PÉNURIE DE CARBURANT : LA GALÈRE INTERMINABLE DES CONSOMMATEURS

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REPORTAGE

Les premières conséquences de la grève des chauffeurs transporteurs d’hydrocarbures n’ont pas tardé à faire surface. Depuis l’annonce de la cessation de leurs activités, c’est la ruée vers les stations d’essence qui sont désormais à sec pour la grande majorité, faute de chargement.

La Station Shell de Bopp était, ce vendredi, l’une des dernières à disposer encore de réserve du précieux et très couru carburant. Sous le chaud soleil, une file de voitures fait la queue afin de pouvoir passer mais il faut passer un véritable combat pour se frayer un passage et accéder à la pompe, face à ces files sauvages qui se sont formées.

Conséquence, la route qui jouxte la station est bloquée et la circulation devient dense. Pour les automobilistes qui espèrent passer ce labyrinthe, impossible de bouger. Il est 16h passées de quelques minutes et c’est une foule immense de scooters et de voitures qui s’entremêlent. Ça crie de partout, ça parle dans tous les côtés. Ici, les nerfs sont tendus en cet après-midi de ramadan.

Depuis 13h, les motocyclistes ont pris d’assaut la station empêchant ainsi les pompistes de travailler. Malheureusement, aucun de ces derniers ne veut se prononcer sur le sujet.

Ne disposant plus d’une seule goutte d’essence, Malou tient à rester pour attendre que les pompistes veuillent lui en vendre. Il n’était pas au courant de la grève. "Je n’ai pas d’essence, je suis venue dans l’optique de faire le plein mais à mon arrivée, j’ai trouvé une foule de personnes venues pour les mêmes raisons que moi et c’est ainsi que j’ai appris la nouvelle de la grève", indique-t-il.

Un peu plus tard, un pompiste se décide à ravitailler les clients. Ces derniers, tous sur leurs motos, tiennent chacun des bouteilles vides de 5 à 10 litres prêtes à être remplie. Après plus de 4 heures d’attente, Bathie Ndiaye qui est un livreur, emporte sa bouteille déjà remplie. Sa prévision lui servira pendant 2 jours.

Malgré cela, il n’a pas cessé de rouspéter. "J’ai passé deux heures à MKA de Massalikoul Jinane mais leur stock est fini, j’ai rappliqué ici mais ce n’est que maintenant que j’ai pu avoir de l’essence. Franchement, cette situation ne nous arrange pas car j’ai laissé 8 courses me filer à cause de cette cessation".

Les motocyclistes ont envahi la station ne donnant même pas la chance aux automobilistes le soin de se frayer un chemin pour accéder aux pompes. Amayi Sambou, évoluant dans le tourisme et la location de voiture, est dépassé par cette affaire.

Pour lui, les pompistes n’auraient pas dû procéder de la sorte. "Ils auraient pu nous prévenir deux jours à l’avance pour qu’on puisse prendre nos dispositions mais là, ils nous ont mis devant le fait accompli et nous sommes obligés de nous ruer dans les stations afin de nous approvisionner. Chose difficile car les "jakartamens" ne nous en donnent pas l’occasion".

Le constat reste le même partout, plusieurs stations services sont envahies. Du côté de la station Total du rond-point Liberté 6, c’est le même décor qu’on y retrouve. Des motocyclistes à bord de leurs scooters, entourent les pompistes ne les laissant pas le soin de travailler convenablement.

Heureusement, le gérant est présent pour mettre de l’ordre. Les voitures d’un côté, les motos de l’autre, c’est l’aménagement qu’il fait pour que l’approvisionnement se fasse vite et bien. Par contre, il a refusé de s’exprimer sur le sujet.

Bien terré dans sa voiture, Tidiane Ndao qui semble très épuisé confie que cette situation qu’il vit est très difficile. "J’ai fait un parcours de combattant pour sillonner plusieurs stations où on me répétait qu’ils sont à sec. J’ai fini ma course ici où j’attends depuis plus de deux heures. Là, je compte faire le plus que possible en carburant".

Le Syndicat des travailleurs du Pétrole et du Gaz a lancé un mot d’ordre de grève de 72 heures déclenchée depuis mercredi dernier, le 21 avril. Il devait être levé mais après le compte rendu des responsables du syndicat, le mot d’ordre est maintenu. Les acteurs sont ainsi revenus à la charge.

Cette situation toujours pas résolue, constitue aussi l’une des conséquences des saccages qui ont eu en Mars. D’ailleurs, dans la foulée à la station Total du rond-point Liberté 6, un des jeunes a lancé "c’est nous qui avons pillés les stations et nous voilà aujourd’hui dans le besoin. Si nous savions !", lance-t-il, autant inquiet que dépité.

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