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"OUSMANE SONKO ET LE PACTE DE BAMBAYA"

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Ça y est, c’est officiel !

Le Président Ousmane Sonko (PROS) est officiellement candidat à la mairie de Ziguinchor. Il en a lui-même fait l’annonce en marge du grand meeting organisé par la Jeunesse Patriotique du Sénégal (JPS) Ziguinchor à la place Bambaya ce samedi 30 Octobre 2021.

Une déclaration d’une importance considérable dont nous essaierons de cerner les différentes ramifications dans les lignes qui suivent.

Les élections territoriales – départementales et communales- du 23 Janvier 2022 s’inscrivent (avec les législatives de la même année) dans un contexte politique national particulier marqué par le second et dernier mandat du régime actuel qui expire en 2024.

Si, au plan juridique, l’impossibilité d’une troisième candidature pour le Président de la République est partagée par bon nombre d’analystes ; une incertitude et un flou politiques semblent entretenus par les tenants du pouvoir. De telle sorte qu’il sera très important pour l’opposition de parer à toutes éventualités, notamment en privilégiant l’unité et la mutualisation des forces autant que possible. C’est dans ce registre de cohésion nécessaire que s’inscrit d’ailleurs la mise sur pied de la coalition Yewwi Askan Wi (YAW) porté sur les fonts baptismaux en Septembre 2021 et regroupant les principales formations de l’opposition.

Pour en revenir à la candidature du leader de PASTEF/ Les Patriotes, elle répond à une double logique politique et économique au moins.

Au plan politique,

- Le Patriote en chef cherchera à consolider une base électorale brillamment conquise en Basse Casamance lors de la présidentielle de 2019, engrangeant autour de 57% des suffrages, loin devant le régime (39%) qui, faudrait-il le rappeler, devrait être amoindri par la défection d’un allié de taille en la personne d’Abdoulaye Baldé, maire sortant de Ziguinchor.

S’il est vrai que les locales sont un scrutin particulier mettant souvent en compétition des filles et fils d’un même terroir, force est de constater que l’envergure politique du Président Sonko aura pris, sur les derniers mois, une plus grande épaisseur au plan national et donc local.

- Un autre élément d’analyse – et le PROS fait bien de le noter lors de sa déclaration – tourne autour de la dimension stratégique de certaines contrées du pays.

Si toutes les collectivités territoriales se valent, certaines revêtent assurément une dimension symbolique particulière dans l’adversité face au pouvoir.
Dakar et Ziguinchor, pour respectivement représenter la capitale du Sénégal et la base politique du leader de l’opposition, devraient faire l’objet de convoitises particulières lors des prochaines joutes électorales. En déployant Ousmane Sonko au Sud, YAW s’octroie de meilleures garanties de victoires dans une zone à maintenir dans l’escarcelle de l’opposition.

Gagner Dakar et Ziguinchor entre autres, c’est infliger une défaite symbolique au pouvoir et surtout instituer un avertissement face à d’éventuelles velléités de troisième candidature anticonstitutionnelle.

Au plan économique,

- Le Président Ousmane Sonko, dont l’objectif à terme est de présider aux destinées du pays, aura, en accédant à la mairie de Ziguinchor, l’opportunité de mettre en pratique ses idées à une échelle locale.

Ziguinchor servirait ainsi de laboratoire pour tester la viabilité des projets socio-économiques et le style de management du PROS. Ce, dans une région qui regorge de de potentialités économiques remarquables. Au Plan maritime (80 km de façade maritime sur 718 km au plan national) pour booster le secteur de la pêche et du tourisme, des ressouces naturelles (du pétrole existe à la frontière avec la Guinée Bissau), de l’économie forestière ainsi que d’un positionnement géographique qui génère naturelle des possibilités économiques transfrontalières avec les pays limitrophes.

La vision endogène du Président Sonko se prêterait très bien aux ressources locales.

Le seul secteur de l’anacarde génère un chiffre d’affaires annuel à l’export d’environ 30 milliards de francs CFA avec une manne fiscale conséquente à capter pour la Mairie et des opportunités d’emploi à créer sur toute la chaine, notamment sur le seul maillon de la transformation industrielle largement inexploitée jusqu’ici.

- De façon générale, au plan de la décentralisation et de la territorialisation des politiques publiques, il est important de relever la faiblesse de la fiscalité et des ressources financières dont disposent nos collectivités locales pour une grande partie. Le budget de la ville de Ziguinchor ne dépasse pas deux (02) milliards de francs CFA et essentiellement capté par les charges administratives et l’éclairage public.

Les transferts de l’Etat, dans le cadre des fonds de dotation destinés aux collectivités territoriales, ne représentent que 06% de la TVA au Sénégal contre 30% dans un pays comme le Maroc. Autant dire une manne insignifiante qui fait ressortir les limites objectives de l’Acte 3 de la Décentralisation dont les neufs domaines de compétence de l’Etat vers les collectivités n’ont jamais été accompagnés de dotations financières à la hauteur des enjeux.

Dès lors, en attendant de réaménager notre politique de décentralisation (le Président Ousmane Sonko s’y promet dans le cadre d’un ouvrage à venir dans les prochaines semaines), il sera crucial de faire preuve d’inventivité, notamment dans le cadre de la coopération décentralisée.

Il est ainsi heureux de voir figurer, dans l’ébauche de programme du Président Sonko, toute une série de projets socio-économiques dont le financement proviendrait essentiellement de bailleurs institutionnels comme non institutionnels. De cette capacité à faire appel à du capital financier extra fiscal conséquent dépendra la réalisation des initiatives de développement communal.

Un développement territorial réussi suppose aussi une participation effective des populations qui forment le terreau de toute réussite de politique territoriale.

Le Président Ousmane Sonko, s’il est élu, sait qu’il saura compter sur l’accompagnement et le soutien des filles et des fils de Ziguinchor comme ils s’y sont engagés cette après-midi.

Le pacte de Bambaya est ainsi scellé.

Pour une victoire prochaine à Ziguinchor au soir du 23 Janvier 2022.

Cheikh Fatma DIOP
Membre de l’Administration, du Mouvement des Cadres et du pôle Débatteurs/PASTEF

31 octobre 2021