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PITANCE, CARENCE, INCOMPÉTENCES

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Les sourires sont rares sur les visages. Les temps sont durs. Les gros maigrissent et les maigres meurent. Nous sommes à l’eau et au pain sec. La rareté dépossède. Les rétentions dégradent et déshumanisent. C’est le printemps des spéculateurs et profiteurs qui voient le consommateur comme un éternel pigeon. Ils sont toujours prompts à seriner des calembredaines.

Pandémie, cours mondiaux et chocs extérieurs ont le dos large. La hausse généralisée du coût de la vie propage le mal-vivre. Elle est l’autre nom de la paupérisation. Le terreau des attitudes de survie. Ça fait oublier que manger relève d’un simple acte biologique. Pire, on en oublie qu’il est d’autres biens de première nécessité. Le livre, la musique, le cinéma, les arts plastiques sont essentiels. Ne pouvant plus joindre les deux bouts, les produits culturels en deviennent superflus. Quoi que l’on fasse, la vie va coûter plus chère.

L’inflation baisse le pouvoir d’achat de la monnaie. Qui n’a pas entendu ses parents raconter les années glorieuses où le sac de riz de 100 kilos coûtait 25 francs ? Qu’en reste-t-il 50 ans plus tard pour en arriver à la prunelle des yeux ? Il y’a une conjugaison de crises systémique, morale, territoriale, écologique, démographique et pas mal d’impérities. Il est vrai qu’en règle générale, les élites aux manettes sont des grns déraisonnables. Dont les carences pulvérisent les compétences. Cela dit, la meilleure façon de garder la tête hors de l’eau par les temps qui courent, c’est de faire des économies. D’être regardant sur les dépenses. En revisitant la morale de la cigale et la fourmi.

Ça fourmille d’idées suicidaires. Assignés à résidence par le chômage endémique, sans le moindre espoir, une bonne frange de la jeunesse ne souhaite plus être en contact avec le sol natal. L’Atlantique est tapissé de cadavres. La faune aquatique se régale.

Ceux qui sont au milieu du gué, en Libye par exemple, sont vendus 400 dollars. La traite des noirs n’est pas finie. La légende de l’eldorado non plus. Ce coin d’Amérique du Sud dont les murs, soi-disant, étaient construits en or. Mais en vérité, la cité était faite de roches contenant du mica qui brille sous le soleil. Ceux qui s’accrochent au radeau de la méduse, on feint de les en empêcher. Mais ils prennent quand même le large. Ce sera moins de fardeau. Vogue la misère et le cynisme contemporain. Les damnés de la mer sont les damnés de la terre. Ceux-là qui ne sentent plus la terre des ancêtres sous la plante des pieds. Il faut aimer ce monde tout en luttant pour le supporter.

Le monde politique nous sauvera-t-il du naufrage collectif ? Il faudra sûrement repasser. Il s’y trouve beaucoup de manchots. Les générations présentes et futures jouent petit bras. Les élections territoriales ne sont pas une fin en soi. La prise en charge immédiate de nos grands défis est la politique publique qui vaille. À défaut, on court le risque, si ce n’es déjà le cas, d’un déclassement social et économique. Voire civilisationnel.

Assane GUÈYE

3 septembre 2021