[PORTRAIT]- PAPE MALICK SY, UN RELIGIEUX DANS L’AIR DU TEMPS

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DÉCÈS DU PORTE PAROLE DES TIDJANES

Le porte-parole de la Tarikha Tidiane, Pape Malick Sy est mort. Un homme distingué s’en est allé. Fils cadet de Sérigne Seydi Babacar Sy, premier Khalife de El Hadji Malick Sy, Pape Malick Sy avait l’art du discours, le sens de la parole et un agencement des mots pour soulager des maux dont souffre la société sénégalaise. Il a grandi à l’ombre de ses frères aînés l’exubérant Serigne Mansour Sy Borom Daradji et l’élégant Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum.

Il a succédé à un homme immense aux fonctions de porte-parole dans un contexte délicat : Abdou Aziz Sy Al Amiine. Il n’y est pas resté longtemps, hélas. Mais, la brièveté de son magistère ne l’a pas empêché de s’illustrer de fort belle manière. Il accueillait le Président de la République, il maîtrisait à la perfection les arcanes d’un protocole et agissait avec tact et discrétion dans les cérémonies qui faisaient de Tivaouane le point d’attraction. Il était attendu pour inaugurer un style qui lui soit propre. Il ne s’est pas écarté de la voie tracée par ses illustres prédécesseurs, apportant sa touche avec un doigté et une habileté teintée de courtoisie.


CONFIDENT DE AL MAKHTOUM

Né dans une famille qui a fait du savoir un credo, il a appris très vite auprès de ses illustres aînés dont l’éloquence et les qualités de tribuns étaient unanimement reconnues, appréciées et admirées.

Pape Malick Sy a grandi sous l’aile de son frère aîné, Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum. Il avait reçu l’ordre de son père, Serigne Babacar Sy, de veiller à l’éducation de son jeune frère. Très attaché à son aîné, Al Makhtoum (le mystérieux), il en devint le confident et l’homme de main. « C’est lui qui a fait de moi un homme », disait Pape Malick Sy de son aîné.

Eloquent et brillant, Serigne Papa Malick Sy qui avait une parfaite maitrise du Français n’hésitait pas à s’exprimer dans la langue de Molière lors de ses interventions religieuses. « Un assimilé », diraient les intimes.


ENGAGÉ EN POLITIQUE

Pape Malick Sy était de la trempe de ces religieux qui sortent des sentiers battus. Les règles socio-culturelles qui le cloisonner dans le carcan strictement religieux ne le retenaient pas. Pape Malick s’assumait et assumait son engagement politique. En témoignent ses actions aux côtés de leaders de l’opposition de l’époque, Abdoulaye Wade et Landing Savané, avec qui il brave les cahots des prisons. « C’est insensé de dire qu’un marabout ne doit pas parler de politique. Ceux qui le disent ont tort. Le marabout n’est-t-il pas un citoyen, qui a son extrait de naissance et qui paie ses impôts comme tous les autres ? », disait-il. Mais plus que la politique, le cadet de Serigne Babacar Sy, né entre 1939 et 1940, avait un sens profond de la famille.

UN AMOUREUX DU SÉNÉGAL

Pape Malick vouait un respect sans borne à ses frères et jamais de son vivant , il n’a été pris en défaut de droiture socle de sa conduite sociale envers les hommes. Il était policé avec un don presque inné de la formule qui fait mouche. Ses messages à l’endroit des foules qui se massaient dans les conférences pour l’écouter étaient accueillis avec ferveur. Héritier des traditions soufis, sa connaissance pour le moins ésotérique qu’elle fut, n’en était pas moins accessible au grand public qui était en vérité le destinataire final de ses adresses. Il s’habillait avec soin. Et c’est avec ce même soin qu’il parlait au monde privilégiant toujours la subtilité du langage, la parabole ou la litote , selon les audiences, pour fouetter l’imaginaire des gens. Il aimait le Sénégal d’un amour qui « lui arrache des larmes », comme dirait feu President Lamine Guèye.

Jeune, il passait pour être le plus proche de son père qui l’adoubait. D’aucuns y voyaient des signes d’une affection liée au fait que le fils portait le prestigieux prénom du fondateur de la branche sénégalaise de la Tarikha Tidiane. Les témoignages concordent sur sa forte personnalité, les valeurs morales qu’il affichait en toutes circonstances. Moderne, tolérant, ouvert et d’une grande curiosité intellectuelle, il était en phase avec son époque puisant dans les sources authentiques de l’exégèse pour donner sens aux complexités du monde, alertant sur les emportements ou les errements , n’hésitant pas à pourfendre -qu’andine il faut- les dérives d’une jeunesse « mal prise en charge, laissée à elle-même » , en un mot « sans boussole ». Il ne ratait jamais l’occasion de dire et de faire entendre la voix profonde de la droiture, de l’enracinement. Il dédramatisait les situations pour mieux convaincre les Talibés d’avoir une lecture contemporaine des défis. Résonnent encore dans nos oreilles ses derniers enseignements tirés de la grande sagesse pour justifier l’annulation des grands événements religieux sous l’égide de la Famille Sy de Tivaouane et la fermeture des grandes mosquées sur toute l’étendue du périmètre de l’ardent foyer de la ville sainte.

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