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MAMA AFRICA !

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C’est une dame de forte corpulence, de teint noir avec son look unique en son genre, avec la boule à zéro qui fait sa marque. Germaine Acogny ou la « mère de la danse africaine contemporaine », sera célébrée par ses pairs aujourd’hui au Théâtre national Daniel Sorano. Une occasion saisie par Bés bi pour revenir sur son riche parcours.

En robe wax multicolore devant un public blanc, Germaine Acogny danse avec le Président Macky Sall, en costume, aux côtés du Président Emmanuel Macron et sa compagne. C’était lors d’une soirée en l’honneur du chef de l’Etat français en février 2018. Au-delà de la tenue vestimentaire, Germaine Acogny se différencie par sa danse, une discipline qu’elle a réinventée pour lui trouver une identité. Pour l’ensemble de son œuvre, Germaine sera célébrée ce soir à 20h30 au Théâtre national Daniel Sorano par le monde culturel. Il s’agira de visiter la vie de cette icône surnommée la « mère de la danse africaine contemporaine ».

Avec Germaine Acogny, la danse véhicule des valeurs universelles au moment où le vent panafricaniste souffle sur le continent. En mars 2017, la chorégraphe sénégalaise d’origine béninoise estimait au cours d’une interview avec le journal L’As que les danses africaines ne peuvent être considérées comme innées et peuvent être parfois « complexes » et « extrêmement difficiles ». Priée de donner son avis sur la danse sénégalaise, le sabar en l’occurrence, considéré comme le genre sénégalais le plus populaire, elle juge ce style « extraordinaire, à condition que l’on ne la danse pas vulgairement ».

Chevillée aux valeurs africaines, elle considère que la danse, ce n’est pas de montrer les parties du corps. « J’aime beaucoup le ndawrabine, le sabar. Seulement, je n’aime pas du tout ce qui est vulgaire, notamment quand on montre trop les cuisses », insiste la chorégraphe de renom. Sur les « nouvelles danses », elle parle de « belles compositions. On danse dans les boîtes de nuit, c’est pour se distraire. Je n’ai rien à dire quand on s’amuse et que ce n’est pas vulgaire et que ça ne choque pas les gens ». Dans sa philosophie, la danse sénégalaise peut être « extraordinaire si elle n’est pas vulgaire ». Elle ajoute : « Ce que je peux dire, c’est qu’on ne naît pas avec la danse. On apprend à danser (...) en regardant ce que les aînés font, d’autant qu’en Afrique, chaque circonstance a une danse ».

Béninoise et Sénégalaise
Née au Bénin, Germaine Acogny a grandi au Sénégal. Naturellement, elle s’est familiarisée avec les outils musicaux sénégalais et de la sous-région. « J’ai dû apprendre le sabar, les danses du Mali et même les danses du Bénin, j’ai dû les apprendre. J’ai dû apprendre les danses diola », sud du Sénégal, a dit la chorégraphe, classée parmi les « 50 personnalités africaines les plus influentes dans le monde » par le magazine Jeune Afrique, en 2014. « Il y a des danses extrêmement difficiles. Vous pensez que quand on naît, on peut danser le sabar ? », interroge Germaine Acogny, danseuse, chorégraphe et comédienne, fondatrice de « l’Ecole des sables », le centre de formation qu’elle dirige à Toubab Dialaw, dans le département de Rufisque.

À Sorano, il sera question de revisiter l’œuvre de celle qui est considérée comme la figure historique de la danse en Afrique depuis la fondation de son premier studio de danse africaine en 1968, à Dakar. La danseuse a dû batailler pour renouer avec elle-même à cause d’une histoire fragmentée par une cassure familiale. Germaine Acogny est née en 1944 à Porto-Novo, au Bénin. A l’âge de 4 ans, elle déménage à Dakar, au Sénégal. Son père Togoun Servais Acogny, un fonctionnaire des Nations unies, est le fils d’Alophoo, une prêtresse vaudou qui occupera une place importante dans la vie de la danseuse. A-t-elle hérité cet état extatique de son ascendance béninoise proche du vaudou, religion de sa grand-mère qui était même prêtresse ? La réponse importe peu puisqu’à 78 ans, la danse de l’immortelle « divinité des sables » n’a rien perdu de sa splendeur.

La quête d’identité
Les personnes se rendant à « l’Ecole des sables » sont formelles. Le but de cet établissement fondé au Sénégal par Germaine Acogny et son mari n’est pas seulement d’apprendre à danser. « On vient pour y trouver sa voie, son identité. Ici, même si on ne peut pas te dire qui tu es, on peut t’aider à trouver la danse qui te convient », théorise-t-on. Les danseurs se rendent dans ce lieu à peu de chose près sacré, tant les mouvements et la danse de Germaine Acogny peuvent se rapprocher de la transe, pour suivre un chemin qui les mène vers eux-mêmes, vers leur identité en tant que personne, en tant qu’être libre. Ils ne doutent pas que l’école réussisse à les guider sur ce chemin qu’a déjà suivi sa fondatrice.

Elle dirige entre 1977 et 1982 Mudra Afrique, une école fondée à Dakar par Maurice Béjart, avec le soutien du premier président sénégalais Léopold Sédar Senghor. « Nos danses sont très complexes et ce sont des danses compliquées aussi et qui nous servent de base pour la création contemporaine », a indiqué Germaine Acogny, considérée comme celle qui a contribué à hisser la danse au rang d’art noble, en la faisant sortir de son « ghetto folklorique ». Son palmarès est long comme un bras. Germaine Acogny a remporté le Lion d’or de danse 2021 lors de la Biennale de Venise. Celle que le milieu surnomme la mère de la danse contemporaine africaine rejoint le palmarès de cette récompense déjà décernée à des légendes comme Pina Bausch et Carolyn Carlson.

« Sa contribution à la formation en danse et en chorégraphie des jeunes d’Afrique occidentale et la large diffusion de son travail dans son pays d’origine et dans le monde ont fait d’elle l’une des voix indépendantes qui ont le plus influé sur l’art de la danse », explique la Biennale de Venise dans un communiqué.

Adama Aïdara KANTE

9 septembre 2022


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