MOI... CITOYEN ! (Par Bineta BA)

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CONTRIBUTION

Comme on sollicite ma voix pour élire le futur Président, je suis en droit de demander à ce dernier dʼéclairer ma lanterne sur la philosophie sur laquelle se fonde son programme. Je dis bien philosophie et non un catalogue à la Prévert où défileraient les chapitres du programme en question. Jusquʼà présent, les prétendants à la magistrature suprême se contentent tous dʼénoncer à peu près, dans les mêmes termes, les notions de justice, de démocratie, dʼéconomie, de morale, de corruption.... Ces notions auront un sens pour moi quand je saisirai les méandres de lʼanalyse de ces prétendants au pouvoir.
Ce que le citoyen que je suis aimerait savoir cʼest sa vision du monde, son regard sur son pays, la stratégie politique quʼil va déployer et les forces sociales quʼil va solliciter pour la mettre en œuvre. Toutes ces données dessinent sa personnalité et fournissent quelques repères quant à ses capacités intellectuelles et politiques pour bousculer les obstacles et déblayer le chemin pour la titanesque œuvre qui lʼattend. Ainsi il me tient à cœur de savoir quelle idée quʼil se fait du Sénégal dans lʼhistoire.

A-t-il une conception de lʼHistoire où des pans entiers de celle-ci sont ignorés quand ils ne sont pas carrément voués au néant de la nuit du temps ?
Ou bien est-il partisan dʼune histoire qui nie et renie tous les apports du temps et se recroqueville sur les illusions dʼune éternité où il nʼy a pas de passerelle entre le passé, le présent et le futur ? Et enfin est-il un adepte de lʼécriture tronquée de lʼHistoire pour ne pas assumer ses pages honteuses ou bien pour donner une légitimité à un pouvoir qui nʼest pas le fruit de la souveraineté du peuple ?

Pour un pays qui a été livré à lʼivresse des colonisateurs, et à lʼindépendance, entravé dans sa marche en avant par le cocktail de lʼignorance, de lʼincompétence, de lʼappétit dévorante du pouvoir, son peuple aspire à la démocratie. Là aussi le candidat doit nous faire part de ses idées sur la démocratie. Cette notion nʼest pas facile à appréhender, je ne le sais que trop bien !

Tout le monde admire la démocratie américaine qui a pourtant « cohabité » avec lʼesclavage et légiféré sur le racisme. La France des droits de lʼHomme a enfanté des politiques comme Jules Ferry qui, au nom de la supériorité dʼune race, a justifié la colonisation devenue pour lui un acte de civilisation. Notre futur Président va-t-il se satisfaire dʼenfoncer des portes ouvertes ou bien nous dire concrètement comment cette démocratie va fonctionner dans les tribunaux, dans les entreprises, dans la presse, dans lʼéducation, dans la création artistique....?

Comment va-t-il traduire, noir sur blanc, dans la Constitution la notion de « Peuple souverain ». Quels sont les recours de ce peuple quand quelquʼun, fût-il président de la République, écorne cette souveraineté ? Quʼon ne dise pas quʼil ne pourrait être poursuivi que pour Haute trahison... cette notion si vague que les juristes aussi éclairés quʼils soient ont du mal à en définir les contours.
La démocratie va-t-elle consacrer réellement la liberté de conscience et lʼégalité des sexes ? Aurons-nous une Constitution dont les articles seront rédigés dʼune façon rigoureuse pour ne pas souffrir des interprétations tendancieuses des frileux de la démocratie ou des obsédés dʼune morale de pacotille ?

Comme je ne veux pas mʼadonner à lʼexercice du catalogue de Prévert, je vais terminer ce papier par un portrait-robot de lʼidée que je me fais dʼun Président qui incarne le pays dans toutes ses dimensions philosophiques et historiques... Il ne doit pas être le produit de lʼesbroufe des communicants dʼaujourdʼhui. Par conséquent, il ne doit pas occuper et monopoliser lʼespace médiatique pour faire taire ses opposants ou bien détourner les citoyens des problèmes qui taraudent le pays. En revanche, il doit être à lʼécoute du cœur palpitant du pays angoissé par les graves problèmes qui peuvent surgir.

Pour cela, il doit saisir des occasions ou programmer ses interventions pour informer le pays, pas ces simulacres de tournées économiques où tant de vœux pieux sont énoncés et in fine RIEN... On mʼaura prévenu que les promesses nʼengagent que ceux qui y croient. Le futur Président doit me respecter en tant que citoyen sʼil veut que je le respecte et pourquoi pas le défendre. Pour cela, il ne doit pas compter sur les énormes moyens à sa disposition pour masquer les mensonges des Institutions et des Administrations. Il doit plutôt faire confiance à son intelligence, à sa culture et à sa droiture morale pour emporter lʼadhésion du citoyen.

La circulation des informations grâce aux moyens modernes qui se conjuguent avec lʼaccouchement dans la douleur de la citoyenneté devrait lʼinciter à sʼadapter aux exigences dʼun Sénégal qui peu à peu sʼéchappe de lʼignorance héritée de la colonisation, saute les entraves de lʼincompétence grâce à une jeunesse qui piaffe dʼimpatience dʼinnover et de travailler. Cette jeunesse attend du futur Président quʼil favorise ses désirs de se lancer dans les aventures dʼune vie meilleure jusquʼici asphyxiée par les archaïsmes dʼun système.

Le futur Président connaît les maladies de notre vie sociale et politique comme il nʼignore pas les hauts et les bas de la vie des pays dits modernes. Il doit tirer les leçons des pratiques de chez nous et dʼailleurs pour apaiser nos angoisses et nos doutes. Le futur Président a une autorité naturelle qui nʼa dʼégale que son humilité, comme celle dʼun Mandela. Sa combativité est en tous points celle dʼun Ho Chi Min. Sa vertu et son sens du devoir sont ceux dʼun Périclès.
Il a la vigueur de Ngoné Latyr pour lutter contre les ennemis du pays et du peuple et la tendresse dʼun père pour tous ceux quʼil voit souffrir injustement. Il a lʼabnégation dʼun héros qui oubliera, dès son élection, sa propre personne et son camp, pour se consacrer, pendant cinq ans, exclusivement au Sénégal. Portrait utopique dʼun Président virtuel, me direz-vous ? Cʼest que lʼimpatience et lʼexigence de chacun de nous ont grandi avec le temps qui sʼenfuit. Cinq ans représentent au Sénégal près de 10% de la vie des plus démunis. A ce prix, chacun souhaite maintenant conjuguer lʼespoir au futur proche, et non à un conditionnel lointain.

#Je_Suis_Citoyen #SN_2019 #kebetu #Ci_La_Bokk

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