MARADONA, L’ILLUSTRE HÔTE DES CÉLESTES PRAIRIES DU FOOTBALL

news-details
CONTRIBUTION

Agissant comme un sixième sens, ma fibre sportive a fortement vibré, me tirant du léger sommeil dans lequel j’étais plongé ce mercredi après-midi en attendant la prière de Takusan. Tel un automate, j’ai ouvert ma tablette posée à mon chevet pour voir s’afficher l’alerte de L’Equipe : « Diego Maradona est mort (médias argentins) ».
Comme un fleuve débordé par les eaux de pluie, ma mémoire s’est mise à charrier un flot de souvenirs généré par le Pibe de Oro, un des plus grands génies du football mondial. Son talent fou a fait de lui l’égal de Pelé, pour les uns, voire son supérieur, pour les autres, notamment ses chauds partisans.

Doté d’un physique lâche, Maradona qui vient de s’éteindre d’un arrêt cardiaque, n’avait pas la belle allure de Pelé, encore moins de Socrates ou de Zico, ni celle d’Ardiles, de Kempes, de Valdano ou de Burruchaga, ses compatriotes argentins. Court sur pattes, la poitrine bombée, il faisait plutôt penser à première vue à un jeune lutteur de sumo.
Mais, il faut croire que la nature a mis sur ses jambes ce qu’elle a refusé à sa silhouette. Balle au pied, Diego Armando Maradona savait tout faire : dribbler une enfilade de défenseurs, envoyer aux pâquerettes les gardiens les plus expérimentés et adresser les passes lumineuses à ses partenaires. De tout cela il en a fait la démonstration lors du Mondial mexicain de 1986, une compétition qu’il a dominée de la tête et des épaules avant d’en offrir le trophée à son pays, l’Argentine.

Sur le papier, l’Albiceleste ne payait pas de mine avec ses tauliers face à l’Allemagne, battue en finale 3 à 2, la Belgique de Jean-Marie Pfaff écartée en demi-finale 2 à 0 et l’Angleterre de Peter Shilton, éliminée en quart de finale par 2 à 1. Les deux buts argentins étant tous des chefs-d’œuvre du Pibe de Oro, le premier marqué de la main, au nez et à la barbe de l’arbitre tunisien Ali Bennaceur – « c’est la main de Dieu », ironisa ensuite Maradona, et le second inscrit après avoir passé en revue la défense anglaise. Shocking pour les citoyens de Sa Majesté dont certains voyaient ce match comme un épisode de la guerre des Malouines !

Maradona c’était un mélange détonnant voire surprenant d’un footballeur dont le génie savait à l’occasion égaler la roublardise. Cela explique pourquoi sa carrière n’a pu être aussi lisse que celle de Pelé et ne le sera également pas comme celle de son compatriote Lionel Messi et du Portugais, Cristiano Ronaldo, les deux monstres sacrés du moment avec qui on ose lui faire la comparaison.

Sa roublardise sur le terrain a sans doute donné des idées aux démons du football qui, après l’avoir attiré à Naples, un club qu’il tira de la pénombre à la lumière en lui procurant une kyrielle de trophées nationaux et internationaux, lui firent connaissance pour ce qui allait être le début de la descente aux enfers, la drogue et son milieu malsain. Maradona en fut tellement dépendant qu’il perdit son génie et sa santé, subissant pour sa dernière sortie de scène internationale l’humiliation d’un joueur convaincu de dopage en pleine coupe du Monde 1994. C’était au sortir d’une victoire 2 à 1 de l’Argentine face au Nigeria.

Le footballeur que France football qualifiait d’extraterrestre ne s’en relèvera jamais, malgré quelques piges ici et là et une carrière d’entraîneur peu glorieuse. Au moment où en dépit de tout on pleure Maradona, on ne se hasardera pas à s’écrier comme cette Brésilienne à l’annonce de la mort d’Ayrton Senna : « Dieu peut être content comme il a Senna à ses côtés ». Mais on peut dire sans blasphème que les praires célestes du football ont accueilli aujourd’hui un illustre hôte.

Vous pouvez réagir à cet article