à Thiès, ce lundi 24 décembre, au siège d’Amnesty international section Sénégal, c’est la seule voie qui leur reste face à ce qu’il qualifie de « déni de justice ». D’autant que, charge-t-il : « L’enquête dans le cadre de l’affaire dite Médinatoul Salam est bouclée depuis 2013 » et en l’état du dossier, « il ne reste plus qu’à aller au procès ».

Il dit : « J’en ai parlé avec leurs avocats, il y a Mes Lénine, Ibrahima Mbengue, et d’autres commis par les familles des ’’Thiantacounes’’. Certains sont désemparés car lorsque l’instruction est terminée, l’avocat doit aller au procès pour défendre son client. Qui doit enrôler ? C’est le Procureur. Si ce dernier n’enrôle pas, ils ne peuvent rien faire. Des avocats m’ont dit qu’il ne reste plus qu’une seule chose, trouver des moyens et aller à la Cour de justice de la CEDEAO. Ils disent qu’ils ne peuvent plus rien faire car l’instruction est bouclée et c’est terminé. Il ne reste qu’au Procureur d’enrôler le dossier. Il ne veut pas le faire. On ne peut plus rien. Tout ce qu’on peut faire, c’est aller à Abuja, au Nigéria, saisir la Cour de justice pour dénoncer un déni de justice. C’est là où on en est. »

Il y a la main de l’Exécutif qui ne veut pas organiser ce procès

Le droit-de-l’hommiste met à l’index le ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall. « L’affaire est bloquée aujourd’hui, assène-t-il, parce qu’il y a la main de l’Exécutif qui ne veut pas organiser ce procès. On sait qui est le chef du Procureur, c’est le Garde des sceaux, Ismaïla Madior Fall. » D’autant que fulmine Seydi Gassama : « Les chambres criminelles ont commencé à fonctionner à Mbour depuis longtemps. Il y a déjà eu deux cessions, une à la mi-octobre octobre et une autre qui a démarré le 17 décembre dernier. Et le Procureur avait promis aux Thiantacounes, pour qu’ils arrêtent leur grève de la faim, de les faire juger à la cession du mois d’octobre. Et, il n’a pas tenu promesse. A cette cession du mois d’octobre, on a jugé des gens qui ont trouvé les ’’Thiantacounes’’ en prison. Et, on est revenu encore pour la session qui a eu lieu du 17 au 22 décembre, avec d’autres personnes qui les ont trouvés en prison, pour les juger. Il y a des raisons de soupçonnés qu’il y a la main de l’Exécutif là-dedans. »

Egalement aux côtés des familles des ’’Thiantacounes’’, le président de l’Association pour le soutien et la réinsertion sociale des détenus (ASRED), Ibrahima Sall, dénonce « la réalité des longues détentions provisoires au Sénégal ». Il en veut pour preuve sa propre expérience. « Je fus un ancien détenu à la Maison d’arrêt de Rebeuss pendant deux ans et dix jours sans indemnisation. Or, la loi qui indemnise les longues détentions est là depuis 2008 mais ne s’applique pas. »
« Ces ’’Thiantacounes’’, rapporte Ibrahima Sall, ne veulent pas être libérés mais veulent un procès juste et équitable. »
Une chose est sûre, leurs familles n’ont pas le cœur à la fête, en cette période de Noël.

Les familles des victimes n’ont pas le coeur à la fête

Fally Sarr, parent d’un des détenus qui observe une grève de la faim, alerte sur l’état d’esprit de Momar Talla Diop. « Il n’a plus goût à la vie, narre-t-il. La preuve, il a été évacué trois fois après avoir bu de l’eau de javel. Il a mis sa vie en danger pour lancer un signal aux autorités. »
Rokhaya Niane, grande-sœur de la mère de Pape Mamadou Hann, chauffeur de Cheikh Béthio Thioune au moment des faits, plaide pour tous les ’’Thiantacounes’’. « Il est plus que temps qu’on les juge pour qu’ils soient fixés sur leur sort et que leurs parents sachent à quoi s’en tenir », soutient-elle.
Inculpés et placés sous mandat de dépôt en 2012 pour les meurtres de Bara Sow et Ababacar Diagne, deux disciples du marabout, Cheikh Béthio Thioune (pour des raisons de santé) et quelques uns de disciples bénéficient d’une liberté provisoire. Restés en prison, seize ’’Thiantacounes’’ multiplient les grèves de la faim pour réclamer justice.

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