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PLUS DE 13 000 ÂMES EN DANGER

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Côté pile, le lycée Limamoulaye c’est l’excellence d’un établissement qui dispute les prix aux mieux dotés. Côté face, c’est cet état des bâtiments qui menacent ruine, qui inquiète, élèves, enseignants et administration. Si la reconstruction a été annoncée, elle tarde à se concrétiser.

En cette matinée du 6 décembre 2022, les oreilles sont orientées vers le Palais de justice avec la confrontation Ousmane Sonko-Adji Sarr. Au même moment, au Lycée Limamoulaye, élèves, enseignants et administration veulent une oreille attentive des autorités. Le soleil est au zénith, la cour du lycée grouille de monde. Des élèves assis par petits groupes, discutent tranquillement avant de regagner les salles de classe. Ramatoulaye est en classe de Première mais depuis la rentrée, elle se sent « très stressée » par l’état de délabrement avancé des bâtiments vieillissants de cet établissement d’excellence.

C’est que le lycée Limamoulaye, situé au cœur de la banlieue de Dakar, dans la commune de Whakhinane Nimzatt, a longtemps été considéré comme une école de référence au Sénégal pour avoir toujours brillé au prestigieux Concours général, disputant les superlatifs de « meilleurs » à Mariama Ba ou encore le Prytanée militaire. C’est l’une des « usines » de fabrication de la matière grise de ce pays, par des cadres de l’administration du Sénégal et d’autres métiers depuis sa construction en 1978. Mais voilà ! Malgré ces performances, ces « miracles » pour certains, le lycée Limamoulaye hante le sommeil de ses pensionnaires, qui écoutent leurs profs, les yeux vers les plafonds et murs menaçant de s’écrouler. « A chaque fois que je suis dans l’enceinte de l’école, je ne me sens pas en sécurité à cause de la vétusté des toitures des salles de classe de certains blocs. C’est d’ailleurs l’objet de notre discussion entre camarades de classe. Ici, tout le monde a peur et personne ne se sent en sécurité. Nous étudions dans des conditions difficiles », s’inquiète Ramatoulaye.

La situation est d’autant plus dangereuse que l’heure n’est plus à la passivité. Alors, les élèves ont décidé de se faire entendre pour éviter l’irréparable. De l’autre côté du lycée, un petit groupe s’est formé pour aller rencontrer le proviseur et lui soumettre ses doléances. El Hadji Fall, élève en classe de Termine S1 est leur porte-parole. « L’état de délabrement avancé du lycée Limamoulaye nous pousse vraiment à nous adresser aux autorités de ce pays pour leur dire que la situation dans laquelle nous travaillons est extrêmement difficile. Les plafonds ne tiennent plus, même les tableaux ne sont plus fonctionnels », insiste-t-il. Avant de souligner : « Nous sommes dans un lycée d’excellence mais les conditions de travail ne suivent pas. C’est pourquoi nous interpellons les autorités étatiques qui avaient d’ailleurs annoncé, il y a quelques mois, la réfection du lycée ».

Le proviseur : « La vie des élèves et de leurs profs doit être prise au sérieux »
La situation du lycée Seydina Limamoulaye inquiète et ne laisse pas indifférente l’administration, qui a reçu les doléances des élèves le mercredi 7 décembre. Face à la presse, le proviseur a rappelé à l’Etat ses promesses.

« Pourtant, des directives ont été données par le Président Macky Sall. Notre ministre de tutelle devait entamer les travaux en septembre, mais avec le changement de gouvernement et les mouvements effectués, les choses restent en l’état. Je pense que l’Etat est une continuité, et la vie des élèves et leurs professeurs doit être prise au sérieux. Mais dans ces conditions, les cours ne peuvent pas se tenir conformément à la volonté du ministère. Pour les enseignants, l’Etat doit démarrer les travaux de réhabilitation de ce lycée de la banlieue. Il y a un danger qui est là et nous ne sommes pas là pour attendre que le danger vienne pour qu’ils réagissent. Nous ne voulons pas de médecin après la mort. Le lycée a été construit en 1978, reconstruit en 1997, 2007 et 2011. Donc, je crois que la durée de vie de ces bâtiments est finie depuis longtemps. Ce que nous voulons, je crois que le gouvernement l’avait déjà commencé avec l’ancien ministre, c’est la reconstruction du lycée. Malheureusement, il avait dit que le projet allait démarrer au mois de septembre mais jusqu’à présent, rien du tout. Vendredi dernier, en Terminal S1, une partie des toitures s’est effondrée. Heureusement que les élèves étaient en récréation », alerte Malick Ba, professeur au lycée.

Ce membre du Cusems insiste, impuissant : « Nous appelons le président de la République à sauver le lycée Limamoulaye, le plus grand lycée en Afrique de l’Ouest. Nous avons aujourd’hui près 13 000 élèves. C’est la taille d’une ville et 300 hauts fonctionnaires au moins sont dans ce lycée avec des conditions extrêmement précaires. Le danger est là, l’Etat doit réagir ».

Effectif pléthorique : « J’ai une Seconde de 98 élèves »
L’on en vient à se demander comment le lycée Limamoulaye arrive à tenir la dragée haute aux autres établissements en faisant d’excellents résultats. En effet, comme la plupart des établissements de Dakar et sa banlieue, il est confronté au nombre pléthorique d’élèves. « Dans les salles de classe, il est vraiment difficile de se concentrer à cause d’un effectif pléthorique. En période de chaleur, c’est pire, on étouffe », se désole Ramata Ba, élève en classe de Seconde. Pour le corps enseignant, il est difficile de donner des cours dans certaines situations. Au sein du lycée, le Cusems mène le combat. « Il y a ce que l’on appelle la législation, les textes sont clairs : la taille d’une classe c’est 45 élèves. Malheureusement ici, au lycée Limamoulaye, j’ai une Seconde L2C de 98 élèves », déplore Malick Ba.

Le lycée Limamoulaye
EN CHIFFRES ET EN DATES
Si certains l’assimile à une ville, c’est parce que la population du lycée Limamoulaye est estimée à près de 13 000 élèves et près de 300 enseignants. Cet établissement de la banlieue a été créé en 1978 par le décret N° 78.456 du 19 mai 1978. Il a initialement été abrité au Lycée technique d’industrie Maurice Delafosse pour l’année académique 1978-1979. Le lycée est construit sur une superficie de 40 000 m2 dont 12 450 m2 occupés par les bâtiments.

Boudal NDIATH

10 décembre 2022


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