PAMPHLET DE BORIS DIOP ET CIE CONTRE LE RENDEZ-VOUS DE MACRON

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Sommet France-Afrique

En prélude au Sommet France – Afrique, prévu le 8 octobre prochain, à Montpellier, sans chefs d’État africains et sans autorités institutionnelles, des intellectuels africains élèvent la voie. ’’De Brazzaville à Montpellier, regards critiques sur le néocolonialisme français". Tel est l’intitulé de l’ouvrage qu’ils ont écrit, fustigeant le nouveau format.

"De Brazzaville à Montpellier, regards critiques sur le néocolonialisme français" rassemble une vingtaine d’articles écrits dans le feu de l’engagement sans faille pour la lutte anti-impérialiste. En plus de ce livre qui fera date, le Collectif pour le renouveau africain (CORA, qui réunit plus de cent universitaires, spécialistes des sciences sociales et naturelles, historiens, écrivains, médecins du continent et de sa diaspora, compte organiser à partir du 7 octobre, en marge du sommet Afrique-France (prévu le 8 octobre à Montpellier), une série de webinaires.

Pourquoi le livre ?

"Il s’agit ici de récupérer au sein d’un cercle de chercheur.e.s, écrivain.e.s, journalistes et de militant.e.s, la possibilité d’un discours franc qui échappe aux circonlocutions d’experts et d’analystes habitués à l’exercice de la doxa, à l’usurpation et à la confiscation symbolique de la parole. Dire, écrire et dénoncer l’absurdité des relations Afrique-France !

Dans sa contribution intitulée ’’Montpellier, la Françafrique à bout de souffle", le romancier et essayiste sénégalais, Boubacar Boris Diop dénonce cette mise à l’écart des chefs d’État africains. Ces derniers en prennent également pour leur grade.

"En vérité, il y a quelque chose de déstabilisant dans la facilité avec laquelle les chefs d’État du « pré carré » revêtent le boubou de laquais de la France ou de pions qu’elle déplace quasi distraitement sur l’échiquier de sa politique étrangère. Pas un seul n’a eu un sursaut d’orgueil et contesté à Emmanuel Macron le droit de modifier seul et à sa guise un rendez-vous figurant en bonne place dans le calendrier international", se désole-t-il.

Pour lui, il s’agit d’une sanction politique : "en fait, leur mise à l’écart est une sanction politique. Suspectés d’encourager en sous-main les ennemis de la France, ils ne méritent même plus qu’on leur parle. Mais voilà : ces chefs d’État africains ont beau être ce qu’ils sont, nous avons beau les détester, le fait est que nous nous sentons humiliés de les voir ainsi piétinés. Le traitement dégradant qui leur est infligé, au vu et au su de tous, ne peut que raviver une négrophobie - mais peut-être devrait-on parler d’afrophobie - qui a tendance à devenir presque universelle."

"C’est le maître qui se plaint que l’esclave ne râle pas assez"

Boris Diop de poursuivre : "cela dit, ne ressemblons-nous pas, nous autres intellectuels africains, bien plus que nous voulons l’admettre à nos présidents ? Si le sommet de Montpellier nous embarrasse tant, c’est aussi parce qu’il nous met brutalement en face de cette cruelle vérité. Que Macron ait cru pouvoir décider tout seul du jour, du lieu, des modalités et des acteurs de la joute verbale à venir est la preuve qu’il tient pour quantité négligeable des intellectuels africains francophones qui ne lui ont jamais fait ombrage. C’est Achille Mbembe lui-même qui rapporte avec une surprenante candeur cette audience à l’Élysée au cours de laquelle son illustre hôte se fait presque suppliant : « On ne me met pas assez la pression ! Mettez-moi la pression ! » En somme, c’est le maître qui se plaint que l’esclave ne râle pas assez... Beaucoup refusent de se laisser impressionner par ces décisions, y subodorant de vulgaires manœuvres de diversion. Ils ont sans doute raison de soutenir que c’est le moins que Macron pouvait faire. Mais il l’a fait. Au-delà du contexte général et des probables motivations politiciennes du futur candidat à sa propre succession, personne ne peut lui dénier la paternité de gestes assez forts en eux-mêmes. Le petit bémol, c’est qu’on aura tout de même relevé qu’aucun de ces dossiers ne porte sur les questions brûlantes de l’heure. Rwanda. Algérie. Patrimoine africain ancien. Cela signifie qu’il ne s’agit nullement pour Paris de lâcher prise aujourd’hui et maintenant mais d’exorciser les fantômes de son passé colonial et de son présent néocolonial".

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