MOUHAMADOU DIA : « EN AFRIQUE DU SUD, ON A PASSÉ LES BORNES ET ÇA A CRÉÉ CES EMEUTES »

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LR DU TEMPS

Ce dimanche, 18 juillet, marque la date anniversaire de Nelson Mandela, qui aurait fêté ses 103 ans. Des violences ont éclaté dans le pays après l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma, accusé de corruption. Au moment où son incarcération a servi de détonateur pour les violences qui ont secoué le pays, cette semaine, tuant plus de 200 personnes, son procès doit reprendre demain lundi, 19 juillet. L’ancien chef d’État est jugé dans une affaire de pots-de-vin vieille de plus de 20 ans. Un désastre qu’on aurait pu éviter, commente le journaliste-écrivain et philosophe, Mouhamadou Dia, dans l’émission Lr du temps, sur iRadio.

"L’Afrique du Sud est un pays qui vient de loin, explique-t-il. L’origine des multiples crises qui secouent ce pays, c’est l’apartheid, la présence des blancs depuis 1652. Où ils ont massacré les populations, institué un régime d’une férocité impensable. Et cela continue. J’étais en Afrique du Sud, en 1994, lors de l’élection de Mandela. J’ai eu la chance de faire le tour plus ou moins de l’ensemble du pays, en tout cas, j’ai été dans les trois zones : Pretoria, Johannesburg, Cap Town, et chez Jacob Zuma. Et, donc les gens étaient dans une sorte d’euphorie, comme c’était certainement le cas ici, lors des Indépendances de 1960. Mais ces espoirs ont été déçus parce que le pouvoir noir, Mandela a fait un mandat, il s’est retiré parce qu’il était un peu âgé, n’a pas pu enclencher une dynamique de réconciliation nationale par le développement économique. Parce que si les noirs ne se retrouvent pas dans l’évolution économique du pays mais cela ne peut pas continuer. Et c’est le cas aujourd’hui. Les derniers chiffres que j’ai vus, les 4 millions et quelques de blancs qui représentent un peu plus de 7% de la population tiennent l’économie du pays. Sur 57 millions d’habitants, les noirs gardent la portion congrue. Un Ramaphosa (Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud depuis février 2018), qui est milliardaire, est très mal placé pour susciter cette adhésion populaire. Zuma l’incarnait après Mandela".

Pourquoi ? "Parce que Zuma est issu de ces classes populaires, il n’a pas fait des études extraordinaires mais il avait cette fibre, il représente les Zoulous, et toute la population qui se battait. Zuma a un ancrage populaire qui est réel. Mais pourquoi l’humilier ? Pourquoi le mettre en prison pour 18 mois alors qu’il a presque 80 ans, pour une affaire qui remonte à 1999. On a condamné Chirac en France, à la fin de sa vie mais il n’a jamais fait de prison. Sarkozy est entre les procès, en ce moment. Balladur a finalement été acquitté. Mais la Justice ne doit pas être la vengeance. Elle doit être équité et équilibre. Là, en Afrique du Sud, on a passé les bornes et ça créé ces émeutes", poursuit l’ancien correspondant du journal Le Soleil à Paris.

Les violences avaient commencé le 9 juillet dans son bastion du Kwazulu-Natal (Est), au lendemain de son incarcération pour outrage, avant de s’étendre à Johannesburg, sur fond de chômage endémique et de restrictions Covid-19.

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