MONTÉE DÉMESURÉE DE LA VIOLENCE : DES PISTES POUR JUGULER LE MAL

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SOCIÉTÉ

La série de violences, surtout celles faites aux femmes, sont devenues monnaie courante au Sénégal. Depuis quelques temps, il ne se passe un jour sans qu’une personne ne soit sauvagement agressée, violée ou tuée. Des atrocités qui frisent la barbarie et qui remettent au goût du jour l’insécurité qui étale ses tentacules dans les différentes contrées du pays. Le dernier crime perpétré sur une jeune fille remonte dans la nuit du samedi au dimanche dernier à Tambacounda. Bineta Camara a été tuée en ce mois béni du ramadan. Un crime crapuleux qui scandalise toute la nation. Ainsi, il urge de trouver des solutions pour freiner ce fléau effarouchant et terrifiant. Quelles voies et moyens pour juguler le mal ? Les pistes des réflexion sont nombreuses et diverses.

Président du Forum du justiciable, Babacar Ba estime que la politique criminelle du Sénégal n’est plus efficace par rapport à la recrudescence des violences de meurtres. A son avis, il faut repenser cette politique criminelle. En cela, il préconise la révision de la législation pénale en instaurant la peine de mort, abolie au Sénégal depuis le 10 décembre 2004.

Débat sur le retour de la peine de mort

Babacar Ba demeure convaincu que le retour de la peine est la seule panacée pour lutter contre la recrudescence des meurtres. Ce, parce qu’elle a un aspect dissuasif. Le secrétaire général de la Rencontre africaine des droits de l’homme (Raddho), Sadikh Niasse ne partage pas cette thèse soutenue par Babacar Ba. Il n’est pas convaincu que le retour de la peine de mort va améliorer la situation. Elle n’est pas, de l’avis de M. Niasse, une source d’efficacité en termes de lutte contre la criminalité. Exprimant son sentiment sur la recrudescence des violences, il indique que celles sont du fait qu’il n’y a pas suffisamment de dispositif pouvant aider à assurer la sécurité aussi bien à Dakar que dans l’intérieur du pays.
De ce fait, il exige de l’autorité des actions concrètes allant dans le sens de renforcer la sécurité des citoyens. Il plaide pour le recrutement massif des forces de sécurité. Il s’y ajoute le renforcement du dispositif sécuritaire. En effet, Sadikh Niasse s’indigne sur le fait qu’une localité aussi peuplée comme « Keur Massar » ne dispose pas de commissariat de police.

Manque d’efficacité du traitement des affaires criminelles

En outre, il défend le durcissement des peines pour décourager les agresseurs et autres bandits qui sapent la quiétude des populations. « Ce qui se passe dans la justice est décourageant. On libère sans aucune justification des malfaiteurs. Il faut appliquer dans la rigueur les peines », déclare-t-il, fermement. A l’instar du secrétaire général de la Raddho, Me Moussa Sarr relève, pour le regretter, le traitement judiciaire des affaires criminelles qui, d’après son point de vue, n’est pas efficace. « Si c’était efficace, les meurtres s’arrêteraient », argue la robe noire. Qui ajoute qu’il faut régler le désœuvrement des jeunes pour lutter contre la criminalité.

En plus, l’avocat estime que les forces de défense et de sécurité doivent réfléchir sur d’autres stratégies parce que, pour lui, celles mise en place ne sont pas efficaces en termes de patrouille. « On a constaté qu’on a recruté beaucoup de policiers et de gendarmes mais on ne sent pas ce recrutement massif en terme de résultats pour un recul de la criminalité. Je ne sens pas suffisamment de patrouille dans ce pays », a martelé Me Moussa Sarr. Qui constate que les gendarmes et les policiers ne sont là que pour contrôler les véhicules. Certes cela n’est pas mauvais mais, signale-t-il, il faut qu’ils aillent au-delà. « Il faut que les policiers et les gendarmes aillent dans les quartiers populaires, il faut qu’on les sente dans les zones criminogènes. Il faut que les délinquants sentent que leurs moindres faits et gestes sont surveillés par les forces de sécurité », dit-il.

Gestion nébuleuse de la procédure de grâce

Sur un autre registre, Babacar Ba pense que les grâces présidentielles accordées à tout va dans des conditions obscures favorisent également la hausse du taux de la criminalité. Puisque la plupart des criminels sont souvent des récidivistes. « Je pense qu’aujourd’hui, il y a une mafia autour de la grâce présidentielle. Ce sont des deals qui s’organisent. Il y a une gestion nébuleuse de la procédure de la grâce. Or, la grâce ne devrait être donnée qu’aux délinquants qui ont été condamnés pour des délits mineurs. Quelqu’un qui tue, viole, ou trafique des médicaments illicite ne peut pas bénéficie de grâce présidentielle », soutient-il.

La qualité de l’éducation, un moyen pour lutter contre la criminalité

Le sociologue Alassane Diop, interpellé sur la recrudescence des violences, dira que les causes sont profondes. Mieux, il estime que c’est un phénomène naturel et normal qu’on voit dans toutes les sociétés du monde. C’est quelque chose qui est inhérent à tout fonctionnement de société. Mais, pour lui, la cause profonde de ces cas de violence est liée à un défaut d’éducation des jeunes. « Si les gens ne forment pas de bons citoyens, il y a aura toujours ces cas de violences. Les liens entre les individus sont aujourd’hui des liens qui sont tachetés de malformation. Le citoyen que nous avons est mal-formé », renseigne-t-il.

Quid des solutions pour stopper net cette montée démesurée des violences ? « La solution qu’il faut, c’est la qualité de l’éducation », soutient-il. Mais, poursuit-il, à côté de l’éducation, la protection des jeunes doit être au centre des préoccupations de l’Etat. « Les jeunes sont laissés à eux-mêmes. Il faut qu’on joue sur le registre de la sociabilité et de la socialité pour que les individus que nous avons restent d’être des hommes. L’Etat a la charge de protéger les personnes et leurs biens », fait-il savoir.

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