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« POUR LES LÉGISLATIVES, CE QUE NOUS DEVONS FAIRE AU SEIN DE BBY »

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Le Sénégal ambitionne toujours d’atteindre l’autosuffisance alimentaire en riz. Le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural espère qu’on y arrivera avec une production de 2 millions de tonnes. Moussa Baldé, réélu à la tête du Conseil départemental de Kolda, invite ses camarades de parti à s’unir aux Législatives pour ne pas commettre les « erreurs » des Locales.

Le Sénégal vient de remporter sa première Coupe d’Afrique, qu’avez-vous senti juste après la fin du match ?
On ne va pas dire que c’est une injustice, mais c’était une anomalie du football africain parce qu’on avait un grand mais qui n’avait aucun titre. Maintenant, c’est fait, et je suis très content pour le peuple sénégalais, bien sûr pour la jeunesse sénégalaise, et surtout pour le Président Macky Sall. Parce que je disais que gagner une coupe d’Afrique, avoir une étoile sur le maillot, ce n’est pas forcément inscrit dans le Plan Sénégal Emergent (Pse), mais cela prouve que le Sénégal est un pays organisé qui arrive à mettre en place une équipe compétitive, un environnement qui permet d’aller en finale et de gagner une coupe d’Afrique.

Avec cette coupe, on a senti une sorte de déclic. Alors, qu’est-ce qu’il faudrait faire pour capitaliser cet engouement-là ?
C’est vrai qu’il y a une magie que seul le foot peut faire. Et c’est vrai qu’un pays a besoin de ça, de ce genre d’événement qui mobilise tout le monde. Et là aussi, il faut saluer le sens républicain, de la démocratie du président de la République qui y a associé l’opposition parce qu’on a vu un beau Sénégal, un Sénégal uni, un Sénégal en fête avec la jeunesse. Il y a eu des manifestations de joie par tout au Sénégal et à l’étranger. Et ça, c’est une publicité incroyable pour le Sénégal pendant 48 heures, et ça devrait durer au moins quelques temps. Maintenant, effective ment, quand on voit aussi, ces évènements montrent que nous avons une population très jeune majoritairement. Et une demande forte donc, on devrait pouvoir utiliser le football, le sport, pour voir comment rendre cette énergie utile pour l’émergence de notre nation. Le président de la République a, lui-même, demandé que nos politiques publiques soient de plus en plus orientées vers la frange la plus importante de la population, c’est à-dire la jeunesse. Je voudrais aussi souligner que le Président Macky Sall a été élu à la tête de l’Union africaine deux jours avant ce trophée de la Coupe d’Afrique. Tout cela montre quand même que le Sénégal, qui est un petit par la taille, reste un grand pays dans le concert des Nations. Et, je pense que c’est important pour notre pays d’affirmer notre leadership. Je suis très content du cadeau que le président de la République nous a fait hier (mercredi), en Conseil des ministres, de nous offrir l’occasion de toucher le trophée et de faire des photos. C’était un rêve de gamin que nous avons réalisé.

Vous êtes réélu à la présidence du Conseil départe mental de Kolda. Qu’est ce qui a été déterminant ?
Effectivement, je pense que nous avons bien gagné parce que le deuxième est à 20 000 voix (rires). Il y a deux fois moins de voix entre nous. Qu’est ce qui explique cela ? J’ai sillonné le Fouladou d’abord en tant que directeur général de la Sodagri depuis 9 ans et, ensuite, en tant que ministre de l’Agriculture. Et le Fouladou aime un leader accessible : à qui on peut parler si on vient chez lui, qu’on peut même avoir au téléphone, et qui rappelle quand on n’arrive pas à le joindre. Ils l’ont dit partout et ça, je pense que c’est quelque chose qui m’a marqué. En 2014, j’avais gagné le Conseil départemental avec plus de 5 000 voix, c’était déjà très bien, mais juste avec 31% des suffrages. Parce qu’il y avait à l’époque des listes dirigées par Bécaye Diop, et des listes parallèles. Mais il y a d’abord le bilan, quand on compare les réalisations du Conseil départemental à celles du défunt Conseil régional depuis qu’il existait, il n’y a pas photo. Quand nous avons été installés en 2014, nous avions claire ment dit que nous sommes une région avec pleins d’a bris provisoires. Et notre objectif, c’était vraiment d’essayer de résorber les abris provisoires. Alors, 95% des ressources, des fonds de concours du Conseil départemental ont été injectés dans ça. Il y avait des collèges sans aucune salle de classe bâtie. C’était traumatisant pour les élèves de quitter une école primaire dans un bâtiment et d’arriver dans des abris provisoires. On a décidé, au moins, de construire une salle de classe pour la troisième pour faire les examens. Et l’Etat nous a bien suivi puisque très rapidement il y a eu une clôture et d’autres salles de classes. Et nous avons construit une quarantaine de bâtiments visibles dans le départe ment de Kolda. Au Lycée Dabo par exemple les abris provisoires avaient pris feu, nous avons construit deux classes. Il y avait des collèges qui avaient quelques salles de classe, mais où l’administration était sous l’arbre. Nous avons construit un bloc, l’avons équipé de matériel pédagogique, risographe, photocopieuse, pour tous les lycées. Il y a maintenant 8 lycées et 32 collèges. Donc, je pense que dans le domaine de l’éducation, on a bien réussi. Ensuite, il y avait le sport, nous avons accompagné presque tous les sports, le football avec la fameuse finale départementale qui est devenue une fête du Fouladou. Parce que, c’est vraiment un moment culturel aussi et nous invitons tout le monde, jeunes et vieux et maintenant, le soir, ceux qui ont envie d’aller voir le foot. Il y a l’aspect culturel et là je suis très content de le dire parce que c’est un de mes rêves, moi j’ai fait une partie de ma vie en Europe où je fréquentais les musées. Donc, nous avions dit qu’il faut un musée à Kolda, qui va retracer notre histoire. Nous l’avons construit et il ne reste qu’à l’équiper. Le musée sera bientôt inauguré. Sur le plan de la santé, grâce à l’aide de deux citoyens Koldois qui sont à l’étranger, nous avons pu équiper de temps en temps l’hôpital de Kolda, et nous aussi avons joué notre partition. Les Koldois ont vu le côté équité territoriale. Parce que le président de la République a un ministère de l’équité et nous, en tant qu’exécutif locaux, nous devons veiller à ce que nos politiques cadrent avec cette vision. Il n’y a pas une seule commune du département de Kolda où le Conseil départemental n’a pas fait une réalisation. L’autre aspect que j’ai bien aimé aussi est que ces deux dernières années, on a mis l’accent sur la diminution de la pénibilité du travail des femmes dans nos départements. Les populations du Fouladou nous ont plébiscité également pour une raison simple : elles ont dit qu’il y a le plan Sénégal émergent qui impacte vrai ment dans notre région, sur tout dans l’agriculture. Aujourd’hui, on ne peut plus se déplacer sur 2 km sans voir le tracteur et d’autres réalisations.

Dans la commune de Kolda, on n’a pas senti cette union autour de la candidature de Benno bokk yaakaar…
C’est vrai parce qu’on a eu beaucoup de difficulté avant les investitures. On a même été reçus par la plus haute autorité du parti. Il se trouve qu’on était dans une situation où il y avait quel qu’un qui avait bénéficié de l’investiture de Benno bokk yaakaar mais, il y a aussi Mame Boye Diao qui a fait une liste parallèle. Cela a fait qu’on n’est pas partis dans une union sacrée autour de Benno car, certains de mes lieutenants avaient rallier la candidature de Mame Boye Diao. À l’arrivée, ce qui se passe, c’est que Mame Boye Diao a été élu maire de Kolda. J’en profite pour le féliciter. Mais je précise que c’est une mairie qui est clairement entre les mains de l’Apr et de la coalition Benno bokk yaakaar.

On se dirige vers les Législatives. Ne pensez vous pas qu’une division affaiblirait encore Bby ?
Je pense qu’on va tirer les leçons de ce qui s’est passé. Ce qu’il faut dire, c’est que notre liste a gagné le département avec une large majorité. On ne peut pas considérer que Bby soit menacé dans le départe ment de Kolda. Maintenant, l’idéal est qu’à Kolda, les lis tes du président doivent se retrouver à 90%. Nous devons tirer les leçons de ce qui s’est passé et ne pas refaire les mêmes erreurs. Nous allons nous asseoir et essayer de faire une liste optimale en regroupant tout le monde, ceux qui avaient une liste parallèle et ceux qui ont perdu. Kolda est un département rempart pour la coalition Bby.

Peut-on s’attendre à un Moussa Baldé tête de liste départementale aux Législatives ?
Moi je suis au service des populations et du président de la République. Je n’ai jamais rien demandé. Quand il y avait les discussions pour les élections locales, j’avais dit sur tous les plateaux de radio et de télévision, que je ferai ce que le président de la République me demande rait de faire. Je ne change pas de posture. Pour les Législatives, je ferai exacte ment la même chose.

Nous sommes en pleine période de campagne de commercialisation de l’arachide. Quel bilan à mi parcours pourrez-vous présenter ?
Nous sommes à peu près à 75 jours de campagne de commercialisation de l’arachide. Le bilan est qu’au niveau de la collecte officielle, nous sommes à 266 300 tonnes. Contre un peu plus de 300 mille tonnes à la même période de l’année dernière. Com - ment est répartie la collecte ? Nous avons environ 71 mille tonnes de semences, 58 mille tonnes de semences certifiées. C’est un bon chiffre, parce que, depuis 3 ans, nous subventionnons des semences d’arachides à hauteur de 70 mille tonnes. Donc, dès l’instant que l’on a 70 mille tonnes, cela correspond à ce que l’on a besoin en termes de subvention. Donc, pour les semences, on peut dire que tout va bien. Ensuite, il y a les huiliers. Depuis deux ans, on a brocardé le ministre de l’Agriculture en disant que l’on a exporté l’arachide. Cette année, il se trouve que le contexte de l’exportation était compliqué à cause de la Covid-19. La conséquence est que le coût du fret a augmenté. Ce qui signifie qu’exporter devient plus cher. Ensuite, le pays destinataire de notre arachide étant la Chine, ce pays avait un bon stock d’arachides. Ce qui fait qu’il n’y avait pas d’empressement à venir chercher de l’arachide au Sénégal. Le résultat est que les huiliers qui se plaignaient se sont retrouvés tout seuls et n’arrivent pas à absorber tout l’arachide du Sénégal. Ils ont collecté à peu près 146 000 tonnes dont 117 mille pour la Sonacos. Donc, on peut dire que cette année, les huiliers se frottent les mains. D’ailleurs, ils ont un problème de financements. C’est-à-dire qu’ils n’arrivent plus à mobiliser et aller acheter. On est même en train, avec le ministère du Budget et des banques de la place, d’essayer de les renflouer pour qu’ils continuent l’achat de graines. Pour les exportateurs, le contexte est moins favorable, le président de la République, soucieux du pouvoir d’achat des producteurs, nous avait instruit, depuis le mois de novembre, de lever la taxe sur les exportations. L’an - née dernière, cette taxe avait rapporté au trésor public, 9 milliards de F CFA. Depuis qu’elle a été sus - pendue et que j’ai autorisé la délivrance des certificats phytosanitaires pour les exportations, les exportateurs ont commencé à s’installer dans le pays et ont déjà collecté 48 mille tonnes. On espère qu’ils vont être plus dynamiques les semaines à venir pour contrebalancer la collecte des huiliers qui sont en panne de financement. Pour le moment, tout se passe bien. On espère que la collecte va se terminer fin février début mars.

La qualité des graines est encore au-devant de la scène. Quelles sont les mesures prises pour avoir les meilleures graines dans la campagne à venir ?
Il y a des opérateurs spécialisés au niveau des semences. Ce sont des producteurs qui font de la multiplication des semences et qui sont suivis par nos services. Déjà, ce sont nos services qui doivent attester que telle ou telle est certifiable. Sinon elle ne peut pas être collectée comme semence certifiée. Ce qu’ils ont répertorié comme semence à certifier cette année, c’est un peu moins de 100 mille tonnes. Les opérateurs ont déjà collecté 58 mille tonnes. C’est ce dont on a besoin pour les semences subventionnées. Et il n’y a pas de problème à ce niveau.

L’agriculture, ce n’est pas uniquement l’arachide. Où en êtes-vous avec les autres cultures comme le riz ?
L’année dernière, c’était une saison bénie avec un hivernage des années 50. Le dernier hivernage de ce niveau date des indépendances. On avait plus de 2000 mm à Kolda, Ziguinchor, … Cela nous a valu une production céréalière d’environ 3 600 000 tonnes. On avait même failli frôler les 4 millions de tonnes.
En ce qui concerne le riz, on a toujours cet objectif d’autosuffisance. On est passé de 300 mille tonnes dans les années 2012, quand le Président Macky Sall prenait le pouvoir. Présentement, nous sommes à plus d’1 million de tonnes. Cette année, il y a une progression de 2% par rapport à l’année dernière, parce que le riz se faisant au sud et dans la vallée où l’eau est maîtrisée, on n’a pas trop accusé l’impact de la pause pluviométrique. Ce qui nous reste à faire, c’est de trouver le mécanisme pour aller vers des productions de 2 millions de tonnes. Je pense que le secteur privé pourrait nous accompagner dans cet objectif.

Qu’est-ce qu’il faut faire au Sénégal pour que nous puissions avoir de la mangue 12 mois sur 12 ?
L’un des problèmes qu’on a pour la production horticole, que ce soit l’oignon ou la pomme de terre, on a quasiment une production qui nous permet d’être autosuffisants. Mais, le problème c’est que les produits arrivent en même temps sur le marché et les producteurs ne peuvent pas tout conserver. C’est pourquoi nous avons un vaste programme de chambres froides et de magasins de stockage pour permettre une sécurisation de la production et d’étaler sa mise sur le marché. Comme vous dites, il faut permettre aux Sénégalais de pouvoir bénéficier de cette production 12 mois sur 12 et aux producteurs de pouvoir écouler leurs productions avec de meilleurs revenus.

On parle beaucoup de retour à la terre, dans ce contexte marqué par le football et ses revenus exorbitants, qu’est-ce que vous êtes en train de développer pour attirer ces jeunes milliardaires du foot pour investir davantage sur la terre du Sénégal ?
C’est un sujet vaste. C’est vrai qu’on a une expérience. Je me rappelle une des activités phares que j’avais Hadji Diouf, Akon avec Pape Diouf et Lissa chez les producteurs du bassin de l’Anambé. C’était un grand événement et on a passé une journée là-bas. Les producteurs, à l’é poque, avaient décidé de donner des terres à El Hadji Diouf et Akon, chacun 50 hectares pour faire dans la riziculture. Le bilan était mitigé. Il y avait également Titi Camara. On avait dit à l’époque que Diouf joue son dernier match qui est l’autosuffisance. C’était bien parti et vous savez pour l’Agriculture, il faut être présent. Il faut aussi un engagement. Ils l’ont fait pendant 2 ans et c’est sur tout Titi qui était sur place. Je pense qu’ils n’ont pas le temps de s’en occuper. C’est pour dire que si certains de nos jeunes veulent le faire, il faudra que ça soit sous forme d’entreprises, c’est-à-dire des entre prises privées bien structurées et c’est faisable. J’ai vu une entreprise qui fait un chiffre d’affaires de 9 milliards par an à Diass sur les fruits et légumes et qui fait travailler des milliers de femmes. Il faudra que ça soit structuré et professionnel. Il faut recruter des ingénieurs agricoles, des techniciens, etc.

Moussa Baldé, c’est également le Mathématicien. Aujourd’hui, avec l’activité politique, on a souvent tendance à oublier cet aspect là. On prône le retour des jeunes vers la science pour développer la production dans ce pays. Quel conseil donneriez-vous à ces jeunes pour qu’ils s’y intéressent davantage ?
Je dirais que les mathématiques, ça mène à tout. Je me rappelle un jour, j’a vais lu dans un journal une question : quel est le métier qui paye le plus aux Usa ? La réponse, c’était : mathématicien. On sait qu’une fois qu’il commence à travailler, il peut aller faire ce qu’il veut. D’ailleurs, un des derniers projets que j’ai traités en tant que chercheur avant de faire de la politique, et c’est un projet qui continue toujours d’ailleurs, c’est avec une fondation. La personne en question est devenue milliardaire parce que quelqu’un l’a convaincue d’aider les mathématiques en Afrique noire. Il avait lancé 5 bourses de recherche pour l’Afrique avec des programmes clairs. J’ai monté avec un collègue une équipe pour gagner cette bourse. C’était 500 000 dollars pour 5 ans, qui a été renouvelée, d’ailleurs. C’était donc 1 million de dollars qu’on a injecté pour former une trentaine de doctorants. Pour dire que les pays qui se sont développés, c’est avec la science. Et que notre jeunesse on doit l’orienter vers ça. C’est vrai qu’on a besoin de tout le monde, mais ce qui fait développer un pays, c’est la science. Mais c’est un travail qu’on doit mener dès le bas âge. On n’a pas beaucoup de profs de maths dans les lycées. Dans le Pse, le Président Macky Sall a clairement indiqué que c’est un domaine où il veut faire des choses. Il est en train de créer des classes prépa, etc.
Je me rappelle, à l’é poque, à l’école normale, on cherchait des candidats en maths. Pourtant, le concours était difficile. Il y avait un débat et les gens voulaient créer une discrimination positive pour les professeurs de maths et éventuellement ceux de physique. Il y a même un bailleur qui était prêt à aider dans ce sens pour améliorer la situation des profs de maths au collège et au lycée pour motiver vraiment les gens à aller vers ça au lieu de se lancer dans les métiers d’ingénieur. Ça n’a pas marché, mais c’est un débat qu’il faut avoir parce que sans prof de maths, on n’aura pas de bons produits.

Entretien réalisé par Mandiaye THIOBANE
Abdoulaye SYLLA (Photos)

15 février 2022


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