PODCAST - GESTION DU CORONAVIRUS : LA PANIQUE ENTRETIENT LA FLAMBÉE ÉPIDÉMIQUE

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Cheikh I. Niang, Socio-anthropologue

Le socio-anthropologue, Cheikh Ibrahima Niang qui a travaillé avec l’OMS dans la gestion de l’épidémie Ebola dans des pays comme la RDC et la Sierra Leone, s’exprime ici sur la gestion de la propagation de la pandémie du Coronavirus, pour laquelle quatre patients ont déjà été diagnostiqués positifs au Sénégal. Emedia.sn vous propose de l’écouter dans ce podcast, et/ou de lire ses propos ici retranscrits.

TENIR COMPTE DU CONTEXTE DE CHAQUE PAYS

« Chaque cas est différent. Chaque pays, chaque société a présenté sa propre réponse, tenant compte bien sûr des expériences des autres pays. Mais chaque pays doit tenir compte de son contexte, des dynamiques sociales, de la culture, des relations et conditions sanitaires, et autres. Ce qui fait donc, qu’il ne peut pas y avoir de recette magique pour l’ensemble des pays. Il faudrait que dans les pays, notamment au Sénégal, qu’on puisse convoquer l‘expertise pluridisciplinaire. L‘épidémie n’est pas une affaire biomédicale et épidémiologique simplement. Il faudrait que les sciences sociales soient convoquées, et qu’on puisse construire des réponses à base communautaire. Que les communautés, et les sociétés soient impliquées. »

ÉVITER LA PSYCHOSE ET LA PANIQUE

« Il faut d’abord écouter. On ne peut pas apporter des solutions mécaniques, et les imposer aux gens même si on pense que c’est dans leur intérêt. Ce qu’Ebola nous a appris, c’est que si vous n’écoutez pas les communautés, si vous ne suivez pas leur raisonnement, vous ne tenez pas compte de leurs croyances, de leurs analyses de la maladie, vous ne faites qu’entretenir cette panique. La panique est entretenue du fait qu’on ne parle pas. Le silence officiel, qui entretient la panique, et qui instaure l’instabilité, générant des réactions de panique, qui, par ailleurs, entretiennent les flambées épidémiques. Donc, la meilleure manière d’en parler, c’est d’abord de convoquer l’expertise pluridisciplinaire sur la question. Ensuite, de mener des débats au niveau communautaire. La leçon de l’Ébola, c’est quand on n’écoute pas les communautés, parce qu’on pense qu’on a trouvé des solutions, qu’on doit ensuite les sensibiliser seulement autour de cette solution, on se trompe. L’urgence ici c’est de créer des débats communautaires pour que les communautés, et les systèmes puissent construire ensemble des réponses. »

MAITRISE DES RASSEMBLEMENTS

« Ebola montre que vous n’arriverez pas à convaincre les populations si vous ne les écoutez pas. Or, on n’a pas encore construit d’espaces d’écoute des populations. Si on ne vient qu’avec ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut pas faire, ce n’est pas évident que les communautés vont suivre. Un des constats qu’on peut faire, c’est les grandes réponses qu’on retrouve en Chine, ou dans les pays occidentaux, les pays développés, avec les mises en quarantaine, des cantonnements, mais ce n’est pas évident que ça va marcher dans la plupart des pays africains. Ébola, ça a été une flambée parce que quelque part, on a voulu imposer un certain nombre de solutions purement épidémiologiques et biomédicales sans auparavant discuter avec les gens. L’épidémie est lourde de conséquences, lourde d’impacts. Peut-être que la vulnérabilité en Afrique, et dans les pays pauvres, doit être plus développée, plus étendue que celle dans les pays occidentaux. Peut-être que les impacts seront plus dévastateurs dans nos sociétés, peut-être certaines catégories de la population, en particulier les femmes, qui s’occupent des malades, des enfants et des vieilles personnes. Mais toutes ces questions qui sont extrêmement complexes, l’urgence, c’est de créer, des débats communautaires. C’est dans le fait de partager le fardeau de la maladie, et des risques, qu’on se partage ce stress, et que chacun apporte une pierre à l’édifice. »

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