« NOUS SOMMES TRÈS LOIN DE L’ÉRADICATION DU PALUDISME »

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PR DAOUDA NDIAYE

Le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le paludisme, constatant la stagnation des progrès, inquiète le Professeur Daouda Ndiaye, chef de l’unité de parasitologie- microbiologie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et de l’hôpital Aristide LeDantec

« C’est même très inquiétant, souligne le spécialiste du paludisme. Parce qu’aujourd’hui, le paludisme constitue un problème majeur de santé public et continue d’être un fardeau lourd pour l’Afrique. » L’invité de la matinale ’’Dakar direct’’ sur Iradio (90.3) en veut pour preuve : « Le dernier rapport qui est sorti il y a 48 heures montre qu’il y a 219 millions de cas à travers le monde. Et malheureusement, les 93% reviennent en Afrique à peu près 200 millions de cas. Parallèlement à cela, nous avons un taux de mortalité avoisinant les 435 mille cas. Et, l’Afrique compte les 400 mille cas, à peu près 92%. Le paludisme continue toujours de tuer, principalement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. »

Cela est d’autant plus inquiétant, souligne-t-il, « que la lutte contre paludisme nécessite des moyens colossaux en termes d’investissements. Ne serait-ce qu’en 2017, il y a eu pratiquement, 3,1 milliards de dollars, le montant est extrêmement important. Malheureusement, on voit par rapport aux projections pour cette lutte, en 2020, le montant nécessaire pour éradiquer le paludisme, doit être chiffré autour de 6,6 milliards de dollars. On est à trois ans de l’échéance à la moitié des investissements nécessaires. Ceci constitue un véritable problème. » Parce qu’explique le spécialiste : « en réalité, les gouvernements des pays endémiques ne sont pas réellement engagés. Le taux d’investissement alloué aux pays endémiques tourne au moins autour de 30% de l’investissement nécessaire. La plupart des investissements proviennent des pays occidentaux américains avec l’USAID, l’OMS et d’autres organisations. »
Un problème stratégique

Par rapport à ce constant, les bailleurs de fonds allouent de moins en moins de fonds dans la lutte contre le paludisme, Pr Daouda Ndiaye, note un « problème de vision parce qu’on ne peut pas comprendre qu’avec tout cet argent investi même si c’est la moitié des montants nécessaires, qu’il y ait des problèmes par rapport au contrôle. » Pis, soutient-il : « Le taux de couverture en moustiquaire est très bas toujours avec moins de 50% par rapport à la prévention pour toutes les couches de la population. Les femmes enceintes n’ont pas toutes, accès au traitement préventif intermittent pour se protéger contre le paludisme.

Normalement sur cinq femmes enceintes, il n’y a qu’une seule qui a accès au traitement préventif. »
Aussi, signale-t-il, « le diagnostic également, même si aujourd’hui est bien fait et disponible, pose des problèmes d’efficacité en plus des problèmes d’intrants. Les cas confirmés sont bien en dessous des cas suspects par rapport à ce que nous voyons.

La résistance aux antipaludiques, un « problème majeur »

« En Asie, le traitement commence à poser de véritables problèmes en termes de résistance aux antipaludiques, par rapport à la prise en charge, relève-t-il par ailleurs. Les antipaludiques (quinine, entres autres) n’existent pratiquement plus. Et l’histoire a montré que les résistances qui ont été notées en Asie très souvent, se sont retrouvées plusieurs années après en Afrique. Cela veut dire que le risque est réel. »

Au-delà du problème de « couverture » en moustiquaires et traitements préventifs intermittents, il urge, diagnostique le spécialiste, de trouver des solutions par rapport à ce « problème majeur » que constitue la résistance aux antipaludiques. Car, prévient-il, « si on ne trouve pas de circonstances qui permettraient de mettre en place une bonne stratégie thérapeutique, nous sommes très loin de l’éradication » du paludisme.

Les aspects parasitaires (résistance aux antipaludiques) et vectoriels (résistance aux insecticides) combinés, le montrent, selon Pr Daouda Ndiaye. « Nous voyons tout de suite que les problèmes sont loin d’être résolus ».

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