NOUVEL ÉLAN

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EDITORIAL

Le Dakar s’est ébranlé dimanche dans le désert saoudien. Dakar, pour sa part, choisit de se lancer à nouveau dans une opération de nettoiement, à l’instigation du Président Macky Sall. Deux manifestations d’inégal écho qui ont en commun d’exposer une ville, de surcroît une capitale, pour la bonne cause. Certes sa visibilité est en jeu mais les outrages du temps défigurent la cité et compromettent ses chances de briller encore avec éclat.

Epreuve reine, la course, créée en 1978, avait quitté l’Afrique dix ans plutôt pour l’Amérique avant de s’établir au Moyen-Orient. Elle a englouti des hommes, des projets, à coup de milliards FCFA. L’Arabie Saoudite qui a compris l’utilité de cette démonstration de puissance mécanique, s’appuie depuis quelques années sur le sport pour améliorer son image tant interne qu’externe. Après avoir sillonné plus de trois décennies l’Afrique avec des étapes de découvertes saisissantes, Le Dakar part à la conquête des paysages sud-américains et s’oriente désormais vers un nouveau chapitre de sensations fortes.

A l’origine, Le Dakar avait pour ligne d’arrivée Dakar qui lui a donné justement son nom, devenu au fil des éditions une marque mondialement connue. L’offre d’évasion du génial créateur Thierry Sabine réunissait le ban et l’arrière ban de la jet set internationale férue d’aventures et parfois même de mésaventures. Est-ce que la ville encaisse des royalties ? En donnant son nom à la plus célèbre des courses, Dakar en tire-t-elle avantages ou bénéfices ?

Le charme du rallye à travers le Sahara relayé dans le monde par les grands network étonnait les constructeurs, enjouait les concessionnaires, enthousiasmait les hôteliers et les hommes d’affaires, fantasmait les touristes, emballait les médias, les Etats, les embryons de pouvoirs locaux, les foules massées le long des itinéraires. Mêmes les animaux (chameaux, chevaux et vaches) s’arrêtaient pour admirer les caravanes filant à vive allure et soulevant d’impressionnantes nuées de poussière !

Le Dakar vendait du rêve. Il caressait des désirs et fouettait des imaginaires. Il suscitait des vocations et inspirait des créations. Ce fut un âge d’or. Une forte exubérance. Un terreau fertile à la mise à l’épreuve des moteurs, de leur résilience et de leur exotisme sur les pistes féériques et vierges d’une Afrique qui se réveille. Les grandes firmes faisaient de cette mythique course d’endurance le lieu par excellence de la démonstration de puissance et de volonté de domination. Très vite cependant, les problèmes s’accumulent : accident mortel du légendaire Sabine. Et une série de morts sur les routes dans une affligeante indifférence.

Au gré des aléas, le rallye Paris-Dakar (de son vrai nom) perdait de son prestige et de son attrait. Sur ses trajectoires plusieurs fois modifiées, la désolation et un indescriptible amoncellement de ferrailles ou d’engins abandonnés. Signe d’une opulence qui titillait une pauvreté abjecte sur son long passage. A vue d’œil, son étoile palissait. Le déclin de son intérêt, court-circuité par la montée du terrorisme et le kidnapping des célébrités, allait précipiter les interruptions, puis les reports et enfin les annulations avant de projeter un « exil » latino-américain qui se réduisait à un circuit de type andin, loin de son berceau.

Les avatars et les incertitudes ont là aussi eu raison de cette course auto-moto atypique qui, pour sauver la face, décide de se déporter vers l’Arabie Saoudite et ses spectaculaires dunes de sables. Les princes du royaume offrent un répit financier au raid et paient cash les frais. Soudaine frayeur : le contexte de crise qui sévit depuis l’assassinat du général iranien Souleiman (tué par un drone américains) ravive la tension dans un région crispée. Malgré tout, les organisateurs maintiennent l’agenda. Ils tentent même par tous les moyens de rassurer les participants. C’est à croire que le bruit et la fureur font partie de l’ADN du fameux rallye des déserts.

A des milliers de kilomètres, la capitale sénégalaise respire mal. Une épaisse poussière reste suspendue au-dessus des têtes et enveloppe la ville. L’atmosphère est lourde. Le climat, somme toute glacial, n’empêche pas cependant les Dakarois de répondre à l’appel du Président Sall décidé à rendre cette ville propre, nettoyée et débarrassée de ces nauséabonds immondices qui jalonnent les grandes artères. Le « set sétal », ça vous dit ? Sans doute. Dans les années 80 un élan social avait rencontré un mouvement sociétal et, ensemble, le tout s’était traduit par un formidable engouement populaire favorable à un environnement sain. La société civile prenait son envol et devenait, grâce à son ancrage, un interlocuteur attitré et légitime des pouvoirs publics en panne de relais sociaux.

Assurément l’âge d’or de Dakar semble se composer au passé. Rendre la ville vivable préoccupe tout le monde. Mais pas que… Car dans les capitales régionales tout comme dans les agglomérations d’importance moindre, la consigne est la même : les natifs doivent être au front de la lutte contre la saleté dans une sorte d’engagement pérenne et préventif. Le prix récompensant les villes et les quartiers propres est de nature à impliquer davantage les citoyens dans la préservation de leur cadre de vie.

La volonté présidentielle d’associer ses compatriotes à ce « combat » a été une intuition politique qui correspond à une demande majoritaire. Il est vrai que notre pays abrite en 2022 les Jeux Olympiques de la Jeunesses. Mais où veut-il mener la pirogue Sénégal ? L’addition d’initiatives heureuses ne suffit pas pour faire une politique. Il faut plus et le président le sait. A lui de fixer un cap et de s’y maintenir.

Par deux fois en une soirée, le 31 décembre précisément, le président de la République s’est adressé au pays dans deux registres différents. Le discours à la nation relève du genre classique qu’affectionnent les tenants d’un certain conservatisme. Dans la même séquence temporelle, le Chef de l’Etat a enfilé son boubou traditionnel pour causer au coin du feu avec des journalistes d’une presse très policée. Quelle était la cible du Président Macky Sall ? A quel peuple s’adressait-il ? A-t-il atteint son but ?

Nous vivons une période crispante. Tout autour de nous existent des périls qui sont souvent déclenchés ou entretenus par des forces aux intentions inavouables. La difficulté de cerner le présent et ses urgences se double d’un obstacle à franchir pour mieux lire l’avenir.

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