MODIBO DIOP : « SAUVER LES ÉLECTIONS LOCALES PAR UN DIALOGUE INCLUSIF ET SINCÈRE »

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CONTRIBUTION

L’appel au dialogue du Président Macky Sall vient de connaitre une tournure décisive suite au consensus obtenu avec l’opposition pour la mise sur pied d’une commission du dialogue politique dirigée par des personnalités indépendantes, Il faut ainsi saluer le génie politique sénégalais capable de dépassement pour pacifier notre cher Pays.

Les élections locales prévues en décembre de cette année seront un point d’orgue dans ces débats politiques à cause des enjeux relatifs au contrôle des communes, néanmoins beaucoup de zones d’ombres résident dans la mise en œuvre de ces joutes locales, il est impératif de trouver des solutions à ces questions pour éviter des élections locales empreintes d’irrégularités donc objet de contestations nuisibles à notre démocratie.

Ma contribution de ce jour essaie de soulever quelques difficultés à résoudre pour une bonne mise en œuvre de ce scrutin désignant les futurs maires de nos communes.

1- Le mode de désignation des maires :

Selon les textes disponibles le mode actuel de désignation des maires ne respecte pas souvent le vote des électeurs car il résulte le plus souvent soit d’un marchandage avec les conseillers municipaux ou soit de la volonté politique du chef du parti, ainsi le détournement du vote des populations est chose fréquente pour désigner le maire des communes. En exemple dans la commune de Colobane Fass Gueule Tapée, votre serviteur fut victime de ce mode antidémocratique de désignation du maire : car après avoir battu campagne comme tête de liste de la coalition Sopi en 2009 et après avoir remporté les élections, le Président Abdoulaye Wade pour des raisons obscures décida de mettre à la tête de la commune un autre candidat. Ce détournement du vote des électeurs organisé au plus haut lieu a engendré des préjudices importants au niveau de cette commune qui fut dirigée pendant cinq par une mairesse ne représentant pas le choix des populations et par-delà semi analphabète.

Il est impératif que dans le dialogue politique en cours que le mode de désignation du maire ainsi que son niveau d’alphabétisation soient clarifiés, ainsi les populations pourront faire le choix du futur maire avant d’aller voter pour une liste.

2-Le mode de scrutin :


Le mode de scrutin a un tour ne suffit plus pour élire démocratiquement un maire, si on analyse les élections locales en général les coalitions gagnantes se retrouvent entre 20% à 35% de l’électorat des communes c’est dans des cas très rares que le maire soit élu avec 51% des voix surtout au niveau des communes des capitales comme Dakar, ce qui explique leurs déboires fréquents avec les populations surtout dans les communes marchandes.
Ce mode nouveau de scrutin pourra garantir la mise en place de conseils municipaux de qualité suite aux alliances nécessaires aux divers acteurs politique pour passer au deuxième tour.
Il faut que dans le dialogue politique en cours que le mode de scrutin a deux tours soit proposé dans les futures élections des maires.
3-le parrainage des candidats :

Le code électoral selon la loi 2018-22 du 4 juillet 2018 en ses paragraphes L239 et L275 instaure le parrainage pour ces élections locales ainsi il recommande un coefficient entre 1,5% à 1% de l’électorat de la commune à exiger aux candidats. Une commission de réception des candidatures est instaurée sous la responsabilité directe de la Cena.

A l’état actuel des choses deux problèmes majeurs se posent à la mise en œuvre pratique de cette loi :

- La nouvelle collecte des parrainages :
Suite à l’élection présidentielle de février 2019 tous les leaders des états-majors politiques disposent des listes de parrainage au niveau central comme au niveau local pour éviter le détournement de ces parrainages déjà utilisés pour les candidats à la présidentielle en faveur des candidats aux mairies il faut forcément mettre en place un filtre durant la nouvelle campagne de collecte de parrainage.

- La vérification des signatures sur les listes de parrainage :
En état actuel des choses il n’existe aucune solution de vérification des signatures des parrains en fonction des données biométriques disponibles sur la carte d’identité des électeurs, ainsi il est essentiel de solutionner ce problème au niveau de chaque commune pour éviter des dysfonctionnements majeurs durant cette élection.

Donc ce problème doit être pris en compte dans le dialogue politique : à mon avis une solution numérique efficace doit être mise en place par le gouvernement, cela est possible en l’état actuel des avancées technologiques, cependant cela nécessitera un peu de temps pour trouver le meilleur progiciel adapté à notre contexte électoral.
En conclusion un dialogue politique inclusif, fécond et sincère avec la présence de tous les acteurs, est plus que nécessaire pour solutionner ces problèmes afin de sauver les élections locales prévues au mois de décembre de cette année-ci.

Modibo Diop Ingénieur Polytechnicien, Ancien Auditeur du Ceds de Paris, Expert Consultant International en Energie, Eau, Infrastructures et Tic.

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