OUMAR MAMADOU BALDÉ : « LES GENS N’ONT PAS FAIM DANS LA RÉGION DE MATAM »

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ENQUÊTE SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE À MATAM

Selon le dernier rapport préliminaire d’EPINESA 2018 , la zone de Matam sera en insécurité alimentaire d’ici au mois de juin. L’équipe de emedia.sn, qui s’est rendu dans les zones de Matam, Kanel et Ranérou a rencontré Oumar Mamadou Baldé, gouverneur de la région. Qui marque un désaccord total avec les chiffres inscrits dans le rapport. Entretien.

Selon les chiffres d’Epinesa, la région de Matam sera en insécurité alimentaire. Est-ce conforme à la réalité ?

Dans le rapport, ils ont parlé de famine. J’indique qu’il n’y a pas de famine présentement dans la région de Matam et nous ne prévoyons pas de famine dans le semestre à venir. La famine est différente de l’insécurité alimentaire. Selon les termes de la Fao, l’insécurité alimentaire ne se définit pas comme la famine. Donc, évoquer la notion de famine pour la région de Matam, c’est être un peu en déphasage avec nous les acteurs territoriaux, ici, présents.

Existe-t-il alors une insécurité alimentaire ?

Pour ce qui concerne l’insécurité alimentaire, je peux dire que dans certaines zones, il y a des poches d’insécurité alimentaire mais cela ne couvrent pas toute la région. Je me suis démarqué totalement de ce rapport qui a été publié dans la presse par certains médias. Et, s’il en est ainsi, c’est parce que nous disposons d’éléments d’appréciation et d’indicateurs qui ne militent pas en faveur de cette thèse qui a été véhiculée.

En ma qualité de gouverneur de la région, j’étais en tournée économique depuis un mois dans la zone du Diéri de la région de Matam avec comme objectif principal me rendre compte de la récolte et de vérifier l’état de la mise en œuvre des projets de l’agriculture. Cette tournée a concerné 5 zones avec plus de 80 villages qui ont été visités. À aucun moment de ces visites, les populations ne nous ont parlé de famine ou de difficultés alimentaires. Les services techniques de la région, notamment le service de l’agriculture a déposé les rapports relatifs à la récolte cette année. Même si au début il y avait des inquiétudes liées à l’hivernage, à l’arrivée notre campagne agricole s’est bien déroulée.

Quelles sont les difficultés que vous avez constatées sur le terrain lors de votre tournée ?

Les difficultés étaient plutôt liées à l’approvisionnement en eau pour certains villages ou hameaux, à l’accès à l’électricité pour les localités qui n’en disposent pas, voire quelques problèmes de santé liés au manque de soins. L’hivernage s’est bien déroulé à travers les récoltes du mil dans la zone du Diéri. Donc, nous ne pouvons pas admettre une thèse qui positionne cette région en situation de famine ou d’insécurité alimentaire. J’ai parlé de l’hivernage mais je dois également vous éclairer sur deux autres potentiels dont dispose la région de Matam. Le premier c’est que nous sommes une région rizicole. Avec le fleuve, nous avons des aménagements qui nous permettent de faire la culture du riz. Jusqu’au moment où je vous parle, nous avons 8 000 hectares de terres qui sont aménagés. Nous avons également la chance de disposer de terres de décrues. C’est-à-dire à chaque fois que nous avons l’hivernage, le niveau du fleuve monte et au fur et à mesure que l’hivernage avance, le niveau du fleuve libère des terres qui sont utilisées pour faire des cultures de céréales. Cela également été un programme qui a été mis en œuvre. Donc, je ne vois pas des raisons qui feront que cette région soit une zone rouge en matière d’insécurité alimentaire.

Alors quelle est la situation réelle de la zone ?

Même si nous ne sommes pas en excédent alimentaire, nous ne sommes pas dans une situation de crise alimentaire, encore moins de famine. Il faut que les gens fassent très attention. On parle de famine dans les zones où des enfants, des femmes ou des hommes meurent parce qu’ils n’ont pas de quoi manger. Ce n’est pas le cas à Matam. Nous ne verrons pas la famine dans 6 mois. Nous sommes en déphase complète avec ces affirmations. Et nous demandons à ceux qui ont produit ce rapport de venir conduire des visites sur le terrain.

Vous contestez le rapport qui, pourtant, a été publié par des services de l’Etat…

J’ai trop de respect pour la presse et les journalistes de ce pays, je ne peux pas les accuser. Nul ne peut mieux maitriser la zone que le gouverneur. Ces équipes qui viennent ici, sillonnent certaines de nos localités sur deux ou trois jours avant de repartir pour faire des rapports ne maitrisent pas mieux que nous la situation qui prévaut à Matam. Ces problèmes qu’ils disent ne sont pas spécifiques à la région de Matam. C’est général dans tout le pays. Il y a des zones où l’engagement des paysans et des agriculteurs est moins notables dans d’autres. Donc, dans une telle zone, nous pouvons avoir des rendements qui ne sont pas à la hauteur mais, cela ne saurait être une situation générale qui pourrait être le descriptif de la région de Matam. Encore une fois, nous n’avons rien à craindre. Si la situation, telle elle est décrite était réelle, on ne cacherait jamais la vérité avec des objectifs inavouables. Nous pouvons vous permettre de visiter la région, de visiter les foyers et de vous rendre compte que les efforts des pouvoirs publics et des projets et programmes qui nous accompagnent et qui nous mettent, pour le moment, hors d’une situation de famine et hors d’une situation d’insécurité alimentaire.

À quel niveau se situe la crise sur une échelle de 1 à 10 ?

Sans être prétentieux, le niveau serait à 2 sur l’échelle de 10. Je peux vous demander de vérifier la conformité de mes propos sur le terrain. Ce qui est évident c’est que, comme partout dans le pays, on va voir des zones où la situation est relativement difficile.

Est-ce qu’il y a des périodes où on peut ressentir des pics de la crise alimentaire ?

Non ! Pour ces six derniers mois que nous avons passé, je me suis personnellement déplacé dans les zones. Les gens n’ont pas faim dans la région de Matam. En plus, notre région est une région à vocation d’émigration. Et les émigrés du Fouta, quoi qu’on puisse dire d’eux, on doit reconnaitre qu’ils n’ont jamais oublié leur terroir.

Quelles mesures envisagez-vous pour pallier à la situation ?

Nous avons ici plusieurs programmes dont le Prodam (Projet de Développement Agricole de Matam). Il met en place des périmètres où nous pouvons faire de l’agriculture avec un modèle fondé sur une technologie très avancée qui n’existe qu’aux Etats-Unis et qui est expérimenté à Matam. C’est la société industrielle de production agricole (SIPA).

Sur une quarantaine d’hectares, nous avons nos forages, nous avons de très grands pylônes de 280 mètres de long d’envergure qui permettent d’arroser et d’irriguer ces périmètres qui, de manière permanente, sont à la production. Ce sont les productions de pommes de terre et de pastèques. Et ce sont les groupements qui exploitent ces SIPA qui décident de la spéculation à mettre en œuvre. Ce sont des activités qui génèrent des revenus et qui permettent d’aller à une autonomisation des populations en matière alimentaire.

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