ŒUVRES AFRICAINES SPOLIÉES : MACRON RÉPOND FAVORABLEMENT À FELWINE SARR

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CULTURE

« Le Processus est lancé ! » Ainsi s’est exclamé le chercheur sénégalais Felwine Sarr, qui depuis un an, travaillait en collaboration avec la française et historienne de l’art Bénédicte Savoy, sur la restitution du patrimoine africain entrée en France lors de la période coloniale. Ce vendredi 23 novembre 2018, les deux chercheurs ont remis au Président français Emmanuel Macron, leur rapport de travail après un an de recherches. Rapport qui sortira en librairie au plus tard le 27 novembre 2018 sous le titre “Restituer le patrimoine africain”.

Couverture du rapport de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy

Au sortir de l’audience avec le chef de l’Etat français, notre compatriote était soulagé. Dans un message qui nous est parvenu à Emedia.sn, Felwine Sarr révèle ce qui s’annonce comme une grande victoire pour l’Afrique. « On vient de sortir avec Bénedicte Savoy, d’une heure trente de discussion franche avec Macron. Il a décidé de restituer immédiatement les 26 œuvres réclamées par le Bénin. »

L’universitaire sénégalais de 46 ans annonce ensuite que d’autres « restitutions suivront ». Toutefois, précise-t-il, il appartiendra aux autres pays africains d’amorcer la procédure et de faire la demande, à l’instar du Bénin. Dans le rapport transmis à Macron, Sarr et Savoy proposaient, notamment, la modification du Code du patrimoine français, afin de permettre qu’un objet d’art africain entré dans les collections de la France lors de la période coloniale « puisse en sortir à la suite de la demande officielle d’un Etat. »

Felwine Sarr et Bénédicte Savoy ont travaillé pendant un an sur la restitution, aux Etats africains, des oeuvres d’art spoliées.

Selon Libé, leurs travaux ont permis de répertorier près de 90 000 œuvres d’art africaines dans les collections françaises, très majoritairement conservées au Quai-Branly. Dans le quotidien français, l’on apprend que le musée ouvert par l’ancien président Jacques Chirac en 2006 abrite environ 70 000 de ces œuvres.

Comment un tel patrimoine a-t-il atterri en France ? Felwine Sarr a sa petite idée à propos du processus laissant entendre que l’Afrique, dans la peau du colonisé face au colonisateur, a davantage subi le processus : « Une très grande partie est entrée dans les collections françaises entre 1885 et 1960. Sur cette période, nous sommes donc indiscutablement dans le fait colonial. Ce qui suppose forcément une asymétrie structurelle dans l’acquisition. »

Tête anthropomorphe en laiton du Nigeria de la fin du XVIIIe siècle.

Pour sa part, Bénédicte Savoy, se réjouit du fait que les oeuvres en question « sont heureusement inventoriés dans une excellente base de données, une quasi-exception en Europe » dit-elle. « Nous avons leur date d’arrivée en France et les conditions dans lesquelles les objets sont arrivés » a-t-elle confié.

Dans son message, Felwine Sarr termine par une note qui en dit long sur son soulagement. L’universitaire aux multiples casquettes (il est aussi musicien, écrivain, économiste) a ainsi respecté la tradition en rendant hommage aux contemporains et aux ancêtres : « Merci à tous ceux qui se sont battus pour faire bouger les lignes. Merci aussi aux Ancêtres et à l’esprit des objets. » Une façon très africaine de célébrer une grande victoire.

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