MAÏMOUNA KANE, SYMBOLE DE LA FEMME INTÈGRE

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DÉCÈS DE L’ANCIEN MINISTRE

La disparition de Maïmouna KANE, vendredi, 1 mars à Paris, a suscité un grand émoi dans les cercles de femmes qui s’apprêtent à célébrer justement la Journée internationale de la femme le 8 mars prochain. Ministre de la Condition féminine sous le Président Senghor, elle hésita longtemps avant d’accepter le poste sous la pression discrète de ses aînés dans la magistrature, sa famille et ses amis. Elle donna de l’éclat au poste, sillonnant le pays à la rencontre des femmes de l’intérieur. C’est au détour d’une de ses médiatiques tournées, au demeurant mémorables, qu’elle acquit la conviction que l’émancipation de la femme passe par un allègement des travaux des femmes du monde rural. Le président Senghor, séduit par l’idée, demanda à son Premier ministre d’alors, Abdou Diouf en l’occurrence, d’accorder plus de faveur à cette requête. Senghor part en 1981. Arrive Diouf qui reconduit Maïmouna Kane à son poste avec plus de prérogatives. Elle sera, plus tard, l’inspiratrice de la construction des moulins à mil et des forages dans les 7 régions de l’époque. Ce qui fut considéré comme un progrès tangible ayant permis aux femmes de se libérer des contraintes des travaux champêtres et domestiques. Elle en fut l’artisan infatigable au point de symboliser l’évolution des moeurs politiques, encourageant ainsi d’autres femmes à taquiner la politique pour se révéler avec des talents insoupçonnés qui ont fait le bonheur de nombre de partis politiques. Discrète, courtoise et ayant le sens d’une grande urbanité, Mme Maïmouna KANE personnifiait la femme africaine moderne mais enracinée. Elle faisait preuve d’une détermination affinée dans la conduite des projets qu’elle approuvait. Sa pédagogie de l’explication a été saluée par ses pairs d’Afrique qui se délectaient de son leadership dans les conférences internationales où se discutait le sort des femmes africaines et du monde entier.

Volontaire et intègre, Mme KANE, savait que sa mission s’inscrivait dans une durée certaine. Lorsqu’elle a senti le moment venu de quitter la scène politique, au beau milieu de sa gloire, elle s’en ouvrit au Président Diouf, partagé entre le souci de la maintenir à son poste et le besoin de la libérer puisque tel était son voeu enfoui. Sa décision a stupéfié le monde. Elle venait de signer un acte de haute portée symbolique : partir à temps.

Magistrate de profession, elle inspirait respect et considération dans les milieux judiciaires tout en savourant la plénitude de l’ambiance familiale avec son défunt mari, Yaya KANE, industriel averti qui formait avec elle, un charmant couple, séduisant et typiquement africain. Maïmouna KANE était de la trempe des leaders qui faisaient progresser une cause, un combat sans ostentation aucune. Le Sénégal perd une de ses dignes filles, qui aura marqué son passage ici bas par des réalisations que l’imaginaire collectif retient et apprécie.

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