Macky et les discours (Par Mamadou THIOMBANE)

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Contribution

"Quand une autorité trahit, à plusieurs reprises, sa parole, elle doit s’attendre que tout mot qu’elle prononcera n’ai aucun sens pour son auditoire." Le candidat Macky Sall, dans la soirée du 31 décembre 2011, sur le plateau de la 2STV, face à Pape Alé Niang et des millions de téléspectateurs sénégalais, avait affirmé qu’il ne pouvait comprendre que les Maliens, après avoir parcouru des milliers de kilomètres pour venir acheter le carburant au Sénégal, puissent le revendre moins cher. Rien que par cette « bizarrerie » excellemment révélée et implicitement dénoncée, il venait de rallier à sa cause de nombreux électeurs à moins de deux mois des élections.

Deux années après sa prise de fonction comme président de la République, qui définit la politique de la nation, alors que le prix du baril du pétrole avait drastiquement chuté entre temps, les prix à la pompe étaient restés en l’état et étaient toujours plus élevés au Sénégal qu’au Mali. Au détour d’une cérémonie au Grand Théâtre, les transporteurs de camion l’interpellèrent sur « cette promesse de campagne ». En réponse, Monsieur Sall expliqua, avec un brin d’énervement, qu’au Mali il n’y avait pas d’aussi bonnes routes qu’au Sénégal et que ce surcout sur le carburant servait à financer ces infrastructures.

Effectivement, au Sénégal, la plupart du temps, plus de la moitié du montant perçu dans les stations pour l’achat d’essence et de gasoil est reversée à l’Etat au titre d’impôt et de taxes. Cette importante manne, qui se retrouve dans le budget de l’Etat, peut bien avoir servi à construire de bonnes routes. Mais là n’est pas le problème.

Macky Sall a été Chef de service puis Directeur général à Petrosen, la société nationale qui s’occupe de pétrole au Sénégal. Il a été ministre en charge des hydrocarbures, Premier ministre donc coordonateur de l’élaboration du budget de l’Etat, président de l’Assemblée nationale qui autorise son exécution. Quelqu’un avec ce parcours ne peut pas ne pas savoir qu’une bonne partie du prix de l’essence et du gasoil est constituée de taxes et d’impôts et que la manne y issue représentait une part non négligeable dans les ressources de l’Etat. Je me demande donc sur laquelle de ses facultés personnelles (voire politiques) il s’est appuyé pour pouvoir regarder ses concitoyens les yeux dans les yeux, pour faussement s’étonner d’une politique fiscale qu’il connait parfaitement et qu’il a même mise en pratique pendant une longue période.

Manifestement à cette soirée du 31 décembre 2011 et à bien d’autres occasions, Monsieur Macky Sall émettait des propos qui n’engageaient que ceux qui y croyaient. Depuis 2012, de tels scenarii se sont répétés à foison avec lui. Pour beaucoup, certainement pas seulement au Sénégal, la politique est un jeu. Dans le discours, quelque soit la solennité du moment et l’importance de la fonction occupée, glisser quelques contrevérités est acceptable. Ils t’opposeront que c’est de la politique. Malheureusement, dans notre pays et contrairement à notre culture et nos croyances religieuses, cela est de plus en plus accepté par tous. Dommage pour notre nation ! Parmi les nombreux pays qui ont émergé ce demi-siècle passé, vous ne verrez un seul ou la tricherie, le mensonge, le niakk diom généralisés sont tolérés.

Depuis quelques temps, je n’attends plus rien d’un discours du président Macky Sall, je n’aime pas passer pour quelqu’un à qui on peut le faire plusieurs fois.

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