PLAIDOYER : LES FEMMES DONNENT LE TON POUR LA CRIMINALISATION DU VIOL

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AGRESSION SEXUELLE

En moyenne, une femme est violée chaque jour au Sénégal, selon les estimations du Groupe de recherche et d’action contre les violences faites aux femmes et aux enfants (GRAVE). La présidente de J-GEN (Women global entrepreneurship), Maïmouna Yade, fait état d’un taux de prévalence des violences faites aux femmes et aux filles avoisinant 60% et variant d’une région à une autre. « Diourbel, détaille-t-elle, arrive en tête avec 80% de femmes victimes de viols, Dakar enregistre 55%. » Donc, « il est temps (Dafadiot) d’agir. » C’est le sens, décline-t-elle, du lancement de la campagne de plaidoyer pour des mesures d’accompagnements efficaces de la loi sur la criminalisation du viol et de la pédophilie au Sénégal. La cérémonie s’est tenue ce samedi, 6 juillet, à l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) de Dakar. En présence de la présidente de l’association des femmes de l’Afrique de l’Ouest (AFAO), Khady Fall Tall.

Qui reconnait que la situation est critique : « Aujourd’hui, notre conscience est bousculée quotidiennement par des scènes qu’on pensait impossibles. Une analyse s’impose pour situer les circonstances et qualifier les types de viol. C’est important car ne pas les analyser perpétue le viol. » Soulevant des pistes de réflexion, elle insiste sur « les liens entre la pauvreté et l’analphabétisme et la recrudescence des viols. On peut constater que la plupart du temps une femme qui est pauvre et analphabète est désarmée devant n’importe quel violeur. »

Pis, ajoute-t-elle, « dans certaines situation de proximité, le viol se passe à un rythme que vous ne pouvez même pas imaginer. Il faut continuer la lutte. » De ce fait, Khady Fall Tall invite la justice à « presser » le pas.

Le collectif ’’Dafadoy’’ (plus jamais ça), qui a lancé le premier axe de ladite campagne à travers un sit-in tenu à la Place de la nation (ex Obélisque), nourrit l’espoir, par la voix de sa représentante Marina Kabou, « que ce plaidoyer aura un impact considérable dans la lutte ».

Les axes de plaidoyer, explique la présidente de J-GEN, s’articulent autour « des mesures visant à faciliter l’accès à la justice, à protéger les mineurs pour allonger le délai de prescription de l’action publique en matière de viol, assurer la sécurité individuelle, orienter les interventions dans la lutte contre la débauche et la perversion sexuelle, sensibiliser les jeunes sur les méthodes préventives. La loi doit s’accompagner de mesures visant le renforcement des droits des femmes et des filles et pour la lutte contre toute forme de violence et la mise en œuvre de programmes visant leur autonomisation. »

Dans leur combat, les femmes peuvent compter sur des hommes comme Ciré Diallo, le représentant de la jeune chambre du Sénégal. « La femme, notre sœur, notre mère, notre moitié est au début et à la fin de nos vies. Nous devons en prendre soin et surtout les protéger parce que sans elles rien ne bouge et si rien ne bouge, le monde n’évolue pas. Il y a des efforts du gouvernement mais la plus grande responsabilité repose aussi sur nous en tant que jeunes citoyens du Sénégal, d’assumer cette tâche par la prise en charge et la prise de conscience de la vulnérabilité des femmes par rapport à nos coutumes », plaide le jeune homme.

Suite à la mobilisation des femmes contre la série de viols suivis de meurtres, le chef de l’Etat, Macky Sall a donné des instructions pour le vote du projet de loi sur la criminalisation du viol, avant la fin de l’année 2019. A ce propos, renseigne le représentant du ministre de la Femme, de Famille, du Genre et de la Protection des Enfants, Ndèye Saly Diop Dieng, Ciré Lô, « un groupe de travail est en train de réfléchir sur une modalité de synthèse de l’ensemble des propositions sorties des mémorandums produits lors de la forte émotion suite à l’assassinat de Bineta Camara et de Coumba Yade, pour faire des propositions au Conseil présidentiel portant sur des mesures spécifiques qu’il faut prendre pour sécuriser davantage les lieux de vie et d’action des femmes ». Rendez-vous est pris le 6 août prochain.

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