MERCI PIERRE !

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Pierre Goudiaby Atépa ne parle pas beaucoup. D’où le charme de son propos chaque fois qu’il décide de rompre le silence. Moins pour ronronner comme tout le monde mais plutôt pour asséner des vérités, parfois crues, tantôt surprenantes, guère inintéressantes. Le sémillant architecte, toujours flamboyant, impeccable dans son port au demeurant altier et tout aussi distingué sait choisir le « moment » avec tact et subtilité.

Face à Mamoudou Ibra Kane, dans son non moins distingué rendez-vous dominical « Le jury du Dimanche », Goudiaby répond sans détour aux questions du remuant journaliste. Il ne s’est point servi de cette tribune comme d’un banc d’essai. Car, ceux qui le connaissent savent très bien que Pierre est un « libre penseur ». En revanche, Il sait ce que la parole porte. Loin. Surtout en cette période de fièvre électorale qui le voit cheminer avec le benjamin des prétendants au Trône, en l’occurrence Ousmane Sonko dont il passe pour être le mentor attitré.

Son sens du terrain et son flair napolitain le prédisposent, en sa qualité de conseiller de l’ombre, à donner de l’éclat à la candidature du « jeune novice ». Par égard pour son âge – il a 71 ans- Sonko, 45 ans, lui manifeste de nombreux signes de confiance, en lui laissant notamment l’initiative du pilotage de la rencontre avec l’ancien président de la République Abdoulaye Wade, 95 ans.

En jouant l’assurance tout en gardant la distance, le « golden boy » mise sur la différence pour entretenir son indépendance sans rêver à une ivresse certaine. Il ne donne pas prise au sentiment que son rapprochement avec l’ex inspecteur des impôts se serait fait sur une base ethnique ou régionaliste.

Il récuse tout « lien intriguant ». Mieux, il balaie d’un revers de main cette supputation « infamante » et assume son compagnonnage en rappelant avec ostentation que l’audace lui a permis, lui le natif de la poussiéreuse Médina, de s’installer sur la plus célèbre avenue du monde : Les Champs Elysées.

Pierre n’est pas que séducteur. Pour preuve, son franc parler le pousse à évoquer un sujet « presque tabou » : l’inquiétante dérive de la Banque mondiale méconnaissable au regard de ses attributs fondamentaux et surtout « coupable » par son silence devant l’expansion galopante de la « misère du monde ».

A l’entendre, l’institution de Bretton Wood, crée en 1945 pour « forger le développement » et remettre d’aplomb les économies chancelantes, perd en influence du fait d’un défaut rédhibitoire de cohérence dans ses interventions planétaires. Sa mission originelle consiste à « lutter contre la pauvreté » en se servant d’instruments appropriés afin d’exécuter les tâches assignées, à savoir la reconstruction et le développement.

Il est vrai que lutter contre la pauvreté ou réduire la pauvreté ne relèvent pas du même mode d’action. Cependant, de l’Asie à l’Amérique Latine, de l’Afrique à l’Océanie ou au Moyen-Orient, la Banque mondiale agit avec des approches à « géométrie variable ». L’Institution navigue de désaveu en désaveu, de défis en affronts, de défiance en méfiance. Ici, pénurie de main-d’œuvre, là, migration massive vers des cieux supposés plus cléments. Ces deux féaux majeurs sont la conséquence d’options contestées et contestables inspirées de l’Ecole de Chicago, longtemps lieu d’élaboration de la vague déferlante des politiques néolibérales.

En d’autres termes, la banque mondiale se déconnecte de la réalité, objet de sa raison d’existence, en se coupant des aspirations profondes pour ne privilégier que les recettes spectaculaires, approximatives dans leur mise en forme et inopérantes et inefficaces quant aux résultats. Les élites des pays du sud s’affranchissent de la tutelle de Washington en faisant jeu égal avec les équipes dépêchées sur les théâtres du désastre économique.

Si le développement est un cumul de progrès, alors la Banque mondiale a échoué. Pire, elle n’est plus motivée. De nombreux pays renoncent ostensiblement à l’aide ou à l’appui de la Banque. L’Argentine, le Chili et dans une moindre mesure le Brésil ont joué les fantassins, sabre au clair, s’opposant au « monopole de l’explication du monde » que s’arroge la Banque mondiale dont le périmètre se rétrécit d’ailleurs d’année en année.

Son récent président, Jin Yong Kim, américain d’origine coréenne a démissionné début février dans l’indifférence générale et les Etats-Unis se hâtent lentement pour lui trouver un successeur. Bob Mac Namara, ça vous dit ?

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