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« OLD » ET « NEW SCHOOL » SE RETROUVENT LE TEMPS D’UN NDOGU

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Les acteurs du mouvement hip-hop se sont retrouvés, vendredi dernier, au Centre culturel Blaise Senghor pour la rupture du jeûne. C’était à travers une rencontre intitulée « Ndogu Wax Taaru hip-hop ». Avec un nouveau concept « Wa Town », initié par le rappeur Simon. Une activité hebdomadaire qui va regrouper des personnes qui gravitent autour des cultures urbaines, durant le Ramadan. Ce fut un moment de partage et d’échange plein d’enseignements pour la jeune génération qualifiée de « new school » qui a ainsi pu s’abreuver du vécu de ceux qu’on appelle les « old school ».

Déjà, plusieurs heures avant la rupture du jeûne, Blaise Senghor était bondé de monde, avec des groupes venant des 19 communes de Dakar, mais aussi de la banlieue. Le hall du centre culturel où se tenait le débat était grouillant avec des Dj qui s’afféraient aux derniers réglages, alors que Docta réajustait la lumière. Sur les tables dressées pour la rupture du jeûne, il y avait toutes sortes de mets succulents. Et lorsqu’à 19 heures 24, la radio annonça la rupture, le brouhaha s’est installé, chacun se précipitant vers les tables pour se servir.

Après que tout un chacun a fini de se gaver et de retrouver ses esprits au bout d’une longue journée de diète, on pouvait passer à la prière des trois rakkas du crépuscule, avant de rejoindre les chaises, pour écouter les 6 panélistes qui finissaient de s’installer au présidium pour retracer leur riche parcours.
Honneur sera d’abord fait aux dames. Gacirah Diagne, ex-chorégraphe de danse contemporaine, arrivée en 2021 au Sénégal, a été la première à s’exprimer, elle qui a intégré l’Association Kaay Fecc dont elle est la présidente.

Elle a expliqué que sa mission était de professionnaliser la structure, faire sa promotion et faire « en sorte qu’il y ait un environnement propice au développement de la danse, mais surtout des danses urbaines au Sénégal ». Chemin faisant, elle a eu aussi à initier un festival, le Battle national de danse, qui a fait naitre beaucoup de b-boy.

Awadi : « Tout ce que j’ai n’est pas tombé du ciel »
A sa suite, le maestro du rap sénégalais, Didier Awadi est revenu sur son parcours de plus de 30 ans. Lui qui a débuté par la danse, avant d’être Dj dans les années 90 et de travailler avec Malboro musique. « Ce premier travail nous a permis d’avoir un salaire et de produire les maquettes du Bps. Quand j’ai eu un peu d’économie, j’ai investi dans mon premier businesse, la sonorisation. Puisqu’à l’époque, chaque week-end, dans chaque quartier dans les Sicap, il y avait une soirée, mais il n’y avait pas une bonne sonorisation. Ainsi, des Dj, des structures comme Nescafé et Coca-Cola venaient louer le matériel chez nous. C’était bénéfique. C’est comme ça que je suis rentré dans l’entreprenariat, vers la fin des années 80 », explique-t-il.

Fils d’instituteur, Awadi renseigne qu’il a très tôt perdu son père. Mais dès le début des années 90, il était déjà indépendant. « J’avais déjà un gros salaire grâce à Malboro. Donc, tout ce que j’ai, n’est pas tombé du ciel. L’esprit du hip-hop, c’est l’entrepreneuriat, on n’attend rien, on fonce », lâche-t-il, soulignant que par la suite, il a animé des émissions à la radio et à la télévision pour faire écouter de la musique. « Dans la vie, il faut avoir une vision claire, c’était ça notre force, nous avions un mouvement, car notre idéologie, c’était seul on va vite, mais ensemble on va aller plus loin. C’est dans cet esprit que PBS est allé un peu partout. On a eu des victoires, on a fait des conneries, on s’est séparés, c’est l’histoire de la vie. Est-ce qu’on en est fiers ? Non ! », tranche-t-il. « Mais ce qu’on a réussi, c’est l’amitié, la sincérité de notre relation. Parce que notre relation n’était pas basée sur l’argent, ni les femmes », assène Awadi, face à des jeunes qui l’écoutaient religieusement. A cette jeune génération, il dira qu’elle peut faire mieux qu’eux. « En 92, pour faire un morceau pour les Lions, c’était difficile. Aujourd’hui quand un jeune démarre, il a tout. Donc, il n’y a pas de raison pour les jeunes et surtout vous ‘Wa Town’ que vous dormiez en classe », conseille-t-il.

Xuman : « Awadi m’a tendu la main »
Référence dans le milieu du hip-hop, Gueunman Xuman, né en Côte-d’Ivoire et venu au Sénégal dans les années 90, a aussi exposé ses expériences, ses relations avec le groupe Pee-Froiss, etc. « J’avais un cousin, Yoro, qui était danseur. Moi, je voulais faire du rap, alors il m’a présenté le groupe PBS. Pour y aller, on marchait de Fass à Amitié. Car, pour moi, c’était une école. Mon premier texte de projet en français, c’était en 92. Mais ce n’était pas facile, car ma tante paternelle ne pouvait pas accepter que je fasse de la musique, puisque je fais partie de la famille Kounta. Mais Awadi m’a tendu la main. On a fait notre premier album avec Pee-Froiss et le titre ‘Wala bokk’, nous a ouvert les portes. Avant la sortie de notre 2e album Bison a quitté le groupe et rejoint le groupe Rapadio », se souvient-t-il.

Il soutient que rien ne le destinait à faire de la musique, mais c’est venu accidentellement. « Par la force des choses, je suis devenu Dj, animateur radio et télé, avant de faire une émission ‘Journal rapé’ qui a eu un franc succès, jusque au-delà de nos frontières, qui a fait révéler beaucoup de talents, tel le groupe Maabo, Mandemory, etc. Pour moi, c’était ça le plus important. Ce que les grands nous ont transmis il y a 20 ans qu’on puisse le transmettre à cette génération, vice- versa », conclut-t-il.

Adama Aïdara KANTÉ

11 avril 2022


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