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« NOTRE CHALLENGE, C’EST DE SUSCITER LA FIÈRTÉ D’ÊTRE SÉNÉGALAIS »

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Il a été le premier à respecter le dress-code du port des tenues d’époque, à l’occasion de la soirée « Sargal Penda Mbaye », vendredi dernier, au King Fahd Palace. Initiateur du projet, Papis Niang, producteur, entrepreneur culturel et réalisateur revient sur le sens du projet, son financement et lève un coin du voile sur le film documentaire : « Ceebu Jën, l’art de Penda Mbaye ».

Comment vous est venue l’idée de faire un tel projet sur Penda Mbaye ?
Ce n’est pas une idée fixée directement sur Penda Mbaye. Mais c’est l’évolution d’un programme qui a été établi depuis 2017-2018. Pour ceux qui me connaissent déjà par rapport à mes productions vidéos et séries, j’essaie toujours de mettre en valeur notre culture. Ce que nous avons comme valeurs, dictons, coiffures, etc. Et c’est avec ce programme qu’on a démarré en 2021 avec un single intitulé : « Bienvenue au Sénégal ». Après cela, on était partis en France le jour où le « Ceebu Jën » a été primé par l’Unesco. Et avant même notre retour, nous avions eu à travailler sur ce concept de faire un film documentaire sur la personne de « Penda Mbaye ».

Pourquoi avez-vous senti le besoin de faire un film sur Penda Mbaye que certains disaient être une légende ?
C’est parce qu’une personne aussi célèbre mérite d’être connue, surtout de la jeune génération. Pour moi, c’est la seule personne durant ces 100 ans qui a réussi à faire une création qui a traversé tous les continents sans pour autant que l’Etat ou les autorités travaillent sur sa promotion. Donc, de façon naturelle, le « Ceebu-Jën » est connu partout et pour nous, c’est un exploit. C’est la plus grande artiste du Sénégal. C’est pourquoi on a jugé nécessaire de faire connaître d’abord qui est « Penda Mbaye ». Car, personne n’a jamais vu son visage. Et on l’a réussi grâce à cet extrait du film documentaire.

Qu’est-ce qui est visé dans cette reconstitution, mettre un visage à côté du nom de Penda Mbaye ?
C’est d’abord rendre à César ce qui lui appartient. C’est-à-dire que toute personne qui œuvre pour la culture rêve, au-delà de 100 ans, qu’on ne l’oublie pas. Et en tant qu’acteur culturel, c’est de notre devoir de rappeler qu’il y avait des personnes qui ont réussi des merveilles. Mais aussi, étant acteur culturel qui sillonne le monde, on voit que la culture est la seule clé pour vendre la destination de son pays. On ne peut pas vendre son pays avec ses intellectuels seulement. Aujourd’hui, seule la culture fait la particularité du Sénégal partout dans le monde.

Le film est de 52 mn, alors pourquoi avez-vous choisi de ne diffuser qu’une bande annonce ?
Parce que c’est un produit privé. Mais, je suis en discussion avec beaucoup de diffuseurs dans le monde qui s’intéressent à ce film. Mais je me suis dit que je vais donner un avant-goût au peuple sénégalais d’abord. Et par chance, on a fait le tour du monde et ça a été un succès planétaire. Nous allons revenir pour partager le film intégral.

Le film est-il entièrement bouclé ou il reste encore des séquences à tourner ?
On est à 80% de production, mais il nous reste juste une reconstitution de scènes au niveau de Gorée, qui demande au minimum 57 millions FCFA. Car, faire une reconstitution de scènes des années 1925, avec les tenues, les décors, les accessoires, l’environnement, le langage, les âmes, c’est énorme. Et on espère qu’avec la bande annonce, on pourra séduire des producteurs pour venir partager avec nous le projet.

Pourquoi Gorée au lieu de Saint-Louis ?
C’est faute de moyens. Mais à Gorée, c’est le même décor qu’à Saint-Louis et on pourra économiser le transport, l’hébergement. Si nous avons le producteur qu’il faut, nous pourront retourner à Saint-Louis, retrouver l’originale.

Le projet a été financé par qui ?
Le projet est intégralement financé sur fonds propres grâce à notre courage. Pour moi, être acteur culturel suffit, surtout que j’ai des avantages. Car, je suis cadreur professionnel, réalisateur, monteur. Presque 80% de mon travail, je peux le faire seul. Il me suffit juste d’avoir un bon scénariste, un ou deux assistants, et je peux sillonner le monde et réaliser des choses. L’autre élément non moins important, c’est ma personnalité purement culturelle. Car, depuis que j’ai 12 ans, je ne fais que manager des acteurs, des artistes. Le milieu de la culture, c’est mon monde. C’est ma tasse de thé comme on dit.

Quel est le budget du projet ?
C’est difficile à dire. Car, un projet est toujours modulable. On peut toujours rajouter des scènes et des idées. On écoute notre instinct. On ne fait pas partie de cette race de réalisateurs qui n’ont pas peur de faire des erreurs et humblement revenir pour corriger, réajuster et avancer. Pour nous, ce qui est important, c’est de passer à l’action, de ne pas hésiter. Être artiste, c’est avoir le courage de sortir, d’extérioriser ses sentiments. Maintenant, une fois que l’œuvre est sortie, il appartient au public d’apprécier ou de déprécier. Ça ne nous suffit pas de faire quelque chose de beau. Il faut créer des œuvres qui, non seulement pérennisent des actions culturelles, mais aussi apportent une valeur positive, une valeur économique au Sénégal. Pour moi, la réussite d’un projet, ce n’est pas gagner beaucoup d’argent, c’est de se réveiller et d’avoir envie de faire encore plus, de dépasser ses limites, et après déplacer des personnalités culturelles comme Dr Massamba Guèye, qui vous suit et vous accompagne, c’est extraordinaire ! Et ça nous motive davantage.

Est-ce que l’événement sera pérennisé ?
Bien sûr ! Notre objectif, c’est de réussir un événement, une première au Sénégal, les autorités, même le Président, vont s’habiller en tenue traditionnelle. Notre véritable challenge, c’est de pousser tout un peuple à se reconnaître et revenir en arrière pour avoir cette fierté d’être Sénégalais, pour valoriser le patrimoine culturel riche que nous détenons.

Est-ce que ce rendez-vous doit être fixé dans l’agenda culturel ?
C’est notre souhait. Et avec ou sans les autorités, on fonce droit vers nos objectifs. Le plus important, c’est d’avoir une vision, une maîtrise. Dire que je suis à un point A et je veux aller à un point B, comment y arriver sans pour autant dépendre de telle autorité. Ce projet est intégralement financé par nous, sauf que nous avons derrière nous des personnalités comme Dj Boub’s, un monsieur exceptionnel, qui est resté toujours le même depuis que je l’ai connu du temps de Walf.

Pour vous, c’est quoi la réussite de cet événement ?
C’est de demander aux personnes de s’habiller en tenues traditionnelles originelles. On me disait de faire une entrée payante, mais j’ai dit niet. L’entrée, c’est le fait qu’une personne prenne son argent, achète une tenue adéquate pour la soirée, fasse des coiffures. C’était fabuleux, on a voyagé partout dans le Sénégal, du Fouta, au Cayor, en passant par le Baol, le Sine, le Saloum, la Casamance…

Adama Aïdara KANTÉ

19 août 2022


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