PARTENARIAT, MERCATO, AMBITIONS DE L’OM... LONGORIA DÉROULE SA FEUILLE DE ROUTE

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INTERVIEW EXCLUSIVE

Propulsé à la tête de l’Olympique de Marseille (France) depuis le 26 février dernier, l’Espagnol Pablo Longoria est le plus jeune (35 ans) président de l’histoire du club phocéen. Pour sa première visite officielle en Afrique, celui qui dirige l’un des clubs les plus populaires au monde, a passé quatre jours dans les installations de l’Institut Diambars, avec lequel sa formation est liée par une convention de partenariat pour la période 2020-2023.

L’occasion pour lui d’accorder une interview exclusive au groupe Emedia Invest, pour aborder, entre autres sujets, le point sur la relation avec le club partenaire sénégalais, les contours de la politique de formation, la progression de Khadim Bamba Dieng, premier jeune joueur issu de cette collaboration, les légendes sénégalaises qui ont écrit l’histoire de l’OM mais également l’actualité du club le plus clivant de France, entre mercato et ambitions pour la saison qui démarre ce week-end...



PREMIÈRE VISITE AU SÉNÉGAL

« Oui, c’est la première visite au Sénégal. C’est même ma première visite en Afrique. Et c’est avec beaucoup de plaisir que je suis ici et je rendrai disponible pour revenir ici dans le futur... Ce qui m’a plu, ce sont les grandes possibilités d’avenir. Les infrastructures existent, c’est à nous qu’il incombe, dans les différents types de partenariat, de chercher à remplir le contenu. Nous avons la responsabilité de tout faire pour avoir un avenir radieux, en développant des projets spécialement dédiés au développement du football, et des jeunes talents, pour un effet important à moyen terme. Mais surtout avoir beaucoup de possibilités pour chercher des talents locaux. »

LE POINT SUR LA COLLABORATION AVEC DIAMBARS

« C’est un contrat qui a été quelque peu conditionné par l’effet de la pandémie de Covid 19. Spécialement, cela ne nous a pas permis de développer les projets comme on l’aurait souhaité. Maintenant, c’est le moment de chercher à développer toutes les choses en commun, qu’on peut développer ensemble, et surtout de voir comment on peut régler la situation dans le futur, rechercher une collaboration plus active et avec beaucoup d’ambitions. Surtout sur un aspect technique, de développer la formation, d’être actif dans la recherche du talent, en Afrique. On a une stratégie de recrutement très fort mise en place, ici, en Afrique. Cela commence à se voir avec quelques joueurs, qui arrivent à Marseille, et surtout dans notre vision stratégique de recrutement et de développement du football, en Afrique. Pour nous, c’est important ce type de partenariat, spécialement pour développer la formation, ici, au Sénégal. »

VERS UNE UNIFORMISATION DU CONTENU DE LA FORMATION ?

« Le football a trois composantes : le recrutement, la méthodologie du travail au niveau technique, et le management ou la gestion des ressources humaines. On parle de la formation. Le système..., c’est quand vous voudrez mettre en place une méthodologie de travail, dans le cadre d’une stratégie commune, et surtout au niveau technique, avec la formation des éducateurs, partager la même philosophie de jeu, la même vision pour pouvoir développer les jeunes talents. »

ÉVOLUTION À MARSEILLE DE BAMBA DIENG, 1er PRODUIT DU PARTENARIAT

« C’est un joueur qui est en train de grandir. Il a eu une blessure au genou, et depuis le premier jour, de son arrivée, il a performé avec la deuxième équipe. C’est en ce moment qu’il a intégré le groupe pro. Il est dans une phase très intéressante. Il a de la puissance, de la verticalité, de très bons mouvements sur les espaces. C’est un joueur qui est bien utilisé par notre coach dans la préparation d’été. On cherche la qualité. En général, il y a de la qualité chez les joueurs. Mais c’est de trouver des profils qui ont du potentiel. En formation européenne, il peut y avoir beaucoup plus de possibilités. Qu’est-ce qui manquent ? On peut parler d’un développement de plus de concepts, de formation d’un point de vue plus européen. On a beaucoup d’exemples de méthodologies faites en commun entre les ressources locales mais avec une ambition européenne. Ce type de collaboration permet de réduire les espaces, entre la formation initiale et le niveau d’exigence dans le contexte européen. »

ENGOUEMENT SUSCITÉ PAR L’OM AU SÉNÉGAL

« Oui, nous avons pu remarquer cela depuis que nous sommes arrivés. C’est important d’avoir cette chaleur humaine autour de nous. Nous sommes conscients de l’importance que l’OM suscite dans des pays comme le Sénégal. On sait le lien historique qu’on a avec le Sénégal. On a eu un président d’origine sénégalaise, Pape Diouf, et beaucoup de joueurs historiques du club sont originaires du Sénégal. Ce type de lien doit toujours être renforcé. »

INTÉRÊT DE DIAMBARS DANS CE PARTENARIAT

« C’est de se positionner. La collaboration, c’est toujours de chercher à donner à l’autre quelque chose qu’ils n’ont pas. L’objectif est de bien positionner Diambars comme un centre de formation, une académie importante. De faire tout le possible pour arriver à l’excellence, pour avoir un apport qui permette d’avoir de la crédibilité sur toutes les choses qu’on peut faire en commun, ici, en général. Avoir de la crédibilité, c’est la chose la plus difficile, dans le football. Avoir un projet, c’est de chercher comment positionner Diambars à développer tous ses potentiels. »

LÉGENDES SÉNÉGALAISES DE L’OM

« Il est toujours question d’avoir du respect pour les gens passés au club. la seule chose qui reste, c’est l’histoire et les protagonistes de l’histoire d’un club, ce sont toujours les joueurs. C’est beaucoup de respect pour tes gens passés à l’OM. Ils ont fait l’histoire du club et tout le monde a sa place, spécialement ceux qui ont fait l’histoire. Ceux qui veulent aider l’institution... La seule chose, c’est que l’institution est au-dessus de tous... »

COMPARAISON AVEC PAPE DIOUF : MÉDIAS, DIRECTEUR SPORTIF, PRÉSIDENT

« Nous l’avons malheureusement perdu... J’aurais eu le plaisir de le connaitre. C’est un regret. Personnellement, j’aurais bien aimé connaitre ceux qui comme lui ont fait l’histoire du football africain et français. Il y a beaucoup de gens qui font la comparaison (entre Pape Diouf et lui)... J’ai cherché à bien m’informer sur ça... C’était important pour moi de bien comprendre l’histoire. J’ai bien compris tout l’amour du peuple marseillais pour Pape Diouf. Il avait une relation spéciale avec les supporters et c’est toujours important de faire le football pour nos supporters. »

UN MERCATO XXL, UNE ÉQUIPE CHAMBOULÉE ?

« Gérer un club comme l’OM sans ambition, c’est impossible. La pression de l’ambiance est liée à l’exigence de nos supporters. C’est une pression que je considère comme positive et on doit la transformer en force, en ambition, dans la passion du football. Après, c’est difficile d’intégrer huit joueurs ensemble dans une nouvelle équipe. C’est toujours compliqué quand tu changes beaucoup d’éléments de l’effectif dans des positions clés. Il faut chercher de canaliser toute cette ambition, l’envie de se retrouver au stade pour voir une équipe rendre toute cette attente autour d’elle. »

AMBITIONS DE L’OM CETTE SAISON

« L’ambition de l’OM doit toujours être au maximum, de finir la saison le plus haut possible. Avec l’histoire que nous avons, notre objectif sera toujours de chercher le podium du championnat français. C’est une question de respect pour nos supporters et leur exigence naturelle. On doit toujours avoir l’objectif de se qualifier en Champions League parce que c’est ce qui te permet de construire le projet, de donner de la continuité, de chercher de faire agrandir chaque jour le club. »

ALLER CHERCHER LE TITRE DE CHAMPION DE LA LIGUE 1 ?

« Le titre, c’est la question la plus importante dans la vie sportive d’un club, de tous les personnes avec qui nous sommes en contact sur le plan sportif. Aller chercher le titre, c’est toujours une jolie question... Il faut être ambitieux, savoir sa position, mesurer les difficultés... Une fois que tu définis un parcours avec un club, un projet, c’est toujours à partir de là que tu es capable de réussir. Un titre, c’est un souvenir très important. »

DERNIÈRES RETOUCHES DU MERCATO

« Il manque certainement... (il ne termine pas phrase). On voulait depuis le début, faire un effectif avec les postes doublés. Il y a des postes qui restent à être bouclés, comme celui de latéral droit. Nous sommes encore actifs dans le marché. Après, on va attendre de voir toutes les possibilités qu’il y a pour savoir toutes les différentes options de substitution en cas de départ de nos joueurs qui pourraient quitter. (Pour Lirola), c’est le mercato... Pour faire des opérations dans le mercato, il faut que toutes les parties soient contentes. Pour le moment, nous n’avons pas encore d’accords avec toutes les parties. On continue les négociations toujours dans le respect des différentes institutions mais encore une fois, nous ne sommes pas dans une position de nous rapprocher pour boucler le dossier. Ça se passe comme ça dans toutes les négociations. Nous devons respecter la Fiorentina (Serie A, Italie) qui a investi beaucoup d’argent sur un joueur comme Lirola. On connait ses capacités, on a vu qu’il a réalisé une très bonne fin de saison. Les négociations restent ce qu’elles sont. Tout le monde a des attentes, chacun essaie de tirer son avantage. Il faut être patient. Le marché est encore ouvert, jusqu’au 31 août. Pour tous les autres postes, il faut observer les opportunités. Il y a toujours des pistes. Il faut savoir gérer un effectif, avoir les différentes options de substitutions. C’est l’exigence que nous devons avoir comme dirigeant, avec notre cellule de recrutement, avec notre Directeur technique David Friol, pour trouver des solutions au besoin... »

JOUEURS SUR LE DÉPART COMME BOUBA KAMARA ET CALETA-CAR

« On attend de voir ce que donne le marché. On connait la valeur de nos joueurs. Quand on a joué dans un club comme l’OM avec toute la pression autour, ça doit être tenu en considération. Quand on est dans un grand club, la chose la plus difficile est de trouver des joueurs habitués à jouer sous pression et l’OM est un des clubs européens qui offrent le mieux cette condition. Pour bien comprendre la situation du marché, il faut savoir que tous les joueurs ont un prix. Il faut savoir la position de chacun. On sait qu’on a de très de bons joueurs... C’est aussi nécessaire pour la santé économique du club, d’être actif sur le marché des départs, en sachant que ça doit être juste pour tout le monde. »

À 35 ANS, PRÉSIDENT D’UN CLUB AUSSI CLIVANT ET POPULAIRE

« C’est un motif pour être content, à titre personnel. C’est aussi une responsabilité, pendant que tu es à la tête d’une telle institution qui est soutenue par beaucoup de personnes, surtout nos supporters. On sent la pression, avec les attentes du public mais c’est un motif pour être heureux et de chercher à avoir l’ambition de donner aux gens l’envie de regarder leur équipe... Samedi dernier, on avait la possibilité, pour la première fois depuis l’année dernière, d’entrer au Vélodrome avec 30 000 spectateurs. Il y avait beaucoup d’émotion. A titre individuel, pouvoir vivre comme dirigeant du club, au Vélodrome avec les supporters, ça crée beaucoup d’émotions. Il y a quelque chose de spécial dans ce stade. Quand je suis venu dans le passé comme recruteur pour d’autres clubs, c’était toujours un plaisir parce qu’il y a toujours une des ambiances les plus spéciales d’Europe, dans ce stade... »

AVIS SUR LE PROJET SUPERLIGUE D’EUROPE

« ... Il est difficile de penser qu’on peut décider du futur du football avec 11 ou 12 dirigeants de clubs qui se mettent dans un salon pour décider du futur du foot européen avec un intérêt uniquement économique. Je crois dans l’idée de développer des compétitions nationales qui permettent de développer des compétitions internationales plus fortes. Je crois que le futur du football en Europe passe par la réforme des différents championnats pour les rendre encore plus compétitifs, augmenter leur niveau... On ne peut pas penser faire du football en Europe sans compter avec les clubs historiques comme l’Ajax, l’Etoile rouge de Belgrade, Porto, Benfica, Steaua Bucarest... Tu dois toujours penser à ces clubs... Donner à chacun le droit de rêver. Et, surtout, il y a un principe immuable dans le sport, dans le football : c’est celui de la méritocratie. C’est la performance sur le terrain qui doit distinguer les acteurs. Avec les valeurs du sport, c’est la compétition qui permet de faire la différence. La valeur essentiel d’un très bon projet, c’est de donner à tout le monde sa place. En plus, en ce moment, on vit dans un moment où les supporters n’ont pas la possibilité d’aller au stade et il faut se rapprocher des gens pour connaitre leurs attentes. Le football est dans un moment compliqué au niveau économique. C’est une industrie qui a subi la crise. La pandémie a eu beaucoup d’impact mais même avant, il commençait à avoir beaucoup de problèmes avec la gestion des différents budgets, des difficultés pour attirer le public... Et pour ça, il faut écouter les gens. »

ATTAQUES SUBIES SUITE À SES PROPOS SUR LE NIVEAU DE LA LIGUE 1


« Mais j’adore les débats. C’est parfait. Débattre sur l’avenir du football, je considère que c’est une chose très positive. Chacun a le droit d’avoir une opinion. J’aime beaucoup discuter du football, de la méthodologie... C’est positif d’avoir une discussion pour l’avenir du football, de se poser des questions... C’est ce qui nous permet d’avoir un niveau d’exigence, d’excellence encore plus haut dans le football français qui est un des plus grands formateurs au monde mais, on s’est rendu compte de toutes les difficultés qu’il traverse. Il faut toujours se donner un niveau d’exigence dans tout ce qu’on fait au quotidien. Viser le plus haut possible. On doit être très critique avec tout le travail qu’on fait, même à l’interne, pour chercher à améliorer les choses... »

REGARD SUR L’AVENIR DU FOOTBALL, DANS CE CONTEXTE DE PANDÉMIE

« On peut discuter de ça pendant des soirs et des soirs. Pour moi, il faut aller vers la rationalisation du football, retourner à la réalité... Il y a des questions sur la gestion économiques des clubs de football. La plupart des clubs européens, c’est le contexte que je connais le mieux, sont dans une situation financière très difficile. C’est pourquoi on doit se poser beaucoup de questions sur le niveau de santé qu’on peut avoir. Ça passe par une réduction des postes, par une réduction du nombre de joueurs dans les différents effectifs, par une rationalisation des prix des transferts et les montants des salaires... Mais il y a aussi la nécessité de développer un football qui soit plus attractif... Chercher une protection des talents locaux, développer les ligues mineurs, avoir des championnats plus compétitifs comme la Bundesliga (Allemagne) en plein développement, la Premier League qui a commencé à se développer en 1992... Il faut retourner à ces modèles où chaque monde a son espace pour être compétitif... »

UN PARI, POUR LA FIN DE SAISON, EN CAS DE TITRE DE L’OM ?

« Je n’aime pas faire pas de pari... On doit faire les choses, dans le football, au quotidien. Ne pas faire focus sur les attentes qu’on peut avoir... On doit être compétitif dans tous les matchs de la saison. Après, on verra où cet effectif, cette ambition qu’on a maintenant, peut nous mener à terme, tout en gardant les pieds sur terre. »

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Entretien réalisé par Babacar Ndaw FAYE, Images : Babacar NDIAYE, Moussa FALL & Pape D. DIALLO


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