PR GABRIEL NGOM : « COMMENT NOUS AVONS SÉPARÉ LES SIAMOISES »

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Opération des siamoises à Albert Royer

Chef de service chirurgie pédiatrique à l’hôpital d’enfants Albert Royer, le professeur Gabriel Ngom explique, dans cet entretien accordé à Iradio (90.3) comment il a réussi la séparation des deux sœurs siamoises. Entretien.

Vous avez opéré des jumelles siamoises. Comment s’est passée l’intervention ?

Cette maman a eu à faire quatre échographies au cours de la grossesse. Ces échographies mettaient juste en évidence la présence d’un seul enfant. Les deux dernières ont vu deux enfants mais n’ont pas vu que les deux enfants étaient fusionnés. Donc, le diagnostic des siamois n’a pas été fait avant la naissance. C’est parce que la maman a eu des problèmes de tensions artérielles que l’accouchement par césarienne a été décidé. Ces enfants sont nés à l’hôpital de Pikine et ils ont été adressés, ici, le 2 novembre 2018, trois heures après leur naissance. Il a fallu les élever un peu pour qu’elles aient un bon poids afin de pouvoir subir une intervention chirurgicale. L’intervention a été réalisée avec succès au bout de 6 heures. Il y a eu toute une planification avant l’intervention. Cette planification visait à assurer à ces siamoises la meilleure chance pour réussir l’intervention. Il y a eu des réunions de préparation qui ont intéressé les différents acteurs qui sont intervenus dans la prise en charge des siamoises. Il y a eu des pédiatres, des radiologues, des anesthésistes, des chirurgiens qui ont réalisé la séparation. On a fait plusieurs réunions de coordination et on a essayé de voir quels étaient les obstacles qui pourraient nous mener à des problèmes et qui devaient décider de réaliser des actes précis avant que ces siamoises ne soient admises au bloc.

Ces jumelles nécessitent un suivi médical assez rigoureux pour pouvoir mener une vie normale comme les autres enfants…

Je pense que ce sont des enfants qui sont normaux maintenant. Ils ont tous les organes qu’un être humain doit avoir pour bien croître, pour bien vivre. Et, comme les siamoises de 2003 qui ont actuellement 15 ans, qui sont au lycée, ces enfants peuvent parfaitement vivre pendant très longtemps. Il suffit juste de les suivre correctement parce que l’une des deux a une petite malformation cardiaque qui n’est pas quand même incompatible avec la vie.

Est-ce que pour faire ce genre d’intervention, il y a une formation au préalable à faire ?

Il n’y a pas une formation pour séparer des siamois. Il y a une formation pour être un chirurgien mais, une opération de siamois n’est pas une mince opération. En général, ce sont les chirurgiens chevronnés qui ont une certaine expérience, qui font cette opération. Bien sûr ! Il faut plusieurs réunions de coordination pour mettre en évidence des difficultés qui peuvent se présenter.
Est-ce qu’on en rencontre beaucoup au Sénégal des cas de siamois ?
Au Sénégal, on ne rencontre pas beaucoup de cas de siamois. Depuis que je pratique la chirurgie, j’ai vu environ une dizaine de cas de siamois. Dans cette dizaine de cas, les huit sont décédés bien avant l’opération parce qu’ils ont eu à présenter d’autres malformations qui étaient incompatibles avec la vie.

Que ressentez-vous après cette prouesse ? Vous êtes, certainement, fier d’avoir accompli un tel exploit..

Effectivement ! Je me sens assez fier, mon équipe et moi, d’avoir réussi cette deuxième opération de siamoises, ici, à Dakar. Je me sens d’autant plus fier que c’est la deuxième opération à laquelle je participe. La première avait été faite en 2003 à l’hôpital Aristide Le Dantec. Je me sens plus fier, actuellement, que les enfants vont très bien et vont sortir bientôt des soins intensifs.

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