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MENACE SUR LE PAIN !

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L’association des meuniers industriels du Sénégal (Amis) a annoncé avec regret qu’elle engage ses 7 membres dans une démarche de survie sans précédent dans l’histoire industrielle du Sénégal. « Les Meuniers ne peuvent plus continuer de vendre à perte et déclare officiellement leur situation de faillite programmée. Nous rappelons que l’article 30 de la loi du N°94-63 du 22 août 1994 (sur les prix, la concurrence et le contentieux économique) nous interdit formellement de vendre à perte. Et nous rappelons que le décret du 14 janvier 2021 impose un prix de vente à 16 600 F par sac sachant que le prix du blé était de 270 euros par tonne », a-t-elle indiqué dans un communiqué parvenu à Emedia.

Les meuniers ont alerté sur la flambée des prix du blé qui est ignorée, selon eux, par nos autorités. Mais malgré ces alertes, renseigne le document, le prix de revient de la farine vendue au Sénégal est bien au-dessus du prix de vente imposé par les autorités gouvernementales. « Les industries meunières ne peuvent se laisser mourir, prises dans l’étau, entre des cours mondiaux des céréales en hausse constante et un blocage anormal des prix de vente de produits finis. Cette situation oblige indirectement les meuniers à subventionner le prix du pain. Une situation qui indubitablement mènera toute la filière à une crise encore plus grave quand les meuniers auront disparu du jeu économique national. Les emplois, les taxes, le pouvoir d’achat seront absorbés au profit de quelques importateurs », dénoncent-ils.

"Faillite"

Ils rappellent que dans tous les pays de la sous-région et du monde, les gouvernants ont réagi vite et bien, pendant qu’au Sénégal les 7 meuniers sont conduits à leur perte. « Il y va de la préservation de notre autosuffisance en farine, du maintien de nos 1350 emplois directs et 15 000 indirects, de la sauvegarde de notre modèle industriel et social. Il y va du sauvetage de l’industrialisation d’une filière garante d’un avenir pour nos jeunes », disent-ils. Avant de dire : « il est décidé, à compter de ce jour, une réduction périodique et collective de production permettant de freiner le niveau des pertes enregistrées quotidiennement, ce jusqu’à ce qu’une réponse assurant la survie des meuniers soit clairement apportée. Pour la semaine en cours, la production nationale est arrêtée du mardi 2 au jeudi 4 novembre 2021.

Par ce procédé nous assurons à nos concitoyens et partenaires un accès raisonnable à la farine qui reste un produit de première nécessité et une production vitale pour tous. Par ce procédé, nous ralentissons le chômage technique, inéluctable dans les prochaines semaines au regard des enjeux de sauvegarde de l’emploi préalable aux options de licenciement économique. Par ce procédé, nos partenaires boulangers sont invités à s’approvisionner auprès de leurs distributeurs habituels dans la limite des stocks disponibles. Par ce procédé, nous rappelons que les distributeurs de farine ne peuvent légalement apporter une augmentation du prix du sac de 50kg compte tenu du prix de vente pratiqué à ce jour par les Meuniers Industriels ».

A les croire, les mesures qu’ils viennent d’annoncer ont vocation à être reconduites à l’initiative des Meuniers Industriels du Sénégal tant qu’une réponse définitive n’est pas trouvée. Il est à présent urgent de statuer sur l’ultime levier d’ajustement en révisant le prix du sac de 50 kg de farine de blé. Suivant la structure des prix, la farine se vendra à 19 193 FCFA par sac. Cependant, afin de garantir une stabilité du prix du marché, en complément de la TVA à 0% et des droits de douane sur le blé à 0%, les autorités doivent prendre la décision additionnelle de diminuer les impôts afin de compenser les pertes entre le prix de 19 193 F et celui qui est pratiqué depuis début Octobre. « Nous restons convaincus que seule une industrie forte et dynamique peut apporter du développement, de l’emploi et des recettes fiscales nécessaires au devenir du Sénégal », estiment les meuniers.

Cheikh Moussa SARR

2 novembre 2021