« POURQUOI LES EMPLOIS INDUSTRIELS OCCIDENTAUX ONT-ILS ÉTÉ DÉLOCALISÉS EN CHINE ? »

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Contribution

Réponse : « Parce que les salaires sont bas en Chine ! »
Cette réponse est absurde car si les emplois industriels allaient là où les salaires étaient bas, alors il y aurait peu d’emplois industriels en Allemagne et en Suisse où les salaires sont relativement élevés.

Ainsi l’on remarque dans notre raisonnement par l’absurde que la dérivée première « salaire » a changé de signe alors que la fonction mathématique « emploi » est restée invariable, un collégien concluerait sans difficultés que c’est « absurde » de croire que les emplois vont là où les salaires sont bas (reductio ad absurdum).

Telle la poussière dans le désert, les pensées absurdes émanent souvent des dunes puis virevoltent dans l’atmosphère avant de venir s’abattre sur le reste de la population : autrement dit, CEO, COO, CTO, ou d’une manière plus générale « ces personnes à moitié éduquées » motivent souvent leur décision de délocaliser des emplois par ceci : « payer des salaires plus compétitifs ». Cette pensée absurde des chefs d’entreprise, virevolte ensuite dans la tête des économistes vulgaires avant de venir polluer les esprits des travailleurs dont les emplois ont été délocalisés. Ces malheureux devenus chômeurs se vengeront sans doute sur le reste de la population en votant extrême aux élections suivantes.

Au 19ème siècle l’Angleterre était développée alors que le reste de l’Europe émergeait : l’Ecosse, la France, l’Allemagne. Lorsque l’on demandait pourquoi les emplois étaient délocalisés de l’Angleterre au reste de l’Europe l’on obtenait la même réponse absurde : « Parce que les salaires sont bas dans le reste de l’Europe ! ». Le reste de l’Europe était à l’époque à l’Angleterre ce que la Chine est aujourd’hui aux pays occidentaux.

Les économistes sérieux qui avaient étudié la question avait conclu que les emplois n’étaient pas délocalisés là où les « salaires » étaient bas. Les emplois sont délocalisés là où le produit est moins cher à fabriquer : raisonner en termes de « bas salaire » et non en terme « de productivité » c’est comme dirait Jean de La Fontaine « lâcher la proie pour l’ombre ».

Ce que j’avance fût résumé comme suit par l’économiste écossais James Anderson en 1777 dans son livre “Observations on the means of exciting a spirit of national industry" :
« Ce n’est pas, en effet, le salaire donné au travailleur qui constitue le prix réel du travail, bien qu’il en soit le prix apparent. Le prix réel, c’est ce que coûte au capitaliste une certaine quantité de travail accompli ».

En conclusion, je dirais : une Mercedes, une Golf, une Audi coûtent moins cher à produire en Allemagne que nulle part ailleurs bien que les salaires y soient élevés ; un Iphone, un Ipad coûtent moins cher à fabriquer en Chine que nulle part ailleurs. C’est le savoir-faire, le capital économique d’Adam Smith et le capital culturel et social de Pierre Bourdieu qui sont recherchés en Chine ou en Allemagne et non les bas ou hauts salaires. Voilà tout !

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