MALAISE AU SEIN DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

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Affaire Kilifeu-Thiat-Simon

Né à la suite des coupures d’électricité qui rythmaient le Sénégal au milieu des années 2000, selon ses membres fondateurs, et pour contester la "gestion gabéique" de l’État, le but du mouvement Yen A Marre était d’inciter les Sénégalais à voter afin de renouveler le personnel politique, lutter contre la corruption et promouvoir le civisme. "L’heure n’est plus aux lamentations de salon et aux complaintes fatalistes face aux coupures d’électricité. Nous refusons le rationnement systématique imposé à nos foyers dans l’alimentation en électricité. La coupe est pleine", lançait Yen a marre. Ses membres entrent en action et s’opposent frontalement au régime de Wade alors en place.

D’avril à août 2011, ils lancent une grande campagne pour convaincre les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales afin de participer à l’élection présidentielle sénégalaise de 2012, réclamant sans succès que le gouvernement repousse la date limite d’inscription. Le mouvement arrive, toutefois, à stimuler les inscriptions, jusqu’à 357 mille nouvelles inscriptions, un taux record.

La contestation enfle. Les manifestations contre la candidature du Président Wade s’enchaînent et aboutissent au fameux 23 juin 2011, devant l’Assemblée nationale, provoquant le recul de ce dernier dans son projet de quart bloquant. Des ’’Y’en a marristes" sont souvent arrêtés et emprisonnés, mais cela ne diminue en rien leur engagement.

La suite, on la connait, la chute du Pape du Sopi suivra, lors de la présidentielle de 2012 remportée par l’actuel président Macky Sall. Les ’’Y’en a marristes" avaient décidé de soutenir l’actuel occupant du Palais mais le compagnonnage fera long feu. Fadel Barro et Cie se radicalisent, soutenant avoir constaté les mêmes travers que ceux combattus sous Wade.

Fadel Barro, l’ex-coordonnateur ayant passé le témoin depuis à l’actuel meneur, Aliou Sané, le mouvement poursuit le combat, engagé aux côtés de la société civile.

Aujourd’hui, des membres du groupe sont trempés dans une affaire de trafic de visas. Après les arrestations des rappeurs Kilifeu et Simon, nos confrères de iRadio (90.3) informent que Thiatt, également membre dudit mouvement est activement recherché par la la police. Auparavant, le rappeur Simon a été convoqué par les redoutables éléments de la Division des investigations criminelles (DIC) avant d’être placé en garde-à-vue.

Ce dernier, qui se trouvait, jeudi à Kaffrine, s’est rendu à la Dic pour répondre à la convocation. Par ailleurs, on apprend que c’est à cause de cette nouvelle arrestation que la détention de Landing Mbissane Seck alias Kilifeu a été prolongée.

Pour rappel, lors de son audition, Amadou Thierno Diallo, l’homme à l’origine de l’affaire, avait cité Simon comme partie prenante du réseau, mais aussi Thiate. Les mis en cause seront confrontés en début de semaine prochaine, avant d’être déférés pour être fixés sur leur sort.

Image écornée

Cette affaire embarrasse fortement la société civile sénégalaise. "Je ne suis pas au courant", nous renvoie un fervent défenseur des droits de l’homme, dans une première tentative. Une deuxième nous invite à interpeller plutôt les citoyens.

La troisième sera payante. "Par respect pour le droit, nous devons laisser la Justice faire son travail et rappeler tout simplement qu’une personne interpellée et en garde-à-vue reste innocente jusqu’à ce que le juge donne la décision finale pour dire que la personne est condamnée", souligne, d’emblée, Denis Ndour de la Ligue sénégalaise des droits de l’homme (LSDH), à l’interpellation d’Emedia.sn.

Il ajoute : "Maintenant, du point de vue structure, nous sommes membres de la société civile. Y’en a marre a partagé beaucoup de plateformes avec la ligue sur des questions de démocratie, de droits humains, et je pense qu’en tant que structure, on ne peut pas condamner la structure parce qu’il y a un membre de l’organisation qui a des démêlés avec la Justice. Ce serait faire un mauvais procès à la structure en tant que telle. Je considère qu’on ne peut pas réduire Yen A Marre à certains de ses membres qui ont démêlés avec la justice. Nous savons que Y’en a marre a eu à contribuer dans l’espace civique pour la promotion des droits humains, la prise de conscience des jeunes sur leurs droits et également le rôle de veille pour la démocratie et la liberté. De ce point de vue-là, on peut considérer que Y’en a marre avec d’autres organisations de la société civile, telles que la LSDH, ont toujours porté ce combat-là. A mon avis, Yen A Marre, en tant que structure, n’est pas visée, mais seulement les personnes impliquées et qui sont membres de l’organisation. Toutefois, on doit leur accorder le bénéfice du doute."

Cette affaire ne gêne-t-elle pas la société civile ? "Quelque part, cela peut être mal vu du point de vue global. Quand on analyse par rapport au poids de la société civile, dans son rôle de régulateur, évidemment cela peut gêner si vous parlez de transparence et que vous êtes dans des problèmes de corruption ou bien vous êtes dans des problèmes de faux et usage de faux ou d’usurpation d’identité.", concède Denis Ndour.

Il s’empresse, toutefois, d’ajouter : " je pense que le combat qui est mené en tant que tel n’a rien à voir avec une personne accusée même si elle est membre de la société civile parce que (celle-ci) continue quand même de faire son travail, depuis ces dernières décennies. Et ce travail n’est pas du tout négligeable pour beaucoup de choses : nos sorties, nos points de presse, et nos démarches à travers une posture de diplomatie et de neutralité. Cela a fait que le chef de l’État (Macky Sall) a eu à prendre des décisions qui ont eu pour conséquence ce que nous avons mené comme action en amont".

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