« MOI, JEUNE ENTREPRENEUR AGRICOLE, AU GROUPE CONSULTATIF DE PARIS »

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ENTRETIEN AVEC ABOUBAKRY WADE

Le Groupe consultatif de Paris a réuni le Sénégal pendant deux jours, l’Etat du Sénégal et ses partenaires techniques et financiers. Mais, il n’y avait pas que les gros pontes de l’Economie à cette rencontre stratégique pour lever des fonds destinés à financer la deuxième phase du Plan Sénégal Emergent. De jeunes compatriotes à la tête de startups et autres PME y ont également été conviés. Emedia.sn a interrogé l’un d’eux. IT Manager, entrepreneur agricole (ou agri-preneur, pour faire "in"), initiateur du hasthag #1Twitto1arbre (campagne de reboisement ciblant la twittosphère sénégalaise), Aboubakry Wade, passionné de numérique et d’agriculture, secteur dans laquelle il a investi depuis sept ans, est aujourd’hui l’une des figures de proue de cette jeunesse sénégalaise qui bouge et influence positivement ses pairs par l’action. Il nous conte son aventure.

M. Wade, à quel titre avez-vous participé à la rencontre du Groupe consultatif ?

Je suis informaticien de formation mais un passionné d’agriculture, j’ai donc naturellement investi sur un projet agricole en 2011 a Nguekokh (comme située dans le département de Mbour) sur une superficie de 1,8 hectare, avec mon épouse et des amis nous avons montré un GIE nommée « AJIRA », enregistré à l’APIX (Agence de la Promotion des Investissements et des grands Travaux). Nous sommes régulièrement invités à des forums économiques sur le Sénégal c’est à ce titre que j’ai reçu l’invitation au Groupe Consultatif de cette année en tant qu’investisseur privé.

En tant qu’entrepreneur, que pouvez-vous nous dire des échanges auxquels vous avez pris part ? Qu’en avez-vous tiré ?

En tant qu’entrepreneur, participer à ce type de rencontres permet d’être imprégné des projets que l’Etat compte mettre en œuvre et surtout de connaitre les secteurs à fort potentiel. L’agriculture étant un secteur clé du PSE, il était important pour moi d’échanger avec d’autres investisseurs du secteur et aussi des acteurs locaux. J’ai assisté au panel sur l’agriculture et l’agro-industrie animé par le Dr Papa Abdoulaye Seck (Ministre de l’agriculture) à côté des entrepreneurs comme Ameth Amar (PDG de NMA Sanders), Zeynab Filfili (spécialisée dans la transformation de fruits locaux, avec notamment les jus Zeyna, ndlr) et d’autres sur le public. C’est, par exemple, sur ce panel que le ministre a annoncé l’intention de l’Etat du Sénégal de privatiser la SONACOS. En résumé, j’ai beaucoup appris sur les difficultés et les perspectives que génère l’agriculture dans notre pays.

Qu’espérez-vous, à la suite de ce rendez-vous ? En tant que membre du secteur privé national, sur quels secteurs avez-vous le plus d’attentes ?

En tant qu’entrepreneur agricole, je suis optimiste. Il reste encore beaucoup de choses à réaliser chez nous et surtout dans la transformation des produits. J’ai eu à échanger avec de potentiels partenaires avec qui des rendez-vous sont calés à Dakar. Pour moi, le secteur qui peut générer beaucoup de profits et d’emplois demeure l’agriculture et l’agro-industrie. Nous importons encore beaucoup de denrées alimentaires qui sont cultivables chez nous, à l’image du maïs. L’arachide est exportée alors qu’il est possible d’en transformer l’intégralité chez nous. Le ministre a annoncé des tests concluants pour le blé et qu’un programme d’autosuffisance sera lancé bientôt. Même s’il reste beaucoup à faire dans le secteur, les perspectives sont bonnes. Mais il faut que l’Etat réoriente les aides en privilégiant le matériel léger et les petits producteurs.

De plus en plus, des voix s’élèvent autour de l’emprise d’entreprises étrangères sur le secteur de la distribution. Pour vous qui êtes dans la production agricole, cette arrivée de géants de la distribution est-elle une opportunité ou une menace ?

J’ai échangé au cours du forum avec Madame Filfili de la marque Zeyna à ce sujet. Elle encadre des producteurs et achète leurs productions pour les transformer en jus. L’arrivée des géants de la grande distribution peut être un avantage si les prix achetés chez les producteurs sont encadrés et à leurs avantages. Elle peut aussi constituer une menace si ce sont ces géants qui fixent leurs prix et leurs conditions. Il est clair que nos produits pourrissent encore dans nos champs et jusqu’à aujourd’hui, aucune structure locale de grande ampleur n’a fait d’investissements dans ce sens à savoir la conservation et la transformation.

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